Algérie : le Parlement légitime-t-il la corruption ?

En refusant d’ouvrir un débat sur la corruption, un phénomène qui gangrène l’économie du pays, le Parlement algérien serait-il en train d’ouvrir la voie au dérapage ?

De notre correspondant à Alger

Le Parlement algérien refuse d’ouvrir un débat sur la corruption. Ce qui pousse nombre d’observateurs à se demander si cette institution n’est pas en train de cautionner le dérapage.

Alors que les scandales sur la corruption ne cessent d’éclabousser des personnalités occupant des postes au plus haut niveau de l’état, l’Assemblée nationale vient de faire plonger un peuple tout entier dans un sentiment d’amertume. Et ce, en raison de son refus, le mois dernier, d’ouvrir un débat sur la corruption. La demande d’un débat sur ce phénomène devenu presque banal, a été initiée par le chef du groupe parlementaire du Front pour la justice et le développement (FJD), Lakhdar Benkhelaf, Elle est signée par 65 députés et déposée le mardi 25 juin. Le refus par le Bureau de la première Assemblée, censé pourtant défendre crânement les intérêts moraux et matériels du peuple, a sonné le glas de la légitimité de cette institution. Celle-ci semble fonder sa légitimité sur la raison du plus fort.

Vraisemblablement, la complexité du dossier en question est liée à l’existence de réseaux internationaux de corruption, dont les ramifications s’étendent même en Algérie. Au point que ceux qui exécutent les grandes sentences pourraient se retrouver dans de sales draps. Les partis de l’opposition ne font preuve d’aucune motivation quant à l’idée de lancer un débat franc sur le phénomène de la corruption. L’aval des gros bonnets dans ce sens est loin d’être acquis, puisque même certains députés ont préféré chahuter durant les débats.

La lutte contre la corruption n’a de place que dans les discours de certaines formations où végètent les affairistes charognards qui mettent leurs intérêts personnels devant ceux de la nation. L’Assemblée populaire nationale est aussi indexée pour être restée de marbre devant les grands scandales qui ont éclaboussé le géant national des hydrocarbures Sonatrach. Les Algériens s’interrogent sans cesse sur ces milliards de dollars détournés et volatilisés, sans pour autant qu’il y ait des sanctions. Même pour en débattre, certains élus de la nation, n’ayant pas voulu trahir la confiance placée en eux, n’ont pas réussi à soulever la question. « À quoi bon d’élire les représentants du peuple si ceux-ci ne défendent pas les intérêts des citoyens. La situation s’est empirée ces dernières années, car les élus n’ont pour souci que leurs intérêts hégémoniques et matériels », se lamente un jeune étudiant en Droit qui préfère parler sous le couvert de l’anonymat.