Après la fusillade, Madagascar fait le bilan

Un jour après la fusillade, la capitale malgache compte les victimes. Trois personnes ont été tuées et une quinzaine d’autres blessées, à l’issue d’un échange de tirs entre les forces de sécurité et d’éléments de la force d’intervention de la gendarmerie nationale (FIGN), jeudi, à Antanarivo. Dans un communiqué, l’homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, a avancé que cette mutinerie aurait fait partie d’un « plan machiavélique » orchestré par l’ancien président déchu, Marc Ravalomanana.

Le calme semble être revenu vendredi à Antananarivo. La veille, les forces de sécurité (EMMO-REG) ont mis en fuite la rébellion d’éléments de la force d’intervention de la gendarmerie nationale (FIGN), au terme d’une journée d’affrontements. Selon Sylvain Ranjalahy, le rédacteur en chef de l’Express de Madagascar, le bilan de la fusillade aurait fait au moins trois morts, un civil membre du Mouvement des ecclésiastiques, un soldat loyaliste et un autre de la FIGN, et d’une quinzaine de blessés, dont un pasteur protestant. « Il s’agit de l’Adjudant Ramarosaona, dit Vazaha, un élément de la FIS qui a succombé après avoir reçu une balle à la poitrine et un Sous-officier de la FIGN tué lors de l’assaut final », a indiqué Midi Madagasikara.

Jeudi, en fin de soirée, les forces légales ont donné l’assaut dans la caserne du Fort Duchesne dans laquelle s’étaient retranchés les mutins. D’après le commandant Richard Ravalomanana, aucun élément de la FIGN n’aurait été fait prisonnier. Ils auraient tous pris la fuite, en laissant derrière eux leurs armes. « La situation est maîtrisée et toutes les dispositions nécessaires pour maintenir la sécurité dans la capitale et ses environs sont en vigueur », a expliqué jeudi Camille Vital, le Premier ministre et ministre des forces armées, lors d’une conférence de presse, dénonçant « avec véhémence les ingérences et manipulations ourdies par des politiques hostiles » au régime d’Andry Rajoelina.

Fusillade au sein des forces armées

Les éléments de la FIGN avaient érigé jeudi des barrages à proximité de leur caserne. Ils demandaient que la lumière soit faite sur une affaire d’argent au sein de la gendarmerie. En cause, le général Bruno Razafindrakato, soutenu par Andry Rajoelina, qui n’aurait pas redistribué à la garnison de Fort Duchesne les 500 millions d’ariary (près de 190 000 euros) remis par Marc Ravalomanana en 2009. Mais ce n’est pas leur seule revendication. Le 5 mai dernier, la FIGN avait demandé le départ du gouvernement de transition et la mise en place d’un « comité militaire » qui « serait ouvert à toutes les sensibilités politiques », peut-on lire sur All Africa.

Par ailleurs, les mutins souhaitait assurer la protection d’un rassemblement interdit du « Mouvement des ecclésiastiques », de pasteurs protestants favorables au vice président de l’Eglise protestante et ancien chef d’Etat, Marc Ravalomanana. Mais une douzaine de camions et cinq pick-up militaires sont arrivés pour disperser les manifestants et démanteler les barrages. C’est à ce moment là qu’il y a eu des échanges de tirs. « On n’a jamais voulu attaquer. Ils ont commencé à nous tirer dessus. On a riposté seulement 30 minutes après quand on a décidé de progresser vers le camp », a affirmé le colonel Richard Ravalomanana, évaluant le nombre des mutins à « une vingtaine, 30 au maximum ». Une version démentie par Andry Rajoelina. Dans un communiqué de presse publié vendredi, il explique que « les éléments des forces de l’ordre ont subi des tirs de la FIGN ». En représailles, les autorités malgaches ont fermé la radio privée du mouvement des ecclésiastiques, Fahazavna (lumière en français), qui avait appelé au rassemblement.

Le «plan machiavélique» de Marc Ravalomanana

D’après le président du régime en place, cette mutinerie ferait partie du « plan machiavélique » de Marc Ravalomanana dont « l’objectif est de créer une tension au sein des Forces armées notamment entre la hiérarchie et les hommes de troupe ». « Le malaise qui affecte actuellement (la gendarmerie) a commencé à partir du moment où l’ancien président en exil en Afrique du Sud a déclaré avoir versé (début 2009) 500 millions d’ariary à certains hauts responsables militaires », ajoute le document.

Selon Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana aurait trouvé « un allié », l’ancien Président mozambicain et médiateur de la crise malgache, Joaquim Chissano qui « n’hésite pas à ingérer dans les affaires de la République ». Selon le communiqué, il aurait mandaté un représentant pour rencontrer des forces armées, « ce qui n’entre pas dans le cadre de sa mission ».

Si la situation semble avoir été maitrisée par les forces légales, les tensions au sein de l’armée n’ont pas cessé. « On est dans un malaise latent, ce genre d’attaques pourrait rependre n’importe quand. L’armée est aujourd’hui divisée », assure Sylvain Ranjalahy.

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