Au Maroc, le cinéma fait honneur aux femmes

Pour sa troisième édition, qui s’est tenue du 28 septembre au 3 octobre, le Festival International du Film de Femmes (FIFFS) n’a pas lésiné sur la qualité du programme et des invités. L’année dernière, l’association Bouregreg, à l’initiative de ce rendez-vous annuel, avait dû reporter la manifestation afin de réaménager et doter la salle de cinéma « Hollywood » de l’équipement nécessaire pour abriter le festival dans les meilleures conditions possibles. Cette année, le festival a mis les petits plats dans les grands, en projetant de nombreuses œuvres réalisées par des femmes originaires de la planète entière, et en organisant de fructueux échanges entre professionnels. Distingué parmi les 12 films en compétition, Fausta, le lait de la douleur, de la péruvienne Claudia LIosa, a obtenu le Grand prix.

Le coup d’envoi du festival a été donné par Amreeka de Cherien Dabis primé par la Fipresci à la Quinzaine du Festival de Cannes. Au menu, une compétition officielle de grande envergure rassemblant 12 longs métrages originaires de pays de quatre continents, abordant sous différents angles le thème de la femme[[Le comité de sélection a retenu Snow de Aida Begic, (Bosnie, Herzégovine, Allemagne et France), Knitting de Yin Lichuan, (Chine), Je suis de Tito Veles de Téona Strugar Mitevska, (France, Macédonie, Belgique et Slovénie), Le sel de la mer d’Anne marie Jacir, (Palestine), It’s a free world de Ken Loach, (Grande-Bretagne, Belgique, Espagne et Italie), Mix Fawzia de Magdy Ahmed Ali, (Egypte), Rumba de Dominique Abel et Fiona Gordon, (Belgique), Kharboucha de Hamid Zoughi, (Maroc), Hassiba de Rymond Botros, (Syrie), Windy & Lucy de Kelly Reichardt, (USA), L’autre moitié du ciel de Kelhoum Bournaz, (Tunisie) et Fausta de Claudia Llosa, (Pérou).]]. Les projections ont été soumises à l’appréciation d’un jury entièrement féminin, composé de sept professionnelles du cinéma[[Solveig Anspach (réalisatrice islandaise), Sandrine Ray (réalisatrice française), de Yamina Bachir-Chouikh (réalisatrice et scénariste algérienne), Imane Masbahi (réalisatrice marocaine), Aoula Kamal Essaid Chafi’i (journaliste et critique de cinéma égyptienne) et Dana Schodelmeyer (technicienne de cinéma américaine), Isolde Barth (Actrice, membre de l’académie Franco-allemande du Cinéma).]] et présidé par Isolde Barth (Actrice, membre de l’académie Franco-allemande du Cinéma).

A la cérémonie au cours de laquelle a été révélé le palmarès du FIFFS 2009, le grand prix est revenu à Fausta, le lait de la douleur de la péruvienne Claudia LIosa. Argument du jury : Un film « profond et poétique, qui dresse un portrait sensitif du monde de la femme », selon la cinéaste marocaine Imane Mesbahi. Le film américain Windy & Lucy de Kelly Reichardt a reçu le prix spécial du jury, séduit par la force de cette œuvre produite avec les propres ressources de sa réalisatrice. Pour la maîtrise de son écriture, Snow, de la bosniaque Aida Begic, a reçu le prix du scénario. Un prix qui vient s’ajouter au Grand prix de la critique qu’elle a reçu au Festival de Cannes 2008, et aux Prix Mohamed Reggab et Azzeddine Meddour pour la première œuvre au festival méditerranéen de Tétouan. Le prix d’interprétation féminine a été décerné à l’actrice marocaine Houda Sedki pour son rôle principal dans Kharboucha de Hamid Zoughi, déjà primé au 10e Festival National du Film. Quant au prix d’interprétation masculine, c’est l’acteur égyptien Fathi Abdelwahab qui l’a décroché pour son rôle dans La Recette Secrète de Fawzia, de Magdi Ahmed Ali.

Le cinéma palestinien à l’honneur

A la compétition officielle a été ajoutée la rubrique du cinéma invité. Pour cette édition, le comité d’organisation a jeté son dévolu sur le cinéma palestinien à travers une programmation dense. Le complexe Dawliz a accueilli à cet égard une projection de 25 films entre courts-métrages et documentaires, étalée sur une durée de 3 jours et regroupée consécutivement selon trois thèmes : Couvre-feu, Mémoire et terres confisquées, Nous aimons le foot et la vie. Pour commémorer cette alliance palestino-marocaine, était présente Alia Arasoughly, figure de proue du paysage cinématographique des Territoires occupés. A la fois réalisatrice, chercheur et critique de cinéma, l’infatigable artiste est aussi la fondatrice de la société Shashat (Ecrans), une organisation arabe sise à Ramallah dont l’objectif est la promotion des femmes arabes cinéastes. Parmi les activités de la société, la création du Festival Annuel des Cinémas de Femmes en Palestine. Dans sa volonté de consolider les liens entre les deux festivals aux préoccupations communes, une convention de partenariat a été signée. Afin de marquer cette initiative, Arasoughly s’est vue décerner le trophée du FIFF.

Dans le même esprit, un deuxième grand hommage à été réservé à une dame qui a travaillé durant de longues années à l’ombre du réalisateur, poète, scénariste et écrivain Ahmad Bouanan. Il s’agit de la décoratrice, scripte et maquilleuse Naïma Saoudi-Bouanan. Autodidacte, sa plus grande école est le plateau du tournage sur lequel elle a exercé tout un pan de sa vie durant, jusqu’à faire de son nom qui figure dans presque tous les génériques marocains un patronyme familier.

Débattre des difficultés relatives à la production

Une table ronde avec des professionnelles du métier a été organisée afin de soulever les difficultés relatives à la production. Bénédicte Bellocq et de Souad Lamriki, responsables d’Agora films, une société de production marocaine 100% féminine, nous ont livré leur témoignage. A retenir qu’en matière de coproduction, la société enregistre un nombre de films non négligeable. Pour le bonheur des cinéphiles, étudiants en cinéma et jeunes réalisateurs, Agnès Jaoui a assuré avec prestance, modestie et générosité la rencontre intitulée Leçon de cinéma : Ecriture du scénario au féminin, précédée par la projection de Comme une image (sorti en 2004) dont l’actrice a signé la réalisation. L’invitée, française d’origine tunisienne, n’a pas hésité à faire part au public de son attachement à sa « maghrébinité » et de l’urgence des questionnements autour de la condition de la femme aujourd’hui.

Le Festival International du Film de Femmes de Salé a été aussi l’occasion de fêter le 51ème anniversaire du cinéma marocain et de récompenser sa production engouée et prolifique. Un florilège de 6 longs métrages nous a fait redécouvrir des réalisatrices phares qui ont contribué à la construction de la cinématographie marocaine. Citons la pionnière Farida Bourquia, Farida Benlyazid, Zakia Tahiri, Leila Kilani et Yasmine Kassari. Une semaine bien chargée d’instruction et de divertissement, parsemée de moments à la fois magique et symbolique, tel celui où, à l’appel du présentateur de la soirée de clôture, une poignée de femmes aux parcours consacrés, aussi différents que remarquables, a envahi la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Cette édition, plus affermie que la précédente, a pu offrir au public de Salé un voyage universel marqué du seau de la diversité socio-culturelle. Vivement la prochaine édition !