Aide aux pays pauvres : Le revirement de l’Union européenne

Alors que les pays pauvres sont les plus touchés par les conséquences économiques de la crise financière, l’aide des Etats membres de l’Union européenne (UE) est largement insuffisante : d’après le nouveau rapport de Concord, la confédération des ONG européennes, l’UE ne respectera pas son engagement d’allouer 0,56% de sa richesse nationale à l’aide aux pays pauvres en 2010.

A quelques jours du Conseil européen des Affaires générales et relations extérieures (CAGRE), Concord révèle, dans son rapport publié aujourd’hui à Bruxelles, que les chiffres de l’aide publique au développement (APD) continuent à être gonflés artificiellement, à hauteur de 8 milliards d’euros, par la comptabilisation de dépenses ne dégageant pas de ressources nouvelles pour le financement du développement : les allègements de dettes (5 milliards €), le coût des étudiants étrangers dans les universités européennes (2 milliards €) et les dépenses liées à l’accueil des réfugiés en Europe (1 milliard €). L’aide européenne qui contribue réellement à l’éradication de la pauvreté et des inégalités ne représente que 0,36% du revenu national brut, contre un affichage officiel de 0,40% (50 milliards €).

Au-delà, l’absence de volonté politique se traduit, dans certains pays, par des réductions des budgets alloués à l’aide. Ainsi, l’Italie, l’Irlande, l’Estonie ont pratiqué des coupes claires dans leur budget d’APD en 2009 et la Lettonie a suspendu l’intégralité de ses activités de coopération au développement.

La France n’est pas en reste : après l’Allemagne, elle demeure le pays européen dont l’aide est la plus fortement gonflée artificiellement. Il est, de plus, avéré qu’elle n’atteindra pas l’engagement européen de 2010.

D’après Justin Kilcullen, le président de Concord, « l’histoire jugera l’Europe sur les mesures prises aujourd’hui. Si elle échoue, elle sera perçue comme ayant tourné le dos aux plus pauvres au moment où ils avaient le plus besoin de son soutien et, ainsi, manqué à son devoir de solidarité. »

Jean-Louis Vielajus, président de Coordination SUD, rappelle cependant que : « certains pays restent, toutefois, fidèles à leurs engagements : l’Espagne, pourtant beaucoup plus durement touchée que la France par la crise, confirme sa solidarité envers les pays pauvres et accroît régulièrement son aide. En 2008, son APD s’est accrue de 20%. Le Royaume-Uni, dont l’APD a augmenté de 24% en 2008, a préservé les moyens alloués à l’APD pour la période 2010/2011 et devrait y consacrer 0,60% de son revenu national brut à l’APD. »

La France et l’ensemble des pays de l’UE ne peuvent se dédouaner de leurs responsabilités envers les pays et les populations les plus pauvres. Les ONG européennes attendent de leurs gouvernements l’annonce de mesures concrètes lors du CAGRE des 17 et 18 mai prochain.

Coordination SUD – Solidarité Urgence Développement est la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale. Fondée en 1994, elle rassemble aujourd’hui six collectifs d’ONG (CLONG-Volontariat, CNAJEP, Coordination d’Agen, CRID, FORIM, Groupe Initiatives) et plus de 130 ONG qui mènent des actions humanitaires d’urgence, d’aide au développement, de protection de l’environnement, de défense des droits humains auprès des populations défavorisées et aussi des actions d’éducation à la solidarité internationale et de plaidoyer.

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