Algérie : à grands pas vers la réforme de la Constitution

Les consultations ordonnées par le chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika sur son projet de réforme constitutionnelle, et menées par le Président du Sénat Abdelkader Bensalah, ont pris fin mardi. Au total, 250 personnalités ont répondu présent. Mais au lendemain de la clôture des audiences au siège de la Présidence, la colère des uns et la frustration des autres se fait sentir.

La commission Bensalah a reçu, hier, ses derniers invités dans le cadre de la mission confiée par le président Bouteflika. Résultat de cette initiative, qui avait pour but d’apporter des avis sur son projet de réforme constitutionnelle : satisfaction du pouvoir, boycott de l’opposition et sentiment d’amertume chez les associations, organisations et personnalités qui n’ont pas été sollicitées.

Du côté de l’opposition, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) de Said Saadi a ignoré l’initiative, la qualifiant de « monologue contre le changement ». Même son de cloche au siège du Front des Forces Socialistes (FFS). Contacté par Afrik.com, le FFS confie avoir « refusé de participer à ce simulacre de dialogue ».

La guerre des politiques

Au Front de Libération National (FLN), parti politique dont est issu M. Bouteflika, l’heure est à la satisfaction. Aissi Kassa, membre du bureau chargé de la communication et de l’information, est convaincu que cette commission a été d’une transparence absolue et équitable envers tous les partis politiques représentatifs en Algérie. Pourtant, la décision de M. Bensalah quant à la participation des membres de l’ex Front Islamique (FIS) à cette xonsultation a été sans appel : non ! Le quotidien Algérie360 souligne que les invités de cette commission ayant répondu présent sont pour la majorité des proches du pouvoir. En plus des partis politiques qui ont ignoré l’invitation, de nombreuses personnalités comme Mouloud Hamrouche, ancien chef du Gouvernement des réformateurs, et Ali Benflis, ancien Premier ministre sous Bouteflika, ont fait de même. Mais pour justifier leur absence, M. Kassa affirme que « toutes ces personnes et ces groupes politiques ont leur propre raison ». « Le RCD et le FFS doivent s’exprimer sur leur refus de vouloir participer aux discussions. C’est l’opposition donc c’est normal que quelque chose n’aille pas. Au FLN, nous avons notre point de vue, nous l’avons exprimé et nous le défendrons », explique-t-il.

Le Rassemblement National Démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia s’est, lui, montré favorable à une limitation des mandats présidentiels alors qu’en 2008, il militait contre. « On ne peut être que positif dans le déroulement de cette commission. On a été consulté et on a présenté nos projets concernant la loi électorale, notamment celle du régime semi présidentiel », a déclaré le porte-parole du RND, Miloud Chorfi. En revanche, pour le FFS, les réformes proposées par le Chef de l’Etat algérien sont « peu crédibles et peu susceptibles de remédier au tsunami politique, économique et social provoqué par la décennie de sang suivie par une décennie de prédation de grande ampleur ». Chafaa Bouaiche, secrétaire national à la communication du FFS, estime que « pour que le changement ait lieu, il fallait lever tous les obstacles à la libre organisation et à la libre expression des Algériens (…) Le changement est nécessaire et inéluctable. »

La Commission Bensalah a achevé hier ses consultations. Elle va devoir rendre à M. Bouteflika sa copie, avant fin juillet, sur la proposition de nouvelles réformes politiques. Le dernier projet de révision de la Constitution datait de 2008. Le nouveau apportera-t-il une réponse aux vagues de protestations sociales et politiques qui ont secoué l’Algérie ces derniers mois ?

La presse algérienne commente …

Le quotidien Horizons, dans un article paru mardi, souligne qu’« aucune formation politique ne peut faire l’impasse sur les consultations politiques tant celles-ci constituent une étape importante susceptible d’amorcer des changements dans la gestion et la gouvernance dans le pays. ». Le même jour, Algérie360.com a titré : «Le cirque de la commission Bensalah s’achève dans l’indifférence : Le grand flop de Bouteflika». La conclusion de l’article est tout aussi crue que le titre : « Si ces consultations ont bénéficié d’une large couverture des médias publics et parapublics, il ne reste pas moins qu’elles constituent un échec politique pour le président Bouteflika. »

El Watan.com titre ce mercredi : « La parenthèse Bensalah ». Le quotidien remet en question la légitimité de cette commission : « A-t-elle été une mascarade, ainsi que l’on qualifiée des opposants politiques ou au contraire a-t-elle contribué à jouer un rôle dans le processus des réformes ? », s’interroge le quotidien. « Fermée donc la parenthèse Bensalah. Les bonnes cartes sont revenues entre les mains du président Bouteflika et de son pré carré. Ils feront ce qu’ils veulent des propositions émises çà et là ou enregistrées par la commission. Finiront à la poubelle celles qui ne correspondent pas à l’image qu’ils se font du nouveau paysage politique algérien. », assène l’éditorial. Liberté-Algérie.com a titré le sien : « La commission clôture sa mission, les consultations inachevées de Bensalah » et note, qu’il y avait là, l’opportunité pour les principaux animateurs de la vie politique de « s’exprimer publiquement sur les réformes à introduire. »

Le même jour, L’expressiondz.com met en avant, ceux qui ont été «les oubliés de Bensalah». « Les consultations politiques qui ont démarré il y a quelques semaines s’achèvent, hélas, sans le consentement de toutes les composantes de la société. De nombreuses associations, organisations et personnalités ont soit décliné l’invitation, ou n’ont pas été sollicitées pour donner leur avis sur les réformes politiques », écrit le quotidien. Enfin, Le jour d’Algérie.com met en relief les deux grands volets qui ont essuyé bon nombre des critiques durant le déroulement de cette commission. « En fait, le premier grief retenu contre cette Instance est d’avoir invité des organisations méconnues ou peu représentatives, des partis politiques microscopiques et des personnalités sans charisme. Le second reproche concerne directement la crédibilité de cette commission, boudée par des personnalités nationales importantes. Outre certaines figures de proue de l’opposition, dont l’absence aurait pu être compréhensible, d’anciens chefs de gouvernement ont décliné l’invitation de Bensalah. »