Afrique : de plus en plus de jeunes en mal d’emploi

Les jeunes Africains, quand ils ne sont pas au chômage, sont des travailleurs pauvres, indique le rapport du Bureau International du Travail (BIT) intitulé « Tendances mondiales de l’emploi des jeunes », publié ce lundi. Le chômage des jeunes sur le continent serait, quant à lui, dû au décalage entre la croissance du marché de l’emploi et celle de leur population.

En Afrique sub-saharienne, la population des jeunes croît plus vite que le nombre d’emplois disponibles. C’est ce que révèle le dernier rapport du Bureau International du Travail (BIT) intitulé « Tendances mondiales de l’emploi des jeunes » (2006) publié ce lundi. Entre 1995 et 2005, la main-d’œuvre des jeunes, entre 15 et 24 ans, a augmenté de 29,8% en Afrique subsaharienne, alors que le taux de chômage, lui a augmenté de 34,2%. Pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ces chiffres sont respectivement de 32,2 % et de 18,2 %. C’est aussi cette partie du monde qui enregistre le plus important taux de chômage des jeunes, soit 25,7%. Pour l’Afrique sub-saharienne, ce taux est de 18,1%.

« Ils travaillent, mais sont pauvres »

Ce chiffre qui ne semble pas alarmant cache une autre réalité. Celle de ces jeunes qui travaillent, mais vivent dans la pauvreté. Ils sont 57,7% en Afrique sub-saharienne à vivre avec moins d’un dollar par jour et 87,1%, avec moins de deux dollars. En d’autres termes, explique Dorothea Schmidt, économiste au BIT et co-auteur du rapport, « un seul jeune sur dix gagne assez pour s’élever au-dessus du seuil de 2 dollars par jour ». Alors qu’entre 1995 et 2005, le nombre de ces jeunes travailleurs pauvres est passé de 60 millions à 45 millions en Asie du Sud, où cette tendance était plus importante, il est passé, en Afrique sub-saharienne, de 36 à 45,4 millions. Souvent issus d’une famille pauvre, ces jeunes partagent leurs revenus avec leurs proches ou sont eux-mêmes, notamment à cause du sida, chefs de famille.

« La croissance économique en Afrique sub-saharienne, de même qu’en Asie du Sud, n’a pas été assez importante pour créer des emplois susceptibles de répondre aux besoins d’une population jeune qui s’accroît également », avance Dorothea Schmidt pour expliquer ce chômage des jeunes. De même, ajoute-t-elle, « les gouvernements n’ont pas toujours compris qu’il était important de s’occuper de ces derniers. Ils avaient toujours cru, jusqu’ici, qu’une politique globale de lutte contre le chômage pouvait aussi valoir pour le chômage des jeunes. Ce n’est pas le cas. Il faut trouver un équilibre entre leurs besoins et ceux du système économique. Il arrive souvent, par exemple, que des jeunes médecins africains soient obligés de s’expatrier parce qu’il n’y a pas d’hôpitaux dans lesquels ils peuvent exercer dans leurs pays. Ils viennent en Europe et les gouvernements qui ont investi dans leurs études sont privés de leurs compétences ».

Ce chômage des jeunes qui n’est pas inédit, inquiète pourtant de plus en plus. « C’est le deuxième rapport que nous publions sur la question (le premier a été publié en 2004, ndlr) et il y a une prise de conscience croissante dans le monde, affirme Dorothea Schmidt. L’idée selon laquelle la créativité de la jeunesse peut résoudre tous leurs problèmes est ainsi en passe d’être révolue. « Il faut trouver des solutions spécifiques au travers, entre autres, le partage d’expériences

La formation, pas toujours une garantie

L’éducation, contrairement aux idées reçues, n’est pas toujours la clé du problème. « La formation ne constitue en rien une garantie pour trouver un emploi décent [[« Travailler pendant de longues heures, dans de mauvaises conditions, pour un bas salaire, sans sécurité sociale et sans voix au chapitre, c’est exactement le contraire de ce que le BIT considère comme un « emploi décent » ».]]. L’éducation est importante, certes, mais il faut avoir une vue d’ensemble du problème. Beaucoup de jeunes diplômés ne se retrouvent-ils pas, par exemple, chauffeurs de taxi ? ».
Pour le BIT, le secteur agricole « doit continuer de jouer un rôle important dans les stratégies d’emploi des jeunes et dans les stratégies globales d’éradication de la pauvreté » en dépit « d’un exode rural croissant ».

Ce secteur est pourvoyeur de 40% des emplois dans le monde. Et en Afrique sub-saharienne, c’est l’un des principaux employeurs, avec le secteur informel, des jeunes. Dorothea Schmidt révèle d’ailleurs que la mesure de l’emploi des jeunes peut aider à celle du poids du secteur informel. Si le Sénégal a déjà fait sienne cette politique de retour à la terre, en juin dernier, en lançant le projet Reva (Retour vers l’Agriculture) à destination de ces jeunes émigrés rapatriés des Canaries, la mesure n’est pas non plus une panacée. Car on risque encore de former des jeunes médecins et de les transformer en agriculteurs sous prétexte de leur trouver du travail.