Alain Bouanga, prêtre philosophe

Alain Bouanga fait partie des prêtres africains venus en France pour leurs études. A 43 ans, il est bientôt thésard et repartira prochainement pour son pays natal : le Congo. Pour le moment, il prêche la parole de Dieu au sein de la Communauté chrétienne des Africains à Paris avec générosité et philosophie.

Un immeuble au coeur du 19ème arrondissement de Paris. Une grille à pousser, une cour à traverser et quelques marches à descendre. Voici le chemin qui mène au Père Alain Bouanga, du diocèse de Pointe-Noire au Congo. Ce dernier gère, du haut de son mètre 90, la Communauté chrétienne des Africains (CCDA) de la capitale française. Alain Bouhanga est un hôte généreux et attentif qui réserve à chacun de ses paroissiens la même oreille attentive et bienveillante. Sous son crâne lisse et derrière sa stature imposante, le prêtre Bouhanga cache un philosophe.

Il prêche la rencontre entre les hommes afin de faire sauter les barrières et tomber les clichés. Africain, et fier de l’être, il accueille à la CCDA (lieu d’insertion pastorale qui tient compte des originalités des Africains), entre 250 et 300 Africains chaque semaine, auxquels se mêlent des Européens, nostalgiques de l’Afrique. Alain Bouhanga s’applique à révéler la parole de Dieu au sein d’une communauté qui a besoin de repères.  » En Afrique, la religion a encore une place importante, les gens qui ont des problèmes ont besoin de lieux où ils peuvent trouver du réconfort. L’Europe a dépassé ce stade et c’est pourquoi le taux de pratique religieuse y est plus faible. Ici, nous offrons aux Africains de la diaspora, l’écoute, le conseil et l’accompagnement spirituels. Devant des situations de précarité, nous pouvons aussi venir en aide aux familles, dans la mesure de nos possibilités.  »

De Pointe-Noire à Paris

Né à Pointe-Noire en 1958, petit dernier d’une famille de sept enfants,  » religieuse, chrétienne et pratiquante « , il fréquente assidûment les paroisses de sa région. Après son baccalauréat, il use les bancs de la faculté de droit de Brazzaville. Il effectue en France un stage en administration du développement avant de retourner au Congo travailler au Affaires étrangères pendant 4 ans. De religion, il n’en est pas encore question. Puis le Seigneur  » l’appelle « .  » Et ça, ça s’explique difficilement « , avoue-t-il dans un grand éclat de rire. Alain Bouanga décide alors d’entrer en religion. En 89-90, une année d’observation et d’approfondissement spirituel au séminaire de Pointe-Noire finit de le convaincre. Il sera prêtre.

Après trois ans d’études aux facultés catholiques de Kinshasa, il est ordonné prêtre à Pointe- Noire. Nous sommes en 1994.  » Le 6 février précisément.  » Evidemment, ça ne s’oublie pas. Quatre ans plus tard il est envoyé par son évêque à l’université pontificale de Salamanque en Espagne pour passer un doctorat de droit canonique. Puis il refait ses valises pour Paris.  » J’étais content d’être en France, de retrouver un foyer culturel beaucoup plus proche que celui de Salamanque « , se souvient-il. Il entre à la Catho (Université Catholique de Paris) où il poursuit sa thèse aujourd’hui encore. Il lui reste vingt mois pour la terminer. Vingt mois au terme desquels il retournera au Congo.

Poursuivre sa mission

 » L’Eglise d’Afrique a besoin de ses enfants. Nous (les prêtres africains, ndlr) sommes ici pour confronter notre expérience au monde occidental. Les étudiants africains viennent en Europe pour diversifier leurs formations. Nous sommes en mission d’études et au terme de cette mission, il faut retourner en rendre compte dans nos pays.  » Alain repartira donc, animé par la même passion.  » C’est la magie de notre mission de prêtre : où que l’on aille, il y a des hommes et donc des contacts, des rencontres.  »

La CCDA perdra ce prêtre enthousiaste et chaleureux, qui gère également la Communauté chrétienne du Cap-Vert.  » Dans les deux communautés, l’ambiance est géniale ! C’est vraiment très épanouissant de travailler dans de telles conditions. Il y a une vraie joie d’être ensemble. Il y a quelque chose qui passe et qui se passe ! »

La nuit est tombée sur le siège de la CCDA et Alain Bouanga va grimper l’étage qui le sépare de son appartement. Il se plongera probablement dans la lecture d’un magazine avant de retrouver les bras de Morphée. En juillet prochain, Alain Bouanga aura 44 ans. Et une soif de rencontres infinie.

Dimanche 3 mars, la messe du jour du Seigneur sur France 2 sera retransmise à partir des locaux de la Communauté chrétienne des Africains. 46, rue de Romainville.75019 Paris.