Afrique du Sud : les mineurs en colère refusent le compromis à la veille des élections

Le syndicat à l’initiative de la grève des mineurs en Afrique du Sud, l’AMCU, ne décolère pas contre l’ANC, le parti au pouvoir, qu’il accuse de collusion avec les patrons, à le veille des élections.

L’Association des mineurs et des syndicats dans la construction (AMCU) a refusé une offre des trois principaux producteurs mondiaux de platine, ce lundi. Ce syndicat majoritaire dans le secteur mène la grève depuis trois mois et demi. A l’approche des élections, il s’oppose à tout compromis. Le Président Jacob Zuma qui s’est déclaré opposé à ce mouvement est dans le viseur des grévistes à la veille des élections.

« Nos membres ont rejeté l’offre »

« Nos membres ont rejeté l’offre », a affirmé le président de l’AMCU, Joseph Mathunjwa, selon l’AFP. Il a incité « les forces progressistes à faire pression sur les employeurs pour qu’ils acceptent les revendications » de son syndicat. La grève a débuté le 23 janvier dernier. L’Afrique du Sud n’a jamais vécu de contestation aussi longue. « Nous appelons le cartel du platine à être patriotique. Seul un règlement honorable pourra mettre fin à la grève », a-t-il précisé.

Le responsable de ce syndicat s’adressait aux trois principaux producteurs mondiaux de platine, l’Anglo American Platinum (AMPLATS), Impala Platinum (IMPLATS) et Lonmin, victimes de la grève de près de 80 000 mineurs. L’AMCU réclame depuis plus de trois mois un salaire de base de 12 500 rands (860 euros) par mois pour les travailleurs. Il a accepté l’étalement de cette augmentation sur trois ans.

Jacob Zuma s’oppose à la grève

Selon les patrons, cette hausse des salaires représentent 30% d’augmentation par an. L’inflation est de 6% par an en Afrique du Sud. Joseph Mathunjwa a indiqué que les mineurs noirs gagnaient actuellement un salaire de 4 500 rands, correspondant au salaire des employés blancs dans les mines en 1987. Les trois principaux groupes ont accepté une augmentation pour les mineurs de fond, prime de logement et congés payés compris de 12 500 rands, d’ici juillet 2017.

« La grève continue depuis trop longtemps. La grève n’aide pas les travailleurs. (…) Dans toute négociation, il faut être prêt à faire des compromis », a affirmé le président de la République d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, ce lundi. « Vous ne pouvez pas continuer une grève qui, à la fin, va leur faire perdre leur emploi », a-t-il regretté.

Les sociétés revendiquent la somme d’1 milliard d’euros de manque à gagner depuis le début du conflit. Le syndicat réplique que plus de 400 millions d ‘euros de salaires ont été perdu par les mineurs. L’AMCU a mis aussi en avant le salaire du patron d’AMPLATS qui s’élève à 1,2 millions d’euros par mois.

Les grévistes « criminels »

Ce refus du compromis et la détermination d’une partie des mineurs s’expliquent par la répression subie par ces travailleurs en 2012 pendant une grève qui n’avait permis que de timides avancées sur le plan syndical. Les policiers avaient tué alors 34 grévistes dans la mine de Marikana, non loin de Johannesburg, dans le nord du pays. La commission qui enquête sur le drame n’a toujours pas rendu ses conclusions, deux ans après les faits. Le Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir avait été alors accusé d’avoir encouragé la répression. Le Président Jacob Zuma avait annulé une visite dans cette mine, le 29 avril dernier. Les risques de débordement étaient alors trop important. Un local de l’ANC avait d’ailleurs était incendié, quelques jours avant la date prévue pour la visite.

Le parti au pouvoir est accusé de collusion avec les patrons de ces grandes multinationales de platine. L’actuel vice-président de l’ANC, Cyril Ramaphosa, qui était à l’époque membre du conseil d’administration de Lonmin, avait demandé en 2012, un jour avant la tuerie de mineurs, que des mesures soient prises pour faire cesser le mouvement de ces travailleurs. Il les avait qualifiés de « criminels ».

Les conditions de vie des mineurs se détériorent

« Malheureusement, les entreprises ont reçu des retours d’un grand nombre d’employés qui préféreraient accepter l’offre et retourner au travail, mais beaucoup d’entre eux ont peur en raison de menaces pour leur sécurité personnelle », ont récemment dénoncé les entreprises, dans un communiqué commun. « Les équipes de sécurité des entreprises ont établi des rapports sur des dizaines d’incidents de menaces physiques par des individus masqués ou par les meneurs de grève d’AMCU lors de réunions, à l’encontre de groupes ou d’individus qui sont au travail ou pourraient envisager un retour au travail », dénonçaient-ils alors.

Les conditions de vie des salariés des trois plus grandes entreprises mondiales de platine ne cessent de se détériorer. Les commerçants aux alentours des mines expliquent que leur ventes se limitent depuis plusieurs mois aux produits de première nécessité. « Je ne mange plus qu’une à deux fois par jour. La faim me tenaille, mais je suis prêt à me battre jusqu’à ce que nous obtenions cette hausse de salaire », déclare un salarié depuis six ans de la compagnie minière britannique Lonmin, Ntobeko, rapporte Lemonde.