Afrique: et si le franc CFA s’invitait au G 20?

L’Afrique est invitée au sommet du G-20 qui se tient le 2 avril, à Londres, où les participants tenteront de redéfinir le système financier international. Lundi, la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, a reçu, à Paris, les autorités financières et économiques de la zone CFA, pour préparer cette rencontre. La parité fixe entre le franc CFA et l’euro a été au menu des discussions. Cette parité ne devrait pas être remise en question, d’après les conclusions de cette rencontre. Est-ce une bonne décision?

Gordon Brown, le Premier ministre britannique, a invité les dirigeants africains, par le biais de l’Union africaine (UA) et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), au prochain sommet du G-20. Lors de cette rencontre, qui se tient le 2 avril prochain à Londres, les plus grandes économies du monde vont réfléchir sur la réforme du système financier international. « Obtenir une représentation des pays les plus pauvres du monde par le biais du Nepad, de l’Union africaine… permettra d’assurer que leurs intérêts ne seront pas oubliés et que leurs voix seront entendues », a indiqué Gordon Brown la semaine dernière.

En novembre 2008, les dirigeants africains étaient montés au créneau pour dénoncer la mise à l’écart du continent de la dernière réunion du G-20 qui s’est tenue à Washington. Ils avaient alors réclamé de toutes leurs forces, la prise en compte des intérêts de l’Afrique lors de cette rencontre qui s’était donnée pour mission de poser les bases d’une réforme du système financier international. Le 2 avril prochain, l’occasion sera offerte à l’Afrique de jouer un rôle dans la prise des décisions concernant l’avenir du monde. Curieusement, du côté de l’Union africaine, il règne un silence absolu. Alors que les Européens se sont réunis dimanche, à Berlin, en Allemagne, pour définir une ligne commune à défendre à Londres, l’organisation panafricaine ne semble guère se soucier de mettre en place des mesures concertées à proposer lors de cette rencontre. «Il aurait fallu que l’Union africaine soit invitée de façon formelle pour participer pleinement à ce débat», a déclaré, lundi, à Paris, Lazare Essimi Menye, président en exercice du comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC).

L’arrimage du franc CFA à l’euro, un élément de stabilité, d’après la France

M. Essimi Menye était membre de la délégation des autorités financières et économique des quatorze pays de la zone franc dont douze anciennes colonies de la France, convoquée, ce lundi, à Paris, pour, dit-on, dresser le bilan des répercussions de la crise financière internationale sur les Etats de cette zone et trouver des propositions pour la réforme du système financier international. Christine Lagarde, la ministre française de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, a ainsi reçu dans la capitale française, les responsables de l’Uemoa [[Union économique et monétaire ouest africaine]], les gouverneurs de la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) et de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Dans un communiqué publié à l’issue de la rencontre, les deux parties ont affirmé que l’arrimage du franc CFA à l’Euro a été un élément de stabilité, pendant cette période de crise mondiale. Il a permis, selon eux, «un ancrage solide pour la politique macroéconomique et une protection efficace contre une crise de balance des paiements ». La ministre française et ces autorités financières et économiques des pays de la zone franc ont également préconisé un certain nombre de recommandations parmi lesquelles, la signature des APE [[ Accords de partenariats économiques entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes]], le maintien de l’Aide au développement, l’accroissement de l’assistance financière…

Une fuite de capitaux vers la France

La rencontre de Paris avait, au vu du communiqué qui en est ressorti, un seul objectif : sensibiliser les pays de la zone franc à la nécessité de conserver la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. La France craindrait-t-elle que les représentants africains remettent cette politique monétaire en cause lors du prochain G-20 ? Depuis quelques années, nombre d’économistes et de cadres africains dénoncent de plus en plus la parité fixe entre l’Euro et le franc CFA qui, selon eux, pénalise sérieusement les économies des pays de cette zone. L’arrimage du franc CFA d’abord au franc français et ensuite à l’euro, contraint les deux Banques centrales [[ La Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC)]] des pays de cette zone à déposer annuellement 65 % de leurs réserves de devises étrangères sur un compte du Trésor français. Par contre, ces banques centrales n’ont pas le droit d’accorder aux pays membres des crédits supérieurs à 20% de leurs recettes publiques de l’année précédente.

Cette politique, selon ses détracteurs, favorise une importante fuite de capitaux vers la France et fait de la BCEAO et de la BEAC des banques qui n’ont d’africaines que leur nom. « Elles n’ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là, pour faire croire aux pays de la zone franc qu’ils sont maîtres de leur destinée ». C’est ce qu’avait indiqué Mamadou Koulibaly, président de la l’Assemblée nationale ivoirienne et professeur d’économie dans une interview à New African. Ces deux banques centrales, qui ont droit à un découvert au Trésor français, ne peuvent cependant que retirer des montants limités en raison de règlements instaurés en 1973. Dans son édition d’Avril 2008, New African indiquait que les réserves de devises étrangères versée par les Banques centrales africaines au Trésor français, prospèrent à la Bourse de Paris dans les intérêts de la France.

« Le franc CFA, moralement indéfendable »

C’est à juste titre que le président sénégalais, Abdoulaye Wade, avait réclamé, en 2007, que la France restitue aux pays de la zone franc leur argent. « L’argent du peuple africain placé à l’étranger doit être rendu à l’Afrique pour profiter aux Etats de cette zone », avait-il lancé, dénonçant que plus de 1 500 milliards de franc CFA générés par les réserves de devises étrangères de la BCEAO «soient placés sur des bourses étrangères et inaccessibles aux Africains». Dans le même temps, ces pays réclament de l’aide au développement. « Cela n’a aucun sens », avait-t-il ajouté. Pour M. Koulibaly, l’arrimage du franc CFA à l’euro « est coercitif, injuste et moralement indéfendable.»

Pourtant, la rencontre Paris pousse à penser que les dirigeants africains, sinon ceux des pays de la zone franc, défendront cette politique de parité fixe entre le franc CFA et l’euro le 2 avril prochain à Londres.

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