Alcool au Maghreb : le débat s’enflamme

Pas une année ne passe sans qu’une mesure restrictive ne vienne limiter la commercialisation de l’alcool, ou qu’une polémique n’éclate au sujet de sa consommation au Maghreb. La dernière en date concerne l’interdiction faite au Maroc de vendre de l’alcool aux Marocains musulmans. Une association, Bayt Al-Hikma, demande l’abrogation de ce texte. Mais les Islamistes ne l’entendent pas de cette oreille.

Le sujet revient de façon régulière sur la scène médiatique et politique. L’alcool, cet obscur objet du désir, ne cesse de tirailler la conscience maghrébine (particulièrement au Maroc et en Algérie). Et il ne se passe pas une saison sans qu’une mesure restrictive vienne limiter sa commercialisation, ou qu’une polémique n’éclate au sujet de sa consommation. La dernière en date concerne l’interdiction au Maroc de vendre de spiritueux aux Marocains musulmans. Cette loi, un dahir (texte juridique émanant du roi) de juillet 1967 interdisant de vendre ou d’offrir des boissons alcoolisées aux Marocains musulmans, est quotidiennement bravée.

Mais la publication par une association, Bayt Al-Hikma (la maison de la sagesse), le 8 décembre, d’un communiqué appelant à mettre fin à l’interdiction de la consommation et l’achat d’alcool par les Marocains a mis le feu aux poudres. « La loi selon laquelle l’alcool ne peut être vendu qu’aux étrangers est contraire à la Constitution », plaidait le communiqué.

La présidente de Bayt Al-Hikma, Khadija Rouissi, membre du Parti authenticité et modernité (PAM) a déclaré mardi que cette loi « doit être abrogée parce que la question relève de la liberté individuelle.»
Ahmed Raissouni, un religieux proche du Parti justice et développement (PJD/opposition islamiste), ne l’entend pas de cette oreille. S’appuyant sur une interprétation du Coran, il avait publié, en décembre 2009, une fatwa exhortant les Marocains à boycotter tous les supermarchés qui commercialisent l’alcool.

En mai dernier, une partie de la population de Salé (la ville-jumelle de Rabat), emmenée par des militants du PJD, avait tenu un sit-in devant un nouveau centre commercial pour protester contre la vente de spiritueux.

Paradoxalement, au Marocain, entre 300 000 et 400 000 hectolitres de vin sont aujourd’hui produits, et la plus grande majorité (environ 85%) est consommée localement.

Vagues successives de fermeture de bars en Algérie

L’Algérie, pays voisin, a connu des vagues successives de fermeture de bars et autres établissement servant des boissons alcoolisées. Et en juin dernier, les autorités ont pris des mesures visant à faire fermer les bars et boîtes de nuit à 22 heures en saison estivale et à 20 heures à partir du mois d’octobre.

Un sondage réalisé sur l’échelle nationale, au début de la fermeture des bars, et publié par El-Watan a démontré que cette prohibition était loin de dissuader les consommateurs. A la question : « Quand il n’y a plus de bars dans votre wilaya (département), que faites-vous ? », 59% des sondés ont répondu « je bois chez mois », 11% ont opté pour des bars clandestins, 20% ont dit qu’ils étaient prêts à aller boire dans d’autres département et seulement 1% ont déclaré qu’ils arrêteraient de boire.

« On est bel et bien entré dans une ère de prohibition avec tous les dangers qui vont en découler», a regretté l’Association des commerçants et des investisseurs de la Corniche oranaise (ACICO), à l’Ouest du pays. Les gérants des bars et boîtes de nuit en Algérie ont la crainte que cette prohibition ne génère un commerce informel qui sera géré par la pègre .