Algérie : la flambée des prix est-elle la vraie cause des violences ?

Si ce n’est pas le calme, ça y ressemble. Cependant, le gouvernement ne devrait pas se contenter des annonces qu’il a faites ce week-end, et encore moins s’en glorifier. Les problèmes qui sous-tendent les manifestations qui ont embrasé l’Algérie sont profonds.

« Après la pluie, le beau temps », dit l’adage. Après que de violentes manifestations ont fait cinq morts, plus d’un millier de blessés et 1100 personnes arrêtées entre mercredi et dimanche, l’on assiste, à en croire certaines sources, à un retour au calme. Un apaisement qui serait né du discours du pouvoir tendant à ajuster les prix. Le kilogramme de sucre sera ainsi vendu au consommateur à 90 dinars au maximum, alors que la bonbonne d’huile de 5 litres sera cédée à 600 dinars. Tels sont les supposés correctifs apportés, samedi, par le gouvernement lors de sa dernière session d’urgence sur les événements qui ont secoué le pays. Dans la même ligne, le ministre du Commerce et les opérateurs économiques se sont donnés rendez-vous à la mi-février pour examiner les fluctuations des prix sur le marché international.

Cela voudrait-il dire que les problèmes des Algériens seront résolus ? Nombre de voix claironnent le contraire. D’autres foyers d’agitation sont encore actifs ce lundi. Et, surtout, les problèmes de fond ne sont pas résolus. Le président d’honneur de la ligue algérienne des droits de l’homme (LAADH), Me Ali Yahia Abdennour, par exemple, préconise de mettre fin à la « dictature » pour que l’Algérie soit au diapason des autres nations à tradition démocratique… Quoiqu’il en soit, l’annulation des taxes sur les produits de base annoncée pompeusement samedi, à l’issue du Conseil interministériel, n’est pas la solution idoine, celle qui redressera le pays et rendra la dignité à son peuple souffrant. Dans ce pays où sont institutionnalisés le mépris et l’exclusion, les dirigeants sont appelés à revoir leur partition. Car l’emploi, le logement et surtout le besoin de considération, qui constituent le socle revendicatif des jeunes en colère, requièrent une solution équitable et urgente.

Le mouvement développé par les jeunes algériens en colère, vide de slogans politiques, donne aussi à réfléchir aux différents partis qui forment le paysage politique national. Ces formations, à la tête desquelles trônent les représentants du peuple dans la platitude politique, n’ont aucun contact avec la population, sauf à l’approche des joutes électorales. Les émeutes sont aussi un message émanant d’une société civile non structurée sur des bases solides et n’ayant que la rue pour vider son fiel.

Les services de sécurité, qui restent sur le qui vive, ont reçu comme principales instructions de ne pas répondre aux provocations des manifestants. Une recommandation judicieuse. Le feu qui a embrasé l’Algérie ces derniers jours est loin d’être éteint.