Amos Tutuola : la voix des contes du Nigeria

La collection Continents noirs, chez Gallimard, réédite  » L’ivrogne dans la brousse « , le chef d’oeuvre en langue anglaise d’Amos Tutuola, dans la traduction qu’avait réalisée en 1953 le poète français Raymond Queneau.

Ce livre méritait de reparaître, car c’est doublement un classique. Classique, d’abord, par son inspiration qui restitue la voix des anciens contes du Nigeria, à cheval entre le roman chevaleresque et l’épopée rabelaisienne, entre l’univers fantastique des mythes d’Afrique occidentale et l’imaginaire poétique d’un Henri Michaux, du côté de l’enfance et de la simplicité du verbe et de l’émotion.

Classique, ensuite, par l’écho fidèle que Raymond Queneau s’est ingénié à lui donner en français, utilisant les mêmes procédés de naïveté, le même naturel dans l’invraisemblance. L’aventure progresse de plain-pied dans le mythe, les créatures et les êtres étranges de la brousse se relaient sur le chemin du héros, dont la quête ne finira que quand il sera enfin revenu à son point de départ, sa demeure, et sa plantation de 560 000 palmiers, source inépuisable d’une ivresse quotidienne de vin de palme.

Famine et bêtes sauvages

L’ingéniosité du narrateur, qui raconte son Odyssée à travers le monde sauvage, emprunte toutes les voies qui s’offrent à lui : ruse, force, surprise, gri-gri… Il se sort de tous les mauvais pas, malgré les embûches et les souffrances. Amos Tutuola est l’Homère de la littérature nigériane : rassemblant les textes légendaires, les traditions orales, les aventures racontées aux enfants, il en construit une trame narrative originale, qui emporte son lecteur incrédule et séduit dans un rêve où le rationnel n’a plus de part, et qui transfigure les réalités africaines : la famine, les bêtes sauvages, l’organisation des villages.

Il faut s’y plonger comme dans un bain de jouvence, où l’on retrouve l’énergie lumineuse des chants des griots et la force de dépasser la fatalité pour accéder au bonheur.

Commander le livre : Galllimard, Coll. Continents noirs, janvier 2000.