Aide au développement : les pays riches sont devenus pingres

Les pays riches ont consacré moins d’argent à l’Aide publique au développement (APD) en 2006 comparé à 2005. Une tendance qui inquiète les experts de l’Organisation de coopération et de développement économiques à l’origine du constat rendu public ce mardi. Il intervient alors même que les pays riches s’étaient engagés, en 2005, à doubler l’APD en direction de l’Afrique d’ici 2010.

L’Aide publique au développement (APD), celle des 22 pays les plus riches de la planète, a baissé en 2006 de 5,1% par rapport à 2005, soit de 106,8 milliards à 103,9 milliards de dollars selon les experts de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Une première depuis 1996. L’information a été publiée mardi. Hors les remises exceptionnelles de dettes faites à l’Irak et au Nigeria, ce recul est estimé à 1,8%. « Ce qui est tout de même inquiétant, note Brian Hammond, chef de la division des statistiques de l’OCDE. Au sommet de Gleneagles, en 2005, les pays du G8 se sont en effet engagés à doubler leur APD consacrée à l’Afrique à l’horizon 2010 ». La part consacrée à l’Afrique sub-saharienne est néanmoins restée stable (les chiffres concernant le nord du continent ne sont pas encore disponibles). Pour de nombreuses ONG comme l’Oxfam, sa section française en l’occurrence, Oxfam France – Agir ici, ce recul de l’APD est une trahison des « promesses (des pays riches) d’augmenter l’aide au développement en faveur des pays les plus pauvres ».

L’ONG met également le doigt sur la façon dont l’Aide publique au développement (APD) est évaluée par les pays industrialisés. Elle accuse, par exemple la France de comptabiliser dans son APD, «les annulations de dettes, les frais de scolarité des étudiants étrangers et les dépenses pour les réfugiés». Cela représenterait pour la France 52% de son aide. « Ces montants, qui ne profitent pas aux populations des pays en développement, peuvent donc être considérés comme de l’aide  » factice » ». En d’autres termes, précise Aldine Furio, chargée de communication à Oxfam France-Agir ici, « moins de la moitié de l’aide au développement bénéficie réellement aux populations ». Sont comptabilisés dans l’APD les dépenses du secteur public des pays riches consacrés au pays en voie de développement. « Les fonds concernés peuvent être utilisés dans les pays eux-mêmes ou renvoient à des dépenses auxquelles ils ont liés, explique Brian Hammond. Ainsi « la première année d’un réfugié congolais en France, poursuit-il, sera comptabilisée dans l’APD ». La mesure date de 1998 et est intervenue après la chute du mur de Berlin qui a provoqué un accroissement du nombre des réfugiés, en provenance des pays de l’Est, dans les pays développés.

Un calcul qui laisse à désirer

Ce recul de l’APD, « l’équivalent d’à peine un dixième des dépenses militaires dans le monde » selon l’Oxfam, a été prévu par l’OCDE, après l’accès de générosité dont l’Irak et le Nigeria ont bénéficié en 2005 et qui sont encore responsables de la « bonne tenue » des chiffres 2006. L’important engagement militaire des Américains en Irak, principal contributeur de l’APD serait l’une des causes de cette situation. L’aide des Etats-Unis a baissé de 20 % en termes réels contre une hausse de 2,7% pour l’Union européenne. L’Union profite notamment de la présence en son sein de bon élèves comme la Suède. Son APD a augmenté de 15 % et le pays compte parmi les pays qui peuvent se vanter d’avoir atteint et largement dépassé le seuil de 0,7% (l’APD doit représenter 0,7% de la richesse nationale). Objectif proposé par les Nations Unies à l’horizon 2015.

Pour Brian Hammond, ce rapport devrait déjà inciter les pays riches à prendre les dispositions budgétaires qui leur permettront de doubler véritablement leur aide d’ici 2010 dans le cadre des engagements de Gleneagles. Même si la contribution de l’APD au développement des pays les moins nantis se discute, il n’en demeure pas moins, dixit Brian Hammond, que c’est à elle « qu’un pays comme l’Ouganda doit l’accès gratuit à l’éducation pour le plus grand nombre et surtout pour les filles. Il suffit que les fonds soient efficacement utilisés ». Tout en reconnaissant que « pour chaque bon exemple, il y a un mauvais ». Pour l’heure, on ne peut que constater le fossé entre les discours et les actes des pays riches qui disent vouloir ardemment lutter contre la pauvreté.