Algérie : Abdelaziz Belkhadem, la fin d’un règne ?

La roue tourne pour le Secrétaire général du Front de Libération Nationale, Abdelaziz Belkhadem, arrivé à la tête du parti grâce à un mouvement de redressement mené en 2003 contre Ali Benflis. Aujourd’hui, suite à un mouvement de protestation au sein même du parti, il risque de connaître le même sort que son prédécesseur.

Abdelaziz Belkhadem, le secrétaire général du Front de Libération Nationale (FLN), est sur le point de vivre la même expérience que son prédécesseur Ali Benflis. A la tête du parti depuis 2003, l’homme fort du FLN est désormais décrédibilisé et poussé vers la sortie. En cause, la confection des listes électorales pour les législatives du 10 mai et la corruption. Même ses plus proches alliés l’ont abandonné lundi matin pour rejoindre les 220 membres du Comité central (CC) qui ont observé un sit-in de protestation dans la cour du siège du parti. De son côté, le chargé de communication du parti, Kassa Aïssi, a affirmé à l’Algérie Presse Service que « cette action (…) a regroupé uniquement une soixantaine de membres du CC et plusieurs autres jeunes ».

« Belkhadem dégage ! », l’invitation (forcée) est lancée. Des élus et des militants du FLN passent à l’action et annoncent qu’ils ne font plus confiance à Abdelaziz Belkhadem, accusé de « trahison », et à son Bureau politique (BP). Parmi les slogans, on pouvait aussi entendre : « Belkhadem à la poubelle de l’histoire » ou « Dégage avant d’être dégagé ». Des figures du mouvement de redressement de 2003 étaient également présentes dans la cour du siège, à l’instar des anciens ministres Boudjemaâ Haichour, Abderachid Boukerzaza et Mohamed Seghir Kara, rapporte El watan. L’ancien dirigeant du groupe parlementaire du parti, Abbès Mikhalif, l’ex-sénateur Abdallah Boussenane, l’ancien membre de la direction et député Abdelkrim Abada et le député Abdelhamid Si Affif étaient également de la partie.

Belkhadem fait le dos rond

Pour empêcher le déroulement de la réunion tenue ce lundi, Belkhadem avait fait fermer à clé les bureaux, ce qui n’a guère arrêté les frondeurs qui ont fait des jardins du siège leur quartier général.

La direction du FLN a qualifié lundi la réunion de membre du CC d’« action d’expression de mécontentement ». M. Aïssi a déclaré que « la réunion (de lundi) n’est pas celle du Comité central, mais nous la considérons plutôt comme une action d’expression de mécontentement et un sit-in de protestation » que M. Belkhadem va examiner.

Dans un communiqué, les contestataires ont appelé à l’organisation « dans les plus brefs délais » d’une session extraordinaire du Comité central pour « pouvoir, dans le cadre de la légalité et de la démocratie, sauver le parti et corriger sa trajectoire par l’élection d’une nouvelle direction pour la gestion de ses affaires ».

En réponse, le BP a rappelé que seul le Secrétaire général est « habilité » à convoquer les réunions du CC en s’appuyant sur l’article 37 des statuts qui stipule que « le Secrétaire général est seul habilité à convoquer les réunions du Comité central, qu’elles soient ordinaires ou extraordinaires ».

Benflis, le remake

« Notre revendication était le départ de Belkhadem et son exécutif et il est naturel que nous rejoignions aujourd’hui ce mouvement », a lancé Mohamed Seghir Kara. Il prétend ne pas vouloir « une place sur une liste de candidatures aux législatives ». « J’ai constitué une liste indépendante à Bouira et j’ai placé à sa tête un jeune. Moi je ne suis pas candidat », a-t-il déclaré à la presse locale.

Plus loin, c’est Boudjemaâ Haïchour qui se lâche : « il a déstabilisé l’establishment. C’est un traître. Deux personnes ont pris en otage le parti », a-t-il assuré en faisant allusion aux ministres Amar Tou et Rachid Harraoubia qui, d’après les contestataires, « sont à l’origine de l’exclusion des vrais militants de la course aux législatives ».

Les femmes du parti ont, elles-aussi, exprimé leur mécontentement. Une élue à l’APW d’Alger, Mme Lardjane, a dénoncé le choix de Belkhadem de placer l’ex-femme de l’imam Youcef Al Qardaoui, Asma Ben Kada, sur la liste du parti à Alger. « Elle n’est même pas militante du FLN. J’aurais aimé voir des militants convaincus sur les listes du parti », a-t-elle dénoncé.

Quant aux jeunes du FLN, ils affirment regretter Ali Benflis. « Nous regrettons Ali Benflis et nous avons compris aujourd’hui sa stratégie de rajeunissement du parti. Nous demandons son retour par la grande porte », a affirmé Badis Boulouidnine, coordinateur du mouvement des jeunes du FLN.

Le règlement intérieur autorise la tenue d’un congrès extraordinaire dans deux cas : si le Secrétaire général en prend la décision et si plus de la moitié des membres du Comité central en font la demande. Pour l’heure, 220 signatures sur 351 auraient été collectées ce qui autoriserait donc le retrait de confiance au Secrétaire général.

Lire aussi :

 Législatives algériennes : l’alliance verte menace de se retirer