Afrique du Sud : recruter des spécialistes indiens contre la fuite des cerveaux

La ministre sud-africaine du Service Public et de l’Administration a annoncé que le pays allait recruter des Indiens pour faire face à la fuite des cerveaux, qui mine notamment les secteurs de la santé et de l’éducation. Geraldine Fraser-Moleketi a expliqué, jeudi dernier au Cap, que cette mesure provisoire doit déboucher sur un transfert des connaissances précieux pour l’avenir de la nation Arc-en-Ciel.

Quelle solution contre la fuite des cerveaux ? L’Afrique du Sud a tranché et opté pour le recrutement de personnels qualifiés en Inde. Du 12 au 15 novembre prochains, une équipe sud-africaine doit donc se rendre dans le pays. « Cette initiative fait partie d’un examen des besoins de développement des ressources humaines », a déclaré jeudi au Cap (Sud) Geraldine Fraser-Moleketi, ministre du Service Public et de l’Administration, dont les propos sont rapportés par l’agence de presse Sapa. La rencontre se déroulera en deux temps. Il s’agira d’abord de plancher sur les programmes de formation et d’échanges et sur « l’affectation provisoire de fonctionnaires expérimentés indiens pour mettre en place des moyens de gestion et transférer le savoir-faire », a commenté Geraldine Fraser-Moleketi. Il faudra ensuite considérer « un recrutement plus complet de compétences techniques depuis l’Inde », a-t-elle ajouté.

« Pénurie de 36% d’infirmières et de 73% de pharmaciens »

Ce serait la première fois que le pays s’engage dans une telle entreprise. Mais il faut dire que le temps presse. Le secteur public est miné par le départ de l’élite en Europe, aux Etats-Unis, en Australie ou aux Emirats Arabes Unis. « Les secteurs les plus touchés sont ceux de la santé, de l’ingénierie et de l’éducation. Une étude de l’Institut national pour le développement du travail et de l’économie (Naledi, une organisation non gouvernementale, ndlr) explique que dans l’hôpital Chris Hani Baragwanath, le plus grand du pays, il y a une pénurie de 36% d’infirmières et de 73% de pharmaciens », souligne Moloantoa Molaba, porte-parole de Nehawu, le plus grand syndicat du service public. « La gravité de la situation se ressent plus dans les zones rurales parce que les conditions de travail y sont généralement plus difficiles. Notamment parce que les hôpitaux et les écoles sont nettement sous-financés », précise Patrick Craven, porte-parole du Congrès des Syndicats sud-africains (Cosatu), plus importante confédération de syndicats du pays.

Pour expliquer les départs, plusieurs syndicats évoquent les salaires plus alléchants outre-continent. L’espoir de meilleures conditions de travail est aussi un critère. « En Afrique du Sud, il y a environ quarante patients pour une infirmière contre dix aux Etats-Unis… », poursuit Moloantoa Molaba. La perte des élites sud-africaines serait d’autant plus lourde de conséquences que le pays aurait globalement peu de personnel qualifié. « Nous ne produisons pas assez d’ingénieurs, d’infirmières, de docteurs…. car les cours dispensés ne sont pas suffisamment axés sur l’enseignement scientifique. Les élèves reçoivent un enseignement de base en informatique et dans le domaine de l’administration, mais pas suffisamment pour pouvoir être embauchés car leur bagage est trop mince. Le système éducatif tel qu’il est ne peut pas produire ce dont le pays a besoin pour se développer. Les universités doivent accorder une part plus importante à la science dans ses cursus », analyse Moloantoa Molaba.

L’Afrique du Sud symbole d’Etats-Unis pour les Africains

Dans ce contexte, le porte-parole se réjouit de la mesure ministérielle. D’autant plus qu’elle concerne deux pays dits du Tiers-monde. L’initiative n’aurait-elle pas été aussi belle si des pays africains voisins avaient été sollicités. « Nous ne faisons pas de différence entre les pays du Tiers-monde. Si les Etats-Unis étaient venus recruter chez nous, ça n’aurait pas été juste parce qu’il sont bien plus développés que nous et que nous avons vraiment besoin de ce personnel. Les choses sont différentes s’il s’agit d’un pays comme le notre », estime Moloantoa Molaba, qui ajoute que le transfert de connaissance sera très bénéfique pour le développement du pays. Patrick Craven, de la Cosatu, salue pour sa part la mesure « sur le principe si ce n’est pas une solution à long terme ».

Moloantoa Molaba estime que si les autorités prennent des mesures adéquates dès aujourd’hui, les résultats seront visibles dans « 10 ou 15 ans »… En attendant, de nombreux Africains des pays voisins se rendent en en Afrique du Sud pour travailler. Car, pour certains d’entre eux, l’Afrique du Sud représente un peu les Etats-Unis du Continent. Parce que ses infrastructures sont mieux développées, même si, à l’échelle mondiale, le pays reste relativement pauvre.