« Africa 2005 est une réponse au Nepad »

Aminata Niane

Faire de 2005 l’Année de l’Afrique. Tel est l’objectif de l’association internationale Africa 2005. Créée en décembre 2002, elle regroupe aujourd’hui plus de 6 000 membres actifs à travers le monde. Aminata Niane, sa présidente, revient sur les fondements et l’esprit de l’initiative et appelle à une large mobilisation de la société civile.

« Un seul doigt ne lave pas la figure. » L’Afrique a besoin du concours de chacun pour faire changer les choses. L’association internationale Africa 2005 l’a bien compris et travaille, depuis 2002, à mettre en œuvre la sagesse de ce célèbre proverbe. Le mouvement, qui compte plus de 6 000 membres sur les cinq continents, souhaite faire de 2005 l’Année de l’Afrique. Aminata Niane[[<*>>Aminata Niane est la directrice générale de l’Agence nationale chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux du Sénégal]], présidente d’Africa 2005, est sur la brèche avec son équipe pour mobiliser et rallier la société civile au mouvement.

Afrik : Comment est née l’initiative Africa 2005 ?

Aminata Niane :
Les toutes premières discussions sont parties d’un Forum qui s’est déroulé en mars 2002 autour du thème « travailler en Afrique et pour l’Afrique ». Cette idée a été développée par des jeunes diplômés africains des grandes écoles françaises. Les discussions se sont poursuivies après la conférence, avec un noyau dur de personnes. Au fil des discussions et des analyses, nous nous sommes rendus compte que parmi les obstacles et les contraintes au retour en Afrique, il y avait un problème de perception. Nous avons réalisé que les jeunes Africains n’étaient pas très fiers de leur continent. Ils avaient une certaine angoisse à rentrer, beaucoup d’interrogations, car ils méconnaissaient la situation. Il y a là un problème de communication extraordinaire. Nous le savions déjà, mais nous ne doutions pas de l’ampleur de la situation.

Afrik : D’où l’idée de faire de 2005 l’Année de l’Afrique ?

Aminata Niane :
L’Afrique telle qu’elle est perçue, telle que son image est véhiculée dans les médias, n’est pas l’Afrique que nous connaissons et que nous aimons. Il y a un déséquilibre criant et même une injustice. Or, il n’y a aucune action d’envergure, en tout cas connue, qui prend en charge cette problématique afin d’essayer de renverser la tendance, ou en tout cas de privilégier une communication positive.

Afrik : Quelle est votre action pour que les médias parlent autrement de l’Afrique ?

Aminata Niane :
Pour les motiver à s’intéresser à cette Afrique que nous voulons promouvoir, il faut leur donner les raisons d’être convaincus qu’il y a de l’information positive, pas juste ponctuelle, mais de la vraie information qui peut accrocher le public. Dans notre stratégie, nous fournissons du contenu aux médias. Et beaucoup ont répondu à cet appel.

Afrik : Quelle est votre stratégie pour atteindre vos objectifs ?

Aminata Niane :
Je pense que la plupart de nos partenaires ont compris qu’Africa 2005 est un objectif de communication, un objectif forcément à moyen et long terme. Ce n’est pas en voulant organiser des manifestations pour en organiser que nous atteindrons notre but. Il faut d’abord faire adhérer le plus grand nombre de gens, parce que la force et la crédibilité d’Africa 2005 repose sur son nombre d’adhérents. C’est une question de prise de conscience. Au-delà des médias communautaires, il faut aller à la rencontre des autres médias qui ne connaissent pas l’Afrique et qui ont tendance à en dénaturer l’information. Du moins à en donner une image caricaturale, misérabiliste ou catastrophiste.

Afrik : Concrètement, comment va se dérouler l’année 2005 ?

