
Sacré champion d’Angleterre mardi 19 mai grâce au nul de Manchester City à Bournemouth, Arsenal met fin à vingt-deux ans d’attente. De Lagos à Nairobi, d’Addis-Abeba à Kampala, le titre des Gunners ravive un attachement forgé à l’ère Wenger, autour de figures comme Kanu, Vieira ou Kolo Touré.
Le sacre s’est joué à distance. La veille, les hommes de Mikel Arteta avaient battu Burnley (1-0). Mardi soir, Manchester City n’a pu faire mieux qu’un match nul à Bournemouth, malgré une égalisation tardive d’Erling Haaland à la 90e+5 minute après l’ouverture du score d’Eli Junior Kroupi. Avec quatre points d’avance à une journée de la fin, Arsenal devient mathématiquement intouchable.
C’est le quatorzième titre de l’histoire du club, le premier depuis la saison 2003-2004, celle des « Invincibles » d’Arsène Wenger. En Afrique aussi l’attente était longue derriére les Gunners.
Une popularité bâtie dans les années 1990
Au Kenya, au Nigeria, au Ghana ou en Éthiopie, Arsenal n’est pas un club européen comme les autres. Sa popularité s’est construite dans les années 1990 et 2000, quand la Premier League s’est invitée dans les foyers du continent via la chaîne sud-africaine SuperSport.
Les maillots rouges et blancs envahissent vite les rues de Lagos, Accra ou Abidjan. Le football rapide et offensif des Gunners séduit, mais ce qui fait la différence, c’est l’effectif. Sous Arsène Wenger, Arsenal s’ouvre largement aux joueurs africains et issus des diasporas : Nwankwo Kanu, Kolo Touré, Lauren, Emmanuel Adebayor.
Kanu, arrivé en 1999, devient un repère. Le Nigérian, deux fois Ballon d’or africain (1996, 1999), joue avec une nonchalance assumée que beaucoup de supporters africains reconnaissent. Pour toute une génération, il reste le visage emblématique du club.
L’effet Wenger
Arrivé à Highbury en 1996, le technicien français change le visage du club, sur le terrain comme dans les recrutements. Il bâtit un effectif cosmopolite où les joueurs africains et d’origine africaine tiennent les rôles principaux. Patrick Vieira, né à Dakar, Thierry Henry, Sylvain Wiltord, William Gallas, Kolo Touré : tous ont contribué à l’âge d’or du club.
En septembre 2002, face à Leeds (4-1), Arsenal devient le premier club à aligner neuf joueurs noirs au coup d’envoi d’un match de Premier League. L’équipe gagne, et enchaine trois titres en 1998, 2002 et 2004 avec une série historique de 49 matches sans défaite. La connexion africaine ne se relâchera plus, même pendant les vingt-deux années sans trophée majeur qui ont suivi.
Aujourd’hui, le lien passe par les diasporas
L’équipe sacrée en 2026 ne compte aucun joueur représentant une sélection africaine depuis le départ du Ghanéen Thomas Partey à l’été 2025. Mais le lien avec le continent passe toujours par les diasporas. Bukayo Saka, leader technique des Gunners, est né à Londres de parents nigérians. Eberechi Eze et Noni Madueke, recrues estivales, ainsi que le jeune Ethan Nwaneri, partagent les mêmes origines. William Saliba, pilier de la défense, a des racines camerounaises.
Une passion intacte malgré les années
Deux décennies sans titre n’ont pas entamé la base des supporters africains et le sacre de 2026 récompense cette fidélité.
Cette passion africaine a aussi nourri un autre récit, celui d’un possible rachat du club par un milliardaire nigérian. Pendant plus de quinze ans, Aliko Dangote, première fortune du continent, a publiquement entretenu cette perspective. De 2010 à 2020, l’homme d’affaires a multiplié les déclarations sur son intention d’acquérir les Gunners.
Mais le 14 mai dernier, cinq jours avant le sacre, le patron du Dangote Group a refermé la porte. Lors d’un entretien avec Nicolai Tangen, directeur général de Norges Bank Investment Management, le milliardaire a expliqué avoir tranché en faveur de sa raffinerie pétrochimique de Lagos. La valorisation d’Arsenal, passée d’environ 2 à 4 milliards de dollars en quelques années, a achevé de rendre l’opération financièrement déraisonnable à ses yeux. « Aujourd’hui ils valent des milliards, ça n’en vaut pas la peine », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « J’ai décidé de continuer à les soutenir, à regarder leurs matchs. Chaque fois qu’Arsenal joue, je porte toujours le maillot. »
Pour les supporters des Gunners, l’essentiel est maintenant tourné vers un rendez-vous le 30 mai à Budapest, où les Gunners affronteront le PSG en finale de la Ligue des champions. Le PSG, qui est depuis son titre de champion d’Europe l’année dernière, sans doute le plus africains des clubs européen.



