Anliyat Mlanao, les Comores au cœur

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Parce que le plus « important n’est pas l’euro », la pétillante Anliyat Mlanao a pris le contre-pied de ses concitoyens et s’est installée définitivement sur son archipel natal, les Comores, afin d’y contribuer au développement du tourisme. Elle a représenté l’Île aux parfums avec son agence, au salon Tourism Africa, à Genève, après un voyage d’une semaine depuis Moroni. Faute de moyens, son ministère de tutelle n’a pu faire le déplacement.

Il y a ceux qui partent et celle qui reste. Comme à chaque été, Anliyat Mlanao a passé ses vacances dans le pays qui l’a vue naître et qu’elle aime, les Comores. Mais cette fois, elle a décidé d’y rester et de s’y installer de façon définitive. « Là-bas, tout le monde me prend pour une folle, s’amuse-t-elle. Ma famille, en France, me dit que je vais craquer… Mais jusque-là, tout se passe bien. » La petite pile électrique, format LR5, a pris le contre-pied de ses concitoyens qui fuient leur pays par milliers, au péril de leur vie, pour Mayotte, restée française suite à un référendum en 1973.

Anliyat a grandi à Valence, dans le sud est de la France, où elle a effectué sa scolarité et où sa famille est encore nombreuse, avant d’obtenir son BTS (Brevet de technicien supérieur) en tourisme un peu plus à l’ouest, à Tarbes. De là, elle a tenté l’aventure américaine à Philadelphie, une année, pour finalement se fixer cinq ans à La Réunion avec son mari. Mais rien n’y fait, son cœur est sur son archipel : « Quand je vais aux Comores, je ressens comme une paix intérieure. Les gens sont plus chaleureux, ce n’est pas chacun pour soi, comme à La Réunion. Le plus important n’est pas l’euro. On est pauvres, mais on a ce qu’il faut ».

Pas d’office de tourisme

comoresplage.jpgCe qui lui a fallu, c’est notamment une volonté à toute preuve pour venir représenter son pays et son agence, Matembezi, au salon Tourism Africa 2006, à Genève, avec son collègue Baramdji Youssouf. Son voyage depuis Moroni a duré sept jours, dont cinq à attendre à Dar es Salam que ce dernier obtienne un visa de transit vers Genève. Sans succès. Alors elle a reprit l’avion pour Dubaï, Zurich et enfin Genève. A première vue, la pétillante jeune fille s’ennuie un peu à tourner en rond autour de son stand de deux fois six mètres carrés. Mais ses grands yeux noirs illuminent son visage fin dès qu’un des rares visiteurs de ce salon professionnel vient parler avec elle de son pays.

A travers ses correspondances aériennes, Anliyat a perdu les affiches qu’elle avait spécialement fait tirer à Dar es Salam pour son stand. Mais l’énergie qu’elle dégage dans son chiromani à octogones blancs sur fond bleu, les cheveux tressés et pressés sur le crâne, vaut mille films promotionnels et panneaux publicitaires. Elle avait même invité sa célèbre sœur chanteuse, Nawal, à se produire dans le salon, mais celle-ci offrait déjà un concert en Libye. Le ministère du Tourisme, « invité », n’a pu effectuer le voyage faute de moyens. Quant à un quelconque Office de tourisme, « il n’en existe pas », a découvert Anliyat à Genève, hormis une officine récemment ouverte sur l’île de Moheli avec l’aide de l’Union Européenne.

« 300 euros à Moroni plutôt que 2 000 à Mayotte »

anliyat-2.jpgAnliyat Mlanao a débarqué à Moroni avec son expérience en tourisme pour aider à structurer Matembezi, une jeune entreprise agréée depuis un an par l’Iata (International air transport association). « J’ai laissé mon mari Mahorais à Mayotte. Je lui ai dit ici, c’est chez toi. Moi, je vais chez moi », plaisante-t-elle. A Mayotte, en plus d’être chassés par la police, elle a vu ses concitoyens insultés et raillés. « Ils ne comprennent pas qu’au-delà des îles, nous sommes tous Comoriens », regrette-t-elle. Désormais qu’elle est installée sur l’île de Grande Comore, elle « y croit ». Et « préfère gagner 300 euros à Moroni que 2 000 à Mayotte ». Ses deux enfants se font très bien à cette idée, même s’il leur faudra un jour quitter l’île pour poursuivre leurs études supérieures.

L’activité de Matembezi consiste essentiellement dans la vente de billets, en collaboration avec Air Tanzanie ou Air Kenya. Mais l’agence s’occupe également d’accueillir les touristes à l’aéroport, avec son minibus flambant neuf, et de leur proposer les visites guidées des principaux sites d’intérêts sur les trois îles qui forment l’Union des Comores (Anjouan, Moheli et Grande Comore) : « le volcan Kartala, les cimetières portugais, les ruines de la médina de Moroni ou encore la mosquée miraculée, dont on dit qu’elle s’est construite d’elle-même en une nuit. Les îles sont encore vierges, le sable est blanc et très fin. Les villes ne sont pas saturées par le transport et sur l’île de Moheli, on peut encore voir deux ou trois cent petites tortues se diriger vers la mer. Il faut que tout cela reste authentique, même s’il est également nécessaire de construire des routes, pour que les gens puissent se déplacer… »

 Matembezi Travel & Tourism agency

Tel 00269 73 04 00/04 22

Fax 00269 731075

PO Bax : 514 Moroni Comores

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