Algérie : la justice va mal

Alors que le procès Khalifa reprend au tribunal de Blida, l’appareil judiciaire de l’Algérie s’attire les foudres du peuple.

(De notre correspondant)

De grosses affaires de corruption sont en ce moment traitées par la justice algérienne. Les Algériens se demandent si elle est à même de les étudier sans pression.

L’affaire Khalifa, qui sera réexaminée en appel à Blida dès ce mardi, verra pas moins de 300 témoins défiler au tribunal, dont quelques uns occupent des portefeuilles ministériels. Ce qui constitue un dur morceau pour les magistrats instructeurs. Ceux qui étaient jusqu’à là des intouchables risquent gros alors que la machine, toujours en branle, est en passe d’y ternir l’image de marque. Et ce pour
« constitution d’association de malfaiteurs », « vol qualifié »,
« escroquerie, abus de confiance » et « falsification de documents officiels ».

Les témoins, convoqués pour être auditionnés comme le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci (ancien ministre des Finances), le ministre actuel des Finances, Karim Djoudi, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Abdelmadjid Tebboune et le secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, donnent un autre cachet à la justice du pays. « C’est la première fois que nous assistons à un tel déferlement de personnalités politiques devant les tribunaux. Un signe qui peut nous amener à croire en une possibilité de recouvrer notre indépendance », nous fait remarquer M.A commerçant de son état. Ce test de crédibilité pour le gouvernement aiguise l’interrogation des Algériens. Pour cette seconde édition, les autorités ont tout prévu afin que toutes les conditions soient réunies durant le déroulement du procès.

L’éclatement des autres affaires comme celle de la société nationale des hydrocarbures (Sonatrach) témoigne du malaise qui existe au sommet de l’état algérien, tenu de se conformer aux exigences mouvantes du monde moderne. Si le pays a évité le bouleversement comme celui qui a emporté les dictateurs arabes, il est en passe de refaire sa virginité vis-à-vis des citoyens. Cela, pour éviter tout dérapage aux conséquences néfastes pour la stabilité de l’Algérie.

Le déchainement de la population du sud réclamant de meilleures conditions sociales et celle de l’est exigeant plus de sécurité, n’est pas une mince affaire. Avec moins d’attention, les choses risquent de se corser davantage. L’égalité des citoyens devant la justice peut s’instaurer dans ce pays possédant 200 milliards de dollars de réserves de change. Surtout si le peuple se montre regardant aux normes universelles régissant les droits de la personne humaine.

Ce qui a constitué durant de longues années le crédo du chef de l’état en exercice, qui a misé sur l’assainissement du secteur de la justice. Ceci fait revêtir un caractère de politique générale dans l’optique d’une construction d’un état de droit fondé sur légalité des citoyens et la lutte contre l’injustice.

Cette situation rappelle celle vécue au milieu des années 90 à l’arrivée de Mohamed Boudiaf à la magistrature suprême. Beaucoup de barons impliqués dans des affaires scabreuses étaient démasqués , ce qui a donné lieu au bouillonnement de la société civile.