Aïd El Kébir : les boucheries ne font plus recette


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la boucherie Amar Frères dans le 18ème arrondissement de Paris
la boucherie Amar Frères dans le 18ème arrondissement de Paris

L’Aïd El Kébir, la fête du mouton, est cette année plus que jamais touchée par la crise économique. En France, les boucheries ne font plus de bénéfices et leurs clients désertent. Ils préfèrent acheter des moutons vivants dans les fermes ou encore fêter l’Aïd avec du poulet… Reportage dans les boucheries du 18ème arrondissement de Paris.

Il est 9 heures. Métro château rouge, à Paris. Une odeur de viande froide plane dans la rue Poulet. Quelques passants s’aident de leur écharpe pour s’en protéger. De la musique s’échappe des boucheries. La radio algérienne sert de fond sonore à la ronde des tabliers blancs. Dans la rue, les bouchers s’affairent. Ils déchargent de leurs camions des carcasses de bœufs qu’ils déposent péniblement sur leur épaule. Et de une, et de deux… Mais, en ce moment, le cœur n’y est plus. Les boucheries sont durement frappées par la crise économique et ne comptent plus sur l’Aïd El Kébir, la fête du mouton, pour faire du chiffre. « Les bénéfices de cette célébration ? Il y en a aucun », se moque le patron de la boucherie Aït-Amar. Debout, devant la caisse enregistreuse, le boucher, dont le tablier est moucheté de sang, évoque ses difficultés à faire prospérer son commerce.

Le regard perdu devant l’étalage de viandes, Fouzia s’interroge sur son repas de l’Aïd. « Du poulet, ça fera très bien l’affaire ! », pense-t-elle tout haut. Cette année, la jeune femme d’origine algérienne pose son droit de veto :« il n’y aura pas de mouton pour la fête, c’est beaucoup trop cher, je peux très bien faire un bon repas avec de la volaille halal ! ». Un peu plus loin dans la rue, un boucher explique, entre deux clients, qu’il a « arrêté le mouton pour l’Aïd, trop peu rentable ». L’animal n’aurait-il plus la côte ? En tout cas, les fermes ne se plaignent pas. Leurs moutons vivants se vendent bien. « Les clients ne veulent plus acheter du mouton déjà tué et découpé », chuchote Mohamed Amar de la boucherie familiale Amar Frères, le buste penché au-dessus des tripes de boeuf.

Les fermes : un commerce prospère

L’Aïd El Kébir profite aux éleveurs. Les musulmans sont de plus en plus tentés d’acheter leur mouton vivant pour les fêtes. La raison ? Le coût. « L’animal entier se vend 120 à 200 euros selon son poids », explique Stéphane, employé dans une ferme située à Argenteuil dans le Val d’Oise, en France. « Avant la célébration de l’Aïd, on enregistre une hausse des ventes. Les gens viennent, regardent si l’animal leur convient, payent et ensuite partent à l’abattoir pour procéder à l’égorgement selon les règles ». En ces temps de crise, l’Aïd a fait quand même quelques heureux.

Pour Amina, qui a suivi toute la conservation, il n’y aura pas d’Aïd el Kébir cette année, « trop compliquée à budgétiser ». Pour certaines personnes, le mouton n’est décidément plus au goût du jour.

Sur la photo : la boucherie Amar Frères dans le 18ème arrondissement de Paris

Stéphanie Plasse
LIRE LA BIO
Stéphanie Plasse est une journaliste d'investigation française. Elle a débuté au sein de la rédaction d'Afrik.com de 2007 à 2010 avant de collaborer avec de nombreux médias de référence : Disclose, StreetPress, TV5 Monde Les Jours, mais aussi Slate.fr, Slate Afrique, Rue 89 et Les Inrocks . D'abord spécialisée dans l'actualité africaine, elle s'est ensuite orientée vers les enquêtes et reportages de société en France, avec un engagement particulier pour les questions de handicap et de violences sexuelles. Ses investigations sur les discriminations subies par les femmes handicapées et les défaillances dans leur prise en charge par les forces de l'ordre ont contribué à mettre en lumière des réalités trop longtemps invisibilisées.
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