Afrique du Sud : le sida, fléau économique

Notre partenaire Marchés Tropicaux revient sur les ravages économiques que provoquent la pandémie de sida en Afrique du Sud, où un adulte sur cinq est infecté.

De notre partenaire Marchés Tropicaux

« Chacun d’entre nous est concerné, directement ou indirectement, par le sida », a déclaré la ministre sud-africaine de la Santé Manto Tshabalala-Msimang, à Durban la semaine dernière, lors de la deuxième conférence nationale sur le sida. Une phrase qui résume les ravages d’une pandémie qui touche, en Afrique du Sud, un adulte sur cinq ou 5,3 millions de personnes, selon l’Onusida, 5,6 millions selon les dernières estimations du ministère de la Santé, publiées en septembre 2004.

Mais, catastrophe humanitaire, le virus n’en incarne pas moins une catastrophe économique. Pour l’Etat, d’abord, dont le PIB de 2010, toujours selon l’Onusida, sera de 20% inférieur à ce qu’il aurait été sans le sida. Le budget consacré à la distribution gratuite d’anti-rétroviraux et de traitements complets, entre autres, s’élève à 4,3 milliards de rands pour les trois ans à venir. La somme allouée aux provinces pour la cause vient d’augmenter de 45%. Difficile d’imaginer qu’elle diminuera ensuite… Si bien que, selon la Banque mondiale, le PIB par tête pourrait régresser de 50% en trois générations…

Conséquences sociales

Le coût de la maladie est incompressible ; ses conséquences sociales incommensurables. Ainsi, quelque 17 000 professeurs (12,7%) la développent. Leur absentéisme affaiblit un système éducatif déjà fragile. Sans parler des « orphelins du sida », qui seront près de 2 millions en 2010, et qui ont difficilement accès à l’instruction. « Ces données ne sont pas chiffrables », reconnaît le docteur Kevin Kelly, du Center for AIDS development. Economiquement, « pourtant, ce sont presque les pires. »

Les autorités poursuivent donc ce travail de prévention qu’elles ont entamé bien tard, en distribuant notamment 346 millions de préservatifs gratuits en 2004. A l’université, au café, au restaurant… Peu d’excuses de ce côté-là.

Les entreprises donnent l’exemple

La discrimination à l’embauche étant heureusement proscrite, les plus touchées restent toutefois les entreprises sud-africaines. Etiolement de la population active, coûts du recrutement, de la formation, absentéisme, baisse de productivité… Aucun secteur n’est indemne. Depuis cinq ans, l’industrie minière a ainsi perdu plus du quart de ses effectifs. « Le sida tue plus que les accidents de travail », constate-t-on froidement chez Goldfields… De fait, une firme comme AngloGold estime que, en 2009, ses frais liés au virus passeront de 8% des dépenses de personnel à 17%.

Face au fléau, les sociétés étaient encore hésitantes il y a quelques années. Certaines, comme le constructeur automobile Ford, semblaient avant-gardistes avec leurs « plate-formes anti-sida ». D’autres, comme le distributeur Pick’n Pay, n’imaginaient qu’une réponse comptable, comme la suppression d’indemnités de décès devenues trop dispendieuses. La donne a changé : parmi les 500 plus grandes compagnies, 86% développent aujourd’hui une « politique sida » et mettent en place des programmes de prévention, selon une étude dévoilée au Sommet de l’économie africaine, au Cap, fin mai. Elles seraient par ailleurs 65% à offrir des soins à leurs employés. Education, prévention, tests, traitements, accompagnement… Les entreprises sud-africaines ont désormais un savoir-faire à faire valoir. En ce sens, le pays peut au moins servir d’exemple.

Antoine Gazeau de Marchés Tropicaux