Agroed : la bioénergie au service du développement en Afrique

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Produire de la bioénergie tout en contribuant au développement dans les pays en voie de développement. C’est le pari de la société française Agro Energie Développement, qui souhaite induire à travers la culture du jatropha, un cercle vertueux du développement local tout en répondant aux impératifs énergétiques des pays africains.

Du profit certes, mais du développement aussi. Et même du développement durable. Ces quelques mots pourraient résumer la philosophie d’une jeune société française, Agro Energie Développement (Agroed). Né en avril 2007, la société ambitionne de « devenir un opérateur significatif du développement de la bioénergie » dans le monde en développement, selon Jean-Claude Sabin, président du conseil de surveillance de l’entreprise. « Agroed a pour vocation de produire de la bioénergie à partir notamment du jatropha, dans les pays en développement, principalement africains. Mais aussi de l’Asie et de l’Amérique latine en s’appuyant sur un système basé sur un partenariat public-privé entre elle, les Etats et les communautés villageoises et une filière qui permet un cercle vertueux du développement », précise Christiane de Livonnière, chargé de communication d’Agroed.

Pépinière de jatrophaAu centre de ce projet, une plante : le jatropha, et un constat : la hausse du prix du pétrole qui pénalisera les pays les plus pauvres. « Pour trois quarts des pays africains, l’énergie est un problème lié à la fourniture en électricité et à l’approvisionnement en carburant, souligne la chargée de communication. « Le jatropha, est une plante connue depuis la nuit des temps et qui sert le plus souvent à faire des haies de clôtures. Mais son fruit produit une huile qui s’avère être aussi un biocarburant intéressant, ses propriétés sont comparables à celles du diesel. Cultivable sur des terres semi-arides, non comestible pour les hommes et les animaux, c’est un excellent pesticide. Mais plus important encore : les produits et les sous-produits de cette plante peuvent servir de base à la création d’une économie villageoise ».

Induire un cercle vertueux du développement local

En outre, la transformation du jatropha en biocarburant ne pénalise par les populations sur le plan alimentaire, contrairement à sa production à partir du mais. «La production de bioénergie sera un moyen de développer la production vivrière en mettant à la portée des paysans, de l’eau, des intrants et des semences, indique Jean-Claude Sabin. Dans les plantations de jatropha, nous envisageons de cultiver par exemple, entre les rangées, de l’arachide. » La plante contribuera également à rendre des terres inexploitées, parce qu’inexploitables le plus souvent, plus fertiles. De plus, toutes proportions gardées, ajoute Jean-Claude Sabin, la plante peut participer au « reverdissement de zones désertifiées ou en voie de le devenir ».

Jean-Claude Sabin devant un plan de jatropha au BurkinaDeux ans de recherche et d’expérimentations, validé par le succès d’un projet pilote mené au Mali, ont ainsi abouti à la naissance d’Agroed. « Le biocarburant produit à partir du jatropha sera au même prix, mais de la richesse, des emplois auront été créés et les pays hôtes auront réuni les conditions d’une future indépendance énergétique.» Un hectare de jatropha produit une tonne d’huile et deux tonnes de tourteaux. Le litre d’huile correspond à un litre de gasoil et 15 000 tonnes de tourteaux de jatropha permettent de produire 2,7 millions de kwh, de quoi couvrir les besoins quotidiens en électricité de 6 000 personnes.

« De la graine à la lumière »

Pour mener à bien ses futurs projets, Agroed s’appuie sur une expertise reconnue. « L’un des principaux avantages de l’entreprise, affirme Christiane de Livonnière, est la qualité des compétences réunies au sein d’Agroed. En premier lieu, celle de Jean-Claude Sabin, ancien vice-président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, ndlr), qui est à l’origine de la filière biofuel en France. Il a également à son actif l’organisation de la filière française des oléagineux. Un modèle qu’il souhaite proposer aux pays africains grâce à une expertise acquise au cours de ces trente dernières années ». L’entreprise travaillera aussi en partenariat avec l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds international de développement agricole (Fida) « qui organiseront la formation des paysans et contribueront, au cas par cas, à la mise en place de petites infrastructures, par exemple des routes ou des systèmes hydrauliques».

Les activités d’Agroed démarreront au Mali et au Burkina Faso où la firme prendra part à une rencontre sur le développement des biocarburants en Afrique qui démarre lundi prochain dans la capitale burkinabé. Au Mali, 30 000 hectares seront exploités dans un premier temps dans des zones qui ne sont pas utilisées dans l’Office du Niger [[L’Office du Niger est le plus ancien périmètre irrigué de l’Afrique, un vaste aménagement hydroagricole situé dans la région de Ségou, au centre du Mali, dans le Delta du Niger.]] Dans ce pays, la première récolte de graines devrait intervenir dans 18 mois, selon Christiane de Livonnière. Les prémices d’une filière qui ira de la production de semences à la fourniture d’électricité en passant par la production de biocarburant. Les projets lancés par Agroed dans chaque pays seront portés par des filiales locales dans lesquelles les investisseurs locaux sont appelés à prendre part. L’entreprise est déjà sollicitée par le Bénin, le Cameroun, la Tanzanie, le Ghana, la Guinée, le Sénégal et le Togo.