Attentat terroriste en Egypte : l’ombre du conflit israelo-palestinien

Une jeune française de 17 ans a été tuée et 22 personnes ont été blessées, dimanche soir, dans un attentat près d’un café dans un quartier touristique du Caire, la capitale égyptienne. Plusieurs suspects ont été arrêtés par la police locale. L’attentat n’a pas été revendiqué mais certains experts pensent qu’il pourrait être lié à la position controversée de l’Egypte dans le conflit israélo-palestinien.

La grenade avait été placée dans un sac plastique dissimulé sous un banc en pierre de la place de la mosquée al-Hussein près de Khan al-Khalili, en plein cœur du Caire, la capitale égyptienne. Dimanche soir, vers 19 heures, heure locale, (17h GMT), elle a explosé tuant une jeune française de 17 ans et blessant 22 autres personnes, selon les services de sécurité d’Egypte. Un témoin interrogé par Reuters a affirmé que la bombe a explosé alors que des gens se rassemblaient autour de plusieurs cafés de la place pour suivre un match de football. Parmi les blessés, 15 touristes français, dont trois sérieusement atteints. Un Allemand, trois Saoudiens et trois Egyptiens, ont également été atteints.

« C’était un engin explosif de fabrication artisanale, contenant des morceaux de métal et des clous, apparemment jeté d’un toit vers une zone de cafés », a indiqué un responsable de la police. L’attentat n’a pas encore été revendiqué. Trois suspects ont été arrêtés et interrogés par la police.

«La passivité» égyptienne dans le conflit israelo-palestinien

Dominique Thomas, spécialiste des mouvances islamistes interrogé par 20 minutes, affirme qu’il est difficile d’identifier les auteurs d’une attaque en fonction de la méthode utilisée. «Souvent, le matériel, mais aussi la méthode employée dépendent des considérations logistiques et de l’espace dans lequel l’attentat a lieu.»

Plusieurs hypothèses sont avancées pour tenter d’expliquer les motivations des auteurs de cet attentat. Certains analystes pensent qu’il serait lié à la récente offensive israélienne dans la bande de Gaza. L’Egypte qui a occupé une place importante dans les négociations a été accusée de « passivité » par certains Egyptiens, explique à 20 minutes, Louis Caprioli, ancien patron français de la lutte contre le terrorisme islamiste à la DST. Selon celui-ci, il s’agirait, sans doute, d’un petit groupe qui veut protester contre l’attitude de Hosni Moubarak pendant la dernière offensive israélienne contre la bande de Gaza

C’est la première agression terroriste contre des touristes étrangers en Egypte depuis le triple attentat qui a frappé, en avril 2006, la station balnéaire de Dahab, dans la péninsule du Sinaï. Vingt personnes, dont six ressortissants étrangers, avaient alors été tuées. En 2004 et 2005, les cités balnéaires de Taba et de Charm-el-Cheick avaient, elles aussi, été visées par des attentats qui ont fait respectivement 34 et 70 morts.

Le secteur du tourisme menacé

Dimanche soir, le ministre égyptien du Tourisme, Zoheir Garranah, a « condamné avec force » cet attaque. Il espère que cet acte terroriste n’aura pas de répercussions négatives sur le secteur du tourisme. L’industrie touristique, principale source de revenu du pays, connaît un début 2009 difficile. Selon l’AFP, la fréquentation de la vallée du Nil et de la mer Rouge a chuté de 30 à 50% en ce début d’année, alors que 2008 avait battu un record d’affluence avec 12,8 millions de touristes, en hausse de 15,3%.

« Ceux qui ont mené cet acte criminel sont des traîtres à leur propre religion et leur nation, et ils dénaturent l’image de l’Islam qui rejette le terrorisme et interdit le meurtre d’innocents », a dénoncé l’imam d’Al-Azhar, Mohammed Sayyed Tantaoui, la plus haute autorité de l’islam sunnite. Selon l’agence égyptienne Mena, le mufti Ali Gomaa, deuxième plus haute autorité religieuse d’Egypte, a également dénoncé « un acte criminel rejeté par l’islam, qui est une religion de compassion et de paix qui refuse la violence ».