Afrique du Sud : jeune et enceinte, je vais quand même à l’école!

Depuis 1980, la Pretoria Hospital School accueille les jeunes adolescentes enceinte, afin de leur permettre de poursuivre leur scolarité. L’établissement qui a vu le jour en 1950, à l’origine, pour prêter main forte aux enfants malades est le seul de ce type en Afrique du Sud, où les grossesses précoces constituent un véritable fléau.

La Pretoria Hospital School n’est pas une école comme les autres. Dans cet établissement, les jeunes filles tombées enceinte au cours de leur scolarité sont accueillies depuis 1980. Cela leur permet ainsi de poursuivre leurs études. En Afrique du Sud, c’est le seul établissement à se consacrer à ces jeunes filles tombées enceinte, depuis qu’il a été créé en 1950 pour les enfants malades. On n’y suit le même programme que les autres écoles du pays.

Actuellement, 108 adolescentes enceintes, parfois à peine âgées de 13 ans, sont scolarisées dans cet établissement de Pretoria, dans le sud de la capitale sud-africaine. Les jeunes filles sont autorisées à aller accoucher au terme de leur grossesses et sont ensuite réintégrées dans l’école. Ces dix dernières années, le nombre d’élèves inscrites a fortement augmenté, avec un pic de 134 étudiantes en 2011. « L’objectif de notre structure est de faire en sorte que ces jeunes ne ratent pas leur éducation, uniquement parce qu’elles attendent un enfant », selon la principale, Rina Van Niekerk, qui s’est confiée à l’AFP.

La Pretoria Hospital School est une exception en Afrique du Sud, où la plupart des établissements optent pour l’exclusion des jeunes filles enceintes. L’absence de règles claires sur la question incite chaque école à mettre en place sa propre politique, mettant en péril l’avenir des élèves. Raison pour laquelle la Cour constitutionnelle s’est penchée sur le dossier, obligeant le mois dernier deux établissements qui voulaient exclure des jeunes femmes enceintes à revoir leur règlement intérieur.

Rude enseignement

Toutefois, l’enseignement de ces jeunes filles à la Pretoria Hospital School est loin d’être de tout repos. Face à leur manque de concentration ou leurs problèmes de santé, les professeurs doivent faire preuve de beaucoup de patience. Et l’idée d’un établissement spécialisé ne séduit cependant pas tous ceux qui étudient la question. : « Avec ce système, on gère la grossesse, mais on ne fait pas de prévention », estime la directrice de l’organisation de jeunesse LoveLife, Andile Dube. Selon elle, « si nous multiplions ce type d’initiative dans le pays, cela revient à dire que la grossesse est un état à part, ce n’est pas comme cela qu’il faut procéder ». Un avis loin d’être partagé par Rina Van Niekerk : « Nous offrons à ces jeunes filles un cadre dans lequel elles peuvent continuer à étudier, malgré leur état. Cela ne veut pas dire que nous encourageons les grossesses précoces ».

Toutefois, le nombre de grossesse précoce est un véritable fléau en Afrique du Sud. En dépit des campagnes de sensibilisation sur les rapports sexuels non protégés et les risques de contamination du sida, il ne cesse d’augmenter. Les problèmes sociaux de la population, notamment le chômage dépassant les 25%, seraient à l’origine du manque de progrès dans ce domaine. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 95% des grossesses précoces chez les adolescentes de 15 à 19 ans ont lieu dans des pays en voie de développement. L’Afrique du Sud visiblement ne fait pas exception à cette règle. Au moins 94 000 adolescentes en état de grossesse ont été répertoriées en 2011, selon le ministre de l’Education.