Afrique du Sud : après la mort de deux Nigérians, Abuja accuse Pretoria de laisser prospérer la xénophobie


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Deux Nigérians retrouvés morts en Afrique du Sud
Police - Photo illustrative

La mort de deux ressortissants nigérians en Afrique du Sud fait basculer les violences anti-migrants sur le terrain diplomatique. Abuja met désormais en cause la police sud-africaine et évoque la responsabilité de l’État, dans un climat de plus en plus tendu entre les deux géants du continent.

Le ministère nigérian des Affaires étrangères a confirmé, dimanche, la mort de deux de ses ressortissants en Afrique du Sud. Dans un communiqué, son porte-parole, Kimiebi Ebienfa, a identifié les victimes comme étant Emeka Charles Iroegbu et Musa Yunana Joe, tous deux tués le 28 juin dans des incidents séparés.

Abuja ne dénonce plus seulement l’insécurité visant ses ressortissants, mais met désormais en cause l’attitude des forces de sécurité sud-africaines et, en creux, la responsabilité de Pretoria.

Selon les informations transmises par le ministère, Iroegbu aurait perdu la vie après avoir été soumis à des méthodes d’interrogatoire brutales par des agents de la police métropolitaine de Tshwane, à Sunnyside, dans un quartier de Pretoria. Le communiqué va plus loin en affirmant que les mêmes agents seraient également impliqués dans la mort d’un autre Nigérian, Nnaemeka Mathew Andrew Ekpenyong, dont le dossier reste à ce jour non résolu. « Aucune arrestation n’a été effectuée, même si les quatre agents impliqués sont connus des services de police sud-africains (SAPS) », a précisé Ebienfa.

De son côté, Musa Yunana Joe, surnommé « Big Joe », a été abattu devant son magasin à Witbank, dans la province de Mpumalanga. L’identité de ses agresseurs demeure inconnue à ce stade.

Deux précédents déjà signalés en avril sur fond de violences anti-migrants

La mort des deux Nigérians intervient dans un contexte de tensions entre communautés migrantes et population locale en Afrique du Sud. Dès le mois d’avril, alors que les violences xénophobes commençaient à s’intensifier, le consulat du Nigeria à Johannesburg avait fait état de deux morts parmi ses ressortissants.

Certains Nigérians rapatriés estiment toutefois que le bilan réel serait supérieur aux chiffres officiels.

Abuja met en cause la police sud-africaine et menace

Face à cette situation, Abuja hausse le ton et accuse désormais la police sud-africaine de complicité dans ces exactions. « La répétition de tels incidents terribles témoigne clairement de la complicité des forces de sécurité, notamment des agents de la police métropolitaine de Tshwane, ce qui soulève la question de la responsabilité de l’État au regard du droit international », a déclaré Ebienfa, ajoutant que les données recueillies par les missions diplomatiques nigérianes permettraient d’engager des poursuites pénales.

Le porte-parole a également dénoncé une tendance à stigmatiser injustement la communauté nigériane, la présentant comme responsable de problèmes sécuritaires qui, selon lui, relèvent avant tout de difficultés socio-économiques internes à l’Afrique du Sud.

Le ministère nigérian a exhorté les autorités sud-africaines à ouvrir sans délai des enquêtes sur ces deux meurtres, ainsi que sur d’autres cas présumés d’exécutions extrajudiciaires visant des ressortissants nigérians, et à traduire les responsables en justice.

Le communiqué se conclut sur un avertissement à peine voilé adressé à Pretoria : « Nous tenons à avertir le gouvernement sud-africain que si la situation persiste, toutes les options restent sur la table, et certaines seront mises en œuvre si la tendance inculte et provocatrice à l’intolérance et au comportement de type apartheid de l’Afrique du Sud envers les étrangers n’est pas enrayée. »

Cette montée de ton intervient alors que les relations entre les deux poids lourds du continent sont déjà perturbées par la question sensible des rapatriements volontaires et des biens abandonnés par les Nigérians ayant quitté l’Afrique du Sud.

Abuja et Pretoria en pourparlers sur l’indemnisation des Nigérians rapatriés

En début de semaine, le gouvernement nigérian a lancé un recensement des entreprises, véhicules et autres biens laissés en Afrique du Sud par ses ressortissants ayant choisi de rentrer au pays dans le cadre du programme de rapatriement volontaire.

Le haut-commissaire par intérim du Nigeria en Afrique du Sud, Alexander Ajayi, a indiqué que cette question faisait déjà l’objet de discussions avec Pretoria. Selon lui, une rencontre a eu lieu avec le vice-ministre sud-africain des Finances afin d’aborder le sort des investissements réalisés par les Nigérians établis dans le pays.

Casimir Vodjo Kpenou
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Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
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