Al Walser : « Je veux construire un pont entre l’Afrique et le monde »

Al Walser est une star au Liechtenstein dont il est l’un des plus illustres représentants. Petit-fils du grand Franco, il est également une vedette de la chanson. Si l’artiste suisso-congolais a débuté sa carrière sur les chapeaux de roue dans le groupe à succès Fun Factory, il prépare aujourd’hui une carrière solo où il entend jeter un pont entre l’Afrique et l’Occident. Interview.

Destin de famille, le petit-fils du grand Franco, Al Walser, est une figure musicale de premier plan et un des personnages publics du Liechtenstein (principauté européenne située à côté de la Suisse) les plus populaires. S’il a déjà connu la gloire au sein du groupe Fun Factory, il entame aujourd’hui un nouveau défi auquel il se prépare depuis longtemps : une carrière solo où il pourra enfin développer son propre répertoire. Une inspiration métisse, tout comme lui, qui souhaite faire le lien entre l’Afrique et l’Occident. Al Walser, ami intime de l’illustre famille Jackson, revient pour nous sur ses tonitruants débuts, sur ses nouvelles ambitions artistiques et sur la manière dont il est perçu, en tant que métisse, dans la principauté.

Afrik.com : Vous avez intégré le groupe Fun Factory alors en pleine gloire. Comment s’est passé la rencontre ?

Al Walser :
En fait, il n’y a même pas eu d’audition. Après le départ de Toni Cottura du groupe, ils cherchaient un nouvel artiste pour le remplacer. Je travaillais déjà dans ce studio (à Hambourg, ndlr) pour mes projets personnels et il m’arrivait de faire les cœurs pour le groupe. Ils m’ont demandé si la place m’intéressait. J’étais très sceptique au départ, mais ils ont fini par me convaincre en me disant que c’était juste un contrat de quatre ans. Ils m’ont fait comprendre que c’était une bonne opportunité pour moi, que j’allais voyager et que j’allais beaucoup apprendre. Et j’ai en effet beaucoup appris.

Afrik.com : Vous aviez 19 ans quand vous êtes entré dans Fun Factory qui connaissait déjà un succès mondial. Comment avez-vous géré cette soudaine et immense notoriété ?

Al Walser :
Le succès ne m’a pas dérangé. C’est ce que j’avais toujours recherché. Mais j’avais déjà une certaine expérience de la scène et du public, car je tournais déjà en solo avant le groupe, j’ai d’ailleurs fait la première partie de Joe Cooker en 1995. Mais mon expérience au sein de Fun Factory a été merveilleuse. Même si je suis toujours resté un artiste solo dans l’âme.

Afrik.com : Votre contrat avec le groupe est terminé. N’est il pas un peu dur d’abandonner le succès et de tout devoir reprendre à zéro avec une carrière solo ?

Al Walser :
C’est difficile quand on ne s’y attend pas. Alors que moi j’ai toujours su que ça n’était qu’une étape. Tout était même planifié. L’expérience Fun Factory ne m’a pas épanouit artistiquement à 100%. J’avais beaucoup d’idées ou d’envies que je ne pouvais pas réaliser au sein du groupe.

Afrik.com : Comme l’album Limited Edition & International (uniquement disponible à la vente sur le Web) où Jermaine Jackson intervient d’ailleurs très largement ?

Al Walser :
Pas exactement. Cet album, volontairement de l’underground, marque juste une autre étape. Je devais le faire pour pouvoir passer à autre chose, à mes véritables projets artistiques, où l’Afrique joue un rôle important.

Afrik.com : C’est à dire ?

Al Walser :
De par mes origines, j’ai l’Afrique en moi. Mon père est congolais, ma mère est suisse. Je suis le fruit d’un métissage et j’aimerai travailler à la rencontre musical des deux cultures. Et puis, du fait que je sois le petit-fils de Franco, j’ai un certain héritage à explorer. J’aimerais construire un pont entre l’Afrique et le monde.

Afrik.com : Quel type de fusion allez-vous faire ?

Al Walser :
Un mélange de soul et de calipso nourri d’éléments inspirés par mon grand-père. La musique africaine ne s’imposera jamais telle quelle dans les tops américains où « la tendance est ton ami ». Les compagnies de disques et les radios ne prennent pas de risque. C’est pour cela qu’il faut, dans un premier temps, amener la musique africaine en la mélangeant à un courant en vogue. Je compte évidemment travailler avec des musiciens africains pour développer le style de musique que je veux faire. La musique est africaine, tout a commencé là-bas.

Afrik.com : N’avez-vous pas peur que votre musique ne soit pas acceptée par le public?

Al Walser :
Une voix intérieure me dit que j’ai fait le bon choix. De toutes les façons ce n’est pas tant le succès qui m’importe, mais avant tout mon accomplissement artistique et la joie intérieure que cela me procure.

Afrik.com : Concernant l’homme public, comment êtes-vous perçu au Liechtenstein en tant que métisse africain ?

Al Walser :
Il y a seulement 30 000 personnes qui vivent au Liechtenstein, dont 22 000 citoyens et je suis l’un d’eux. Ne pas être blanc dans une société blanche vous rend très noir. Le fait est que je suis un paradoxe à moi tout seul. Car qu’on le veuille ou non, je suis l’un des grands représentants du pays à l’étranger. On me voit dans les journaux, à la télévision, on m’entend à la radio (notamment en tant qu’animateur, ndlr). On ne peut nier mon existence. Pour autant, je ne revendique pas haut et fort mes racines africaines, parce que je n’ai pas l’opportunité de le faire. La société où je vis est très conservatrice. Il faut savoir que nous ne devons pas être plus de dix noirs dans le pays…dont mon père et moi. Les gens n’en sont d’ailleurs pas encore là. Beaucoup restent juste au niveau de la couleur de la peau sans s’interroger sur les origines.

Afrik.com : Avez-vous un problème d’identité face à cela?

Al Walser :
Absolument pas. Je suis juste moi. J’ai deux mondes à l’intérieur qui cohabitent parfaitement. Au Liechtenstein, je suis plus du Liechtenstein que d’Afrique, en Afrique, je suis plus africain que du Liechtenstein.

Afrik.com : En tant que petit-fils de Franco, quel accueil avez-vous quand vous allez justement en Afrique ?

Al Walser :
J’y suis à chaque fois reçu à bras ouverts. Et pas seulement parce que je suis le petit-fils de Franco, mais également parce que je suis Congolais du Liechtenstein – un pays que peu de monde connaît, à vrai dire, en Afrique comme ailleurs – qui connaît un certain succès et participe à faire parler de l’Afrique et du Congo (République démocratique du Congo, ndlr) à l’extérieur.