Afrique : l’urgence d’investir dans l’éducation numérique


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65 % des jeunes Africains actuellement scolarisés exerceront des métiers qui n’existent pas encore ! Dans un tel contexte, il faut dès à présent contextualiser l’éducation et sortir des seuls modèles classiques pour inclure l’éducation numérique.

Dans son article Lisa James incite vivement les pays africains à revoir, dès à présent, le contenu de leurs programmes éducatifs pour préparer la nouvelle génération aux métiers qu’ils vont devoir exercer. Pour cela il faut faire preuve de prospective et de flexibilité. Sans renier les bases essentielles des anciens programmes, il faut inclure de nouvelles matières qui prépareront aux métiers du futur.

Lors d’un récent voyage à Dakar, au Sénégal, j’ai travaillé avec une organisation  spécialisée dans l’éducation numérique des jeunes en Afrique subsaharienne. Dans le cadre de cette mission, mon équipe et moi-même avons interrogé diverses écoles, éducateurs, administrateurs et parents au Sénégal afin de comprendre les systèmes scolaires en Afrique de l’Ouest. Nous avons constaté que 65% des enfants scolarisés occuperont des emplois non encore créés.

Un constat clé a été relevé : la majeure partie de la croissance des emplois a été réalisée dans les domaines des sciences et mathématiques, bien que la plupart des étudiants en Afrique occidentale poursuivent des études en art et en littérature. En outre, compte tenu des normes actuelles en matière d’éducation, les étudiants de ces régions ont du mal à rivaliser suivant les standards internationaux.

Lorsque nous avons discuté avec des éducateurs de la région, nous avons constaté que les écoles n’étaient pas suffisamment focalisées sur le développement des compétences générales indispensables aux élèves, telles que la résolution de problèmes, la pensée critique et l’esprit d’équipe, ainsi que sur les compétences techniques telles que le codage et la robotique. La plupart des écoles appliquent encore la méthode d’enseignement traditionnelle du «enseignant-élève- tableau noir», qui ne permet pas de développer les compétences ni la confiance en soi nécessaires pour être compétitif sur le futur marché du travail. Lorsque nous avons mentionné les investissements dans l’éducation numérique avec eux, le problème était que la plupart des administrateurs d’école ne comprenaient pas clairement ce qu’était l’éducation numérique et comment l’appliquer dans leurs écoles.

Qu’est-ce que l’éducation numérique ?

En cherchant simplement sur Internet, il est difficile de trouver une définition commune de l’éducation numérique. Il existe plutôt des définitions pour le terme plus commun de l’alphabétisation numérique. Le groupe de travail sur l’alphabétisation numérique de l’American Library Association définit l’alphabétisation numérique comme la capacité à utiliser les technologies de l’information et de la communication pour trouver, évaluer, créer et communiquer des informations nécessitant des compétences à la fois cognitives et techniques. Bien que l’alphabétisation numérique soit un élément crucial de l’éducation numérique, cette définition ne décrit pas l’éducation numérique dans son ensemble. Il est généralement admis que l’éducation numérique se concentre uniquement sur l’utilisation et la compréhension d’informations issues d’internet et d’applications en ligne et sur l’utilisation des appareils tels que les tablettes. L’éducation numérique est beaucoup plus large que cela. L’éducation numérique met l’accent sur le développement de compétences techniques telles que la programmation et l’informatique, tout en renforçant les compétences générales telles que la résolution de problèmes, le travail d’équipe et la pensée critique, ainsi qu’en encourageant la créativité chez l’individu.

Étrangement la créativité est devenue un mot sensible qui ne devrait pas être associé avec les mathématiques et les sciences. En réalité, il n’est pas nécessaire de choisir entre investir dans un domaine au détriment d’un autre. La créativité et l’art ont leur place, couplées aux mathématiques et aux sciences. L’aspect créatif ne peut être oublié. Pour que les jeunes soient réellement compétitifs et capables de s’insérer professionnellement, ils doivent bien comprendre l’éducation numérique: favoriser la créativité et l’expression de soi grâce à l’utilisation novatrice et à la compréhension des outils et des technologies numériques.

Comment les entreprises africaines investissent dans l’éducation numérique

En Afrique de l’Ouest, la nécessité d’investir dans les initiatives d’éducation numérique est reconnue et les organisations sont à la hauteur de cette opportunité pour combler cette lacune en termes de compétences. Les « Ateliers Des Génies » en font partie, ils proposent aux jeunes divers programmes d’apprentissage, principalement basés sur la technologie. Ils collaborent également avec des écoles pour aider à préparer les jeunes d’Afrique subsaharienne aux emplois du futur, ainsi qu’à la vie de tous les jours en interaction avec les outils et des technologies numériques. De nombreuses écoles d’Afrique de l’ouest s’associent à de telles organisations pour combler le déficit de connaissances qui rend les étudiants africains moins compétitifs que leurs homologues internationaux.

Lorsqu’on parle aux parents d’élèves au Sénégal, on comprend l’importance de développer ces compétences chez leurs enfants, mais on ne sait pas trop où aller pour satisfaire ces besoins. C’est pourquoi de plus en plus d’organisations connaissant et comprenant l’éducation numérique, comme les « Ateliers Des Génies », organisent des activités parascolaires et s’associent à des écoles pour proposer des cours d’éducation numérique. Le gouvernement s’est également intéressé à la question, car le ministère de l’Éducation du Sénégal cherche activement à apporter des programmes d’éducation numérique aux écoles publiques et privées au cours des trois à cinq prochaines années dans le but de former davantage de scientifiques au Sénégal.

Soutien du monde développé

En discutant avec différentes startups et entreprises sociales d’Afrique de l’ouest qui investissent dans l’éducation numérique, nous avons découvert que le principal besoin n’est pas financier. Ceux qui sont passionnés par l’éducation numérique en Afrique ont les moyens ou savent comment collecter des fonds pour atteindre leurs objectifs financiers. Ce qui leur manque, la bonne exécution des projets. De plus en plus d’entreprises dans les pays en développement ont besoin des conseils et de l’accompagnement d’organisations des pays développés pour assurer le succès de leurs initiatives. Avec le temps investi par les organisations et les communautés qui comprennent les enjeux d’éducation numérique dans les pays développés, les jeunes de toutes les régions du monde peuvent avoir une chance sur un futur marché du travail dépendant de l’éducation numérique.

Par Lisa James, Manager de produit à SAP Company, article initialement publié par Forbes – Traduction réalisée par Libre Afrique

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