Alfonso Torres : « On est plus en sécurité dans le désert mauritanien qu’en Espagne »


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L’Espagnol Alfonso Torres est parmi ces Européens qui ont décidé de s’installer dans le désert mauritanien, au cœur de la cité ancienne de Chinguetti, après en être tombés amoureux. Alors même que la zone est classée sur liste rouge par le Quai d’Orsay, qui déconseille donc aux ressortissants français de s’y rendre, lui et son épouse assurent qu’il n’y a pas de problème de sécurité, contribuant même au développement de la cité. Rencontre.

A Chinguetti,

Alfonso Torres et son épouse se promènent main dans la main, sereinement, à Chinguetti. Cette cité fondée au 11ème et 12ème siècle abrite cette année la cinquième édition du Festival des villes anciennes de Mauritanie pour faire découvrir son patrimoine culturel historique.

Turban bleu enroulé autour de la tête, droit dans ses bottes du haut de ses 1m78, Alfonso Torres pourrait presque passer inaperçu. Originaire de Sud de l’Espagne, il a découvert la ville de Chinguetti dans les années 90 à l’occasion d’un Rallye. « Je suis tombé amoureux de la cité, il fallait absolument que je revienne », raconte le sexagénaire, qui a depuis ce moment toujours eu l’envie de revenir. Ainsi dit ainsi fait. Dix-huit ans après, il dépose ses valises pour de bon à Chinguetti. Il y vit avec son épouse, dans une maison. Le couple retourne en Espagne uniquement lorsqu’il fait très chaud dans les périodes du mois de juin, juillet août, où les températures peuvent atteindre les 52 degrés parfois.

« A Chinguetti, on vit en paix »

En dehors de ces périodes, le couple ne quitte jamais Chinguetti, fasciné par ses magnifiques paysages, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. « A Chinguetti on vit en paix, en harmonie avec la nature », explique-t-il. Bien loin des problèmes sécuritaires décrits dans la zone, classée sur la liste rouge par le Quai d’Orsay, qui conseille aux ressortissants français de ne pas s’y rendre, depuis que quatre touristes français ont été tués par Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), en 2007, lors du Paris-Dakar dans le désert mauritanien. Sept ans ont passé mais depuis ce drame, les touristes ont déserté la zone, eux qui permettaient aux populations d’avoir des revenus réguliers.

Alfonso Torres est particulièrement indigné par cette restriction qui a détérioré les conditions de vie des populations. Selon lui, il n’y a aucun problème de sécurité à Chinguetti au contraire : « On est plus en sécurité ici qu’en Espagne, ou même en France », clame-t-il. Pour lui, il faut lever cette ligne qui n’a pas de sens. « Il n’y a pas de menaces à Chinguetti, il n’y a pas de problème de sécurité, le cadre de vie est magnifique, fascinant, la population est très avenante et accueillante, c’est que du bonheur ».

« Le tourisme est essentiel pour la survie des populations »

Pour lui, il est important d’insister sur le fait que les populations ici ont absolument besoin du tourisme pour vivre et avoir des revenus. « Quand les activités touristiques fonctionnaient, tout le monde avait un emploi. Depuis, c’est le vide. Plus rien ne marche », déplore-t-il. Alfonso Torres fait partie de ceux qui ont personnellement contribué à améliorer les conditions de vie de la population. Comme nombreux de ses compatriotes espagnols, il a en effet participé à la construction de l’hôpital de la Fraternité de Chinguetti, qui ne compte presque que des médecins occidentaux : européens et même américains.

« Certains quittent Nouakchott pour se soigner à Chinguetti »

Lui, tout comme d’autres Espagnols, a mis à disposition ses propres fonds pour que l’établissement voie le jour afin que les populations aient accès aux soins de santé. La Coopération espagnole a aussi, en grande partie, contribué à sa mise en œuvre tout comme la Banque nationale de Mauritanie (BNM). Alfonso Torres est particulièrement fier de cet hôpital qui s’est fait une belle réputation, ces dernières années, en raison de la qualité des soins gratuits prodigués aux populations. « Des personnes quittent d’ailleurs parfois Nouakchott pour se soigner à l’hôpital de la Fraternité », dit-il en riant. Sans compter que les villages autour de Chinguetti viennent aussi se soigner dans cet hôpital qui a des services sophistiqués de radiologie, gynécologie…

Alfonso Torres ne compte pas s’arrêter là. Il compte bien continuer à apporter sa contribution pour améliorer les conditions de vie des habitants de Chinguetti. Tout simplement parce qu’il croit au développement de cette cité, qui lutte pour conserver son cadre naturel, qui date de plusieurs siècles.

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