Aminata Niane :
En 2005, nous voulons plus de bonnes nouvelles sur l’Afrique. Beaucoup de choses se passent en Afrique, mais sont royalement ignorées par la presse internationale. Nous travaillons pour que le public ait une information plus équilibrée sur le continent. Cela passera par les médias et les journalistes, mais aussi par les activités propres d’Africa 2005 qui seront organisées dans les pays africains et occidentaux… Dans tous les pays où nous avons relais et qui souhaitent organiser une manifestation d’envergure ou mettre en avant des projets, des programmes ou des actions qui ne sont pas connus du grand public. Nous avons aussi le programme « 53 semaines/53 pays » sur lequel nous travaillons avec des médias internationaux qui soutiennent le concept. Au moins une semaine dans l’année sera dédiée à un pays africain, à charge maintenant aux relais, à la presse, aux bonnes volontés et aux partenaires de ce pays de mettre un contenu plus précis et de donner une spécificité à leur semaine.

Afrik : Quels sont les rapports entre Africa 2005 et le Nepad ?

Aminata Niane :
Africa 2005 est une réponse au Nepad. Le Nepad est une initiative politique de chefs d’Etats qui pour la première fois se sont mis d’accord et ont pris l’initiative d’élaborer des axes stratégiques de développement pour l’Afrique. Mais il est évident que les politiques et les chefs d’Etats ne peuvent pas réaliser, seuls, cette vision. Africa 2005 reflète l’état d’esprit positiviste et volontaire du Nepad. Nous avons répondu favorablement à cette initiative et nous la mettons en oeuvre. Le Nepad ne peut pas réussir si l’Afrique continue à souffrir de cette image négative. Personne ne croira au Nepad si personne ne croit en l’Afrique.

Afrik : Que dites-vous aux gens pour les convaincre qu’Africa 2005 n’est pas qu’une énième initiative de salon aux discours vertueux mais stériles pour changer l’image de l’Afrique ?

Aminata Niane :
Il faut d’emblée expliquer à tous que le projet est très ambitieux, très difficile et qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Nous pensons que l’initiative doit être portée par les Africains, que l’Afrique ne peut pas être construite par les autres. Il faut que les Africains y croient. C’est un combat qu’il faut mener par conviction. Non pour en tirer quelque chose à court terme et s’en aller si cela ne marche pas. Quitte à ce que ce soit plus long et plus lent. La foi dans le projet est peut-être ce qui fera qu’Africa 2005 sera plus pérenne que d’autres initiatives qui partent de malentendus avec des gens qui pensent qu’ils peuvent tirer plus qu’ils ne peuvent donner.

Afrik : Beaucoup de personnes restent sceptiques par rapport à Africa 2005, parce qu’elles n’ont encore rien vu de concret. Que leur répondez-vous ?

Aminata Niane :
La plupart gens préfèrent des actions et des manifestations concrètes. Nous en sommes conscients. Mais il y a déjà un grand rendez-vous en 2005. Donc il est tout à fait normal qu’il faille travailler pour cette échéance. Ce qui implique beaucoup de travail en amont. Les gens et les adhérents doivent avant tout se demander ce qu’ils peuvent apporter comme contribution pour atteindre les objectifs fixés. S’ils le souhaitent, ils peuvent d’ores et déjà participer à des projets concrets dans leur pays ou ailleurs. Nous en avons déjà de nombreux présentés sur le site. Et ce dans différents domaines : économie, social, culturel, etc. Ils peuvent également travailler dans des bureaux et des commissions de leur pays. Mais une chose est sûre : nous avons besoins du concours de chacun et du plus grand nombre.

Afrik : Etes-vous soutenus par les chefs d’Etats africains ?

Aminata Niane :
Nous n’avons pas voulu solliciter dès le départ une aide ou un soutien officiel pour laisser au mouvement son identité. Des membres de gouvernement, à titre individuel, ont adhéré à l’association et la soutiennent. Nous nous tournerons vers les gouvernements à partir d’un nombre d’adhérents suffisamment important pour avoir une véritable crédibilité.