Afrique : petits pas vers l’égalité pour les femmes

Les indépendances ont-elles profité aux Africaines ? L’activiste Kenyane Muthoni Wanyeki examine les tendances et le chemin à parcourir.

En Afrique, l’accession à l’indépendance politique s’est accompagnée d’appels en faveur de l’élimination de la pauvreté, de l’analphabétisme et de diverses maladies. Cinquante ans après la fin du colonialisme, pour les femmes africaines, la marche des Africaines vers la liberté a permis de lents et laborieux progrès.

Au plan continental, l’Union africaine (UA) a adopté un protocole qui réaffirme les droits de la femme au sein de sa Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. L’UA a par ailleurs publié une Déclaration sur l’égalité des sexes en Afrique.

Au niveau national, de nombreux pays africains s’orientent vers une meilleure protection des femmes. Les 20 dernières années ont vu l’émergence de législations contre la violence sexuelle notamment.

Représentation politique

Cette évolution s’est accompagnée d’améliorations dans la représentation politique. L’UA a fixé un quota de 50% de représentation féminine, quota respecté par sa Commission.

En Afrique du Sud, en Tanzanie et en Ouganda 30% des sièges au parlement sont désormais réservés aux femmes. Au Rwanda la représentation féminine atteint 50%, l’une des plus élevées au monde. Au Nigéria, des femmes ont occupé des postes ministériels importants, comme la défense et les finances. En élisant Ellen Johnson-Sirleaf, le Libéria est devenu le premier pays africain à élire une femme au poste de chef d’État.

Les progrès sont évidents, notamment dans les pays dotés de systèmes électoraux entièrement ou en partie proportionnels. Dans les pays dotés de scrutins majoritaires de liste à un tour, l’évolution est plus compliquée.
Cependant, la présence accrue des femmes dans les cercles du pouvoir favorise-t-elle davantage l’égalité ? Si les statistiques sont flatteuses dans certains cas, tout n’est pas rose pour autant.

Au cours des 20 dernières années, les mouvements de femmes en Afrique ont modifié leurs objectifs et stratégies; passant de la priorité accordée au développement des capacités des femmes comme moyen d’accéder aux ressources à la priorité accordée à la prise de décisions par les femmes comme moyen de contrôler ces ressources. Ce passage a été rendu possible par les réels progrès suscités par les politiques de renforcement des capacités.

Éducation, pauvreté, santé

Les progrès sont les plus manifestes dans l’éducation des femmes du continent. Les taux d’inscription dans l’enseignement primaire sont à présent identiques pour les filles et les garçons. L’écart diminue dans l’enseignement secondaire. Le défi se situe au niveau des études supérieures.

Les progrès réalisés par les femmes pour sortir de la pauvreté sont toutefois plus difficiles à mesurer. Depuis l’indépendance les investissements dans le microcrédit et les petites entreprises ont permis d’améliorer l’existence des femmes et de leurs familles. Les femmes africaines s’étant montrées dignes de la confiance des prêteurs, le microcrédit leur est désormais accordé non seulement par les organismes de développement et de micro-financement, mais aussi par les institutions financières commerciales.

Pourtant les investissements de cette nature ont fait l’objet de critiques, surtout dans les années 1980, lorsque les gouvernements se sont retirés des domaines sociaux après l’adoption de politiques d’ajustement structurel. La fin de cette période a vu l’émergence de la budgétisation favorisant l’égalité des sexes, dont la principale priorité a été d’assurer que les subventions et dépenses publiques contribuaient à renforcer la situation économique des femmes. Cette approche a incité les gouvernements africains à investir à nouveau dans les services sociaux.

Les pays d’Afrique ont convenu d’investir de 15% de leurs budgets dans le domaine de la santé. Pour les mouvements de femmes, l’augmentation devrait toucher la santé procréative et sexuelle et les droits de la femme. Ces domaines constituent un sujet de préoccupation particulièrement sensible pour les femmes en raison de l’impact du VIH/sida, de la mortalité maternelle et de la violence envers les femmes, notamment dans les zones de combat. Le fait que les femmes du continent ne peuvent toujours pas faire de choix en matière de procréation et de sexualité est une source de grande inquiétude.

Scénario du futur

Que faire des 50 prochaines années ? Forts de l’expérience acquise, les mouvements de femmes africaines s’intéresseront non seulement à la représentation politique, mais aussi à ce que cette dernière signifie pour la progression de l’égalité des sexes et des droits des femmes. Ils s’intéresseront également à la démocratie, à la paix et la sécurité, c’est-à-dire à la nature même du système politique plutôt qu’aux seuls moyens de l’intégrer.

D’un point de vue économique, les femmes continueront de porter leur attention sur les activités macroéconomiques, mais de manière plus approfondie. Les efforts de budgétisation tenant compte des différences entre hommes et femmes ont permis de se rendre compte de la nécessité d’examiner les dépenses budgétaires de manière détaillée. Il importe également d’accorder une attention prioritaire aux cadres macroéconomiques des politiques budgétaires et monétaires. Enfin, les mouvements de femmes s’intéresseront davantage aux questions de santé et de droits en matière de procréation et de sexualité. La lutte pour la liberté de choisir (notamment en ce qui concerne l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle) est à présent entamée dans de nombreux pays africains.

La résurgence de courants politiques conservateurs (ethnique et religieux) attise les polémiques sur le continent. Ce phénomène est dangereux pour les femmes. Il a une grave incidence sur leur autonomie, leur liberté de choix et leur intégrité physique. Raison pour laquelle ils doivent être combattus. La longue marche des femmes africaines vers la liberté ne fait que commencer.

Source : Afrique Renouveau.