Affaiblis, les rebelles du Sierra Leone restent dangereux

L’évolution de la situation au Sierra Leone semble entièrement favorable aux forces gouvernementales et de l’Onu. Mais le RUF dispose encore d’importants moyens de pression, ainsi que d’un allié de poids.

Le Front révolutionnaire uni (RUF), qui met le Sierra Leone à feu et à sang depuis 1991, est-il en train de négocier sa disparition à l’amiable du terrain politique et militaire ? L’avancée des troupes onusiennes et  » loyalistes  » samedi, la détermination du gouvernement à juger le chef des rebelles Foday Sankoh, la libération de 108 nouveaux otages samedi, la volonté de paix exprimée par la population : tout semble indiquer que l’initiative est passée, en un mois, du camp du RUF à celui de ses ennemis de plus en plus nombreux.

Premier à s’exprimer, le président Ahmed Tejan Kabbah a fait part à la BBC de sa volonté de faire juger Foday Sankoh. Le leader du RUF est tenu pour responsable des massacres répétés qui ont pratiquement dissout la société sierra-léonaise en huit ans de guerre. Déjà condamné à mort en 1998, il avait négocié sa survie contre le cessez-le-feu