Aïd ma chérie

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Les musulmans fêtent la fin du Ramadan ce mercredi. Certains expatriés regrettent l’ambiance chaleureuse de leur pays natal. D’autres pratiquants observent un petit relâchement dans le « regroupement familial » propre à la fête de l’Aïd-El-Fitr. Mais pour tous, le principal est que leur foi soit sortie grandie de ce mois de jeûne. Témoignages de fidèles en France.

Le jour de l’Aïd est arrivé. Les musulmans célèbrent l’Aïd-El-Fitr ce mercredi. Cette fête marque la fin du mois sacré du Ramadan. Les fidèles considèrent ce jour comme l’un des plus importants de l’année. Un jour où la famille doit être réunie au grand complet. En France, certains immigrés s’attristent de l’atmosphère peu festive dans les rues. D’autres croyants estiment que l’Aïd a perdu un peu de son charme parce que la réunion familiale n’est plus ce qu’elle était. Pas de quoi, toutefois, égratigner la foi des pratiquants. Parole aux musulmans de Paris.

 Amina, 17 ans, marocaine

« La fête de l’Aïd, c’est comme Noël ou le Jour de l’an »

Amina-2.jpg« La fête de L’Aïd est un jour très important que l’on fête en famille. Un peu comme Noël ou du Jour de l’an ici. C’est pour ça qu’aujourd’hui, mes frères et moi nous ne sommes pas allés à l’école et que mes parents ont pris leur journée. L’an dernier, j’avais retrouvé mes amies pour déjeuner et le soir j’ai dîné avec mes parents. Cette année, mes copines et moi avions tellement de travail au lycée que nous n’avons même pas vu passer le Ramadan. Je les ai appelées ce matin pour leur souhaiter une bonne fête, mais nous n’avons rien pu prévoir de particulier pour marquer le coup. Je vais quand même essayer d’aller les voir ce soir. »

 Adass, 45 ans, malien

« Je regrette de ne pas fêter l’Aïd en famille »

Addass.jpg« Je suis venu en France il y a à peine un mois pour affaires. Donc cette année, je suis loin de ma famille. Mais je l’ai appelée pour lui souhaiter une bonne fête. J’ai célébré l’Aïd avec les amis qui m’ont hébergé. Cet après-midi, je vais à Strasbourg pour rendre visite à des proches. Mais l’Aïd est vraiment différente en France. Lorsque nous sommes allés prier à la mosquée ce matin, il y avait tellement de monde que certains sont restés dehors. Cette prière était d’autant plus importante que nous y demandions que l’année qui arrive soit bonne, que tout se passe bien. Au Mali, les mosquées sont grandes et il y a de la place pour tout le monde. »

 Fatima, 51 ans, algérienne

« C’est triste que l’ambiance ici soit moins festive »

Fatima.jpg« Même si je suis loin de mon pays, l’Aïd reste toujours une très grande fête pour moi. C’est un jour très important où mon cœur se remplit encore plus de foi. Nous sommes contents d’avoir pu tenir tout le mois de jeûne dans la piété. Nous allons voir la famille, les amis. C’est pour cela que je me suis arrangée avec ma patronne pour qu’elle me laisse ma matinée. Mes enfants sont scolarisés dans une école algérienne. Ils ont donc eu deux jours de libres (mardi et mercredi, ndlr) pour fêter l’Aïd en famille. Ce matin, comme tous les autres musulmans, nous nous sommes tous bien habillés pour aller prier à la mosquée. Tout le monde était très souriant, heureux. Mais le charme s’est rompu peu de temps après notre départ. Dans le métro, j’avais un pincement au cœur et je me suis mise à pleurer. Ça me faisait de mal de voir à quel point la fête de l’Aïd est moins festive ici qu’en Algérie. »

 Boubaker, 36 ans, ivoirien

« Je me sens libre du poids de mes péchés »

boubaker4.jpg« L’Aïd est un très grand jour pour les musulmans pratiquants et non pratiquants. Je me sens libre du poids de mes péchés. C’est un peu un nouveau départ. Mon employeur a accepté de me laisser prendre un jour de repos pour fêter la fin du Ramadan. Mais certains de mes amis n’ont pas eu cette chance et doivent travailler. Du coup, ils ont raté la grande prière à la mosquée ce matin. C’était un moment très intense et harmonieux. Nous étions tout sourire, nous nous tenions la main. Exceptionnellement, ceux qui sont restés dehors par manque de place ont été autorisés à prier debout à cause de la pluie. Ils étaient aussi heureux que nous: lorsque la foi est dans le cœur, rien ne peut casser l’ambiance. »

 Ihab, 19 ans, égyptien

« Plus les années passent, moins c’est la fête »

Ihab4.jpg« Le jour de l’Aïd, on se demande si on a bien mené notre jeûne et si Dieu va l’accepter. Certains musulmans ne font pas la fête, c’est pourtant l’occasion de resserrer les liens familiaux. Dans les pays musulmans, on ne travaille pas ce jour-là. Ça serait comme aller travailler le jour de Noël. Les gens se réservent pour aller voir leur famille. D’ailleurs, cet après-midi j’emmène ma petite sœur au cinéma pour lui faire plaisir. Mais plus les années passent et moins les membres de ma famille se réunissent. Avant, nous prévoyions bien à l’avance ce que nous allions faire. Aujourd’hui, nous nous y prenons plutôt la veille. C’est dommage, parce que moins nous sommes et moins nous ressentons l’atmosphère festive. »

 Fatma, 25 ans, tunisienne

« La récompense de notre dévouement »

Fatma.jpg« Dans l’Islam, nous avons deux grandes fêtes : celle de l’Aïd-El-Fitr qui marque la fin du Ramadan et celle de l’Aïd-el-Kbir (la fête du mouton, ndlr) qui vient après le pèlerinage. L’Aïd-El-Fitr est un moment intense qui finalise un mois de jeûne, de prières et d’adoration de Dieu. Cette fête, c’est un peu la récompense de notre dévouement. Je suis venue en France pour étudier, donc ma famille est en Tunisie. Comme j’ai des proches sur Paris, j’irai les voir ce soir. Mais ici l’ambiance est très différente. L’atmosphère est très chaleureuse dans la mosquée, mais une fois dehors, on se retrouve seul avec sa foi. Au pays, tout le monde fait la fête, les enfants portent leurs nouveaux vêtements, on leur offre des jouets… Mais même là-bas, avec le temps, l’ambiance qui entoure la fête de l’Aïd diminue. »