Amsatou Sow Sidibé : « J’ai une volonté farouche d’aider le Sénégal à sortir du gouffre »

Militante depuis une trentaine d’années des droits de la femme et de l’enfant, Amsatou Sow Sidibé, 60 ans, a annoncé sa candidature à la présidentielle sénégalaise de février 2012. Elle confie à Afrik.com ses ambitions.

Déterminée. Amsatou Sow Sidibé n’a pas annoncé sa candidature à la présidentielle de février 2012 pour perdre. Son mouvement politique, CAR Lennen, qui signifie en wolof, rupture, compte déjà plusieurs ralliements. Cette mère de famille de quatre enfants compte bien aller jusqu’au bout pour accéder à la présidence. Professeur de Droit à l’université Cheikh Anta Diop depuis 1980, elle milite pour l’émancipation des femmes depuis les années 1970 et participe à de multiples émissions à la radio pour sensibiliser la population sur cette problématique.

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a poussée à présenter votre candidature à la présidentielle de février 2012 ?

Amsatou Sow Sidibé :
J’ai une volonté farouche d’aider mon pays à sortir du gouffre. Le Sénégal est en grande difficulté. Il fallait que je mette la main à la pate car je ne veux pas être complice de ce qui se passe dans le pays. Les femmes ont un rôle fondamental à jouer dans la société. La population souffre de manière atroce. Le panier de la ménagère est troué. Les denrées de première nécessité coûtent extrêmement cher. Il y a des gens qui ne mangent qu’une fois tous les deux jours. Le Sénégal est le pays le plus cher au monde. L’argent a dévalorisé le pays, qui n’a plus d’âme.

Afrik.com : quel est votre programme pour redresser la situation ?

Amsatou Sow Sidibé :
Mon objectif est de remettre la personne humaine au centre des préoccupations. En garantissant ses droits civiques, politiques économiques, sociaux, culturels, environnementaux. Chaque être humain à droit à la paix. Il faut trouver des emplois aux jeunes, protéger les populations rurales, qui ont les mêmes droits que les personnes vivant en zones urbaines, mettre en œuvre une éducation de qualité, s’occuper de la santé des populations et faire en sorte que les services sanitaires se rapprochent d’elles. On ne peut pas oublier les femmes. Il faut créer des activités génératrices de revenus pour elles. Il y a aussi beaucoup à faire dans le secteur de l’énergie. Les coupures de courant fréquentes ont un effet catastrophique dans l’économie du pays. Il faut également réformer les institutions et veiller à l’application de l’Etat de droit. La Justice doit être renforcée pour qu’elle permette aux Sénégalais de vivre dans l’espérance et l’équité. On ne peut pas s’occuper uniqument d’une partie de la population et laisser l’autre dans la difficulté. C’est pour cela que dans mon programme, la banlieue occupera une place très importante. Il faut y assurer un système d’écoulement et d’assainissement de l’eau efficace.

Afrik.com : Vous êtes la troisième femme dans l’histoire du Sénégal à vous présenter à la présidentielle. Mais aucune n’a jusqu’ici réussi à accéder à la présidence. Pensez-vous que le peuple soit prêt à ce que le pays soit dirigé par une femme?

Amsatou Sow Sidibé :
Jusqu’à maintenant, le pays a toujours été dirigé par des hommes. Une bonne partie du peuple est prête à élire une femme présidente. D’ailleurs même les hommes sont prêts aux changements. Il y a des imams qui soutiennent ma candidature. Nous en avons un qui est membre de notre mouvement politique CAR Lennen, qui signifie rupture en wolof. L’heure des femmes a sonnée. Il n’est même pas pensable qu’en 2012, il n’y ait pas de femme candidate à la présidentielle. Toutes les femmes doivent se lever. Quand une femme à un savoir-faire, il faut qu’elle le mette en œuvre, au service de son pays. Les femmes ont des qualités extraordinaires. Elles ont une valeur ajoutée. En effet, elles sont mères, elles ont une sensibilité que les hommes n’ont pas. Une mère ne peut pas voir son peuple souffrir et croiser les bras sans rien faire. C’est impossible.

Afrik.com : Le chef d’Etat Abdoulaye Wade a fixé le montant de la caution pour les candidats qui souhaitent se présenter à la présidentielle à 65 millions de Francs CFA. Réunir une telle somme ne sera pas une mince affaire. Comment comptez-vous vous y prendre pour surmonter cet obstacle?

Amsatou Sow Sidibé :
Nous ne reculerons devant rien. Cette nouvelle caution a été mise en place pour décourager les autres candidats. Mais ils n’y arriveront pas. Nous comptons sur les uns et les autres pour rassembler les 65 millions. C’est possible. Lors des élections présidentielles américaines, Bararck Obama a été soutenu par ses compatriotes, qui ont financé sa campagne. Je lance d’ailleurs un appel au sein de votre rédaction pour inciter toutes les bonnes volontés à nous soutenir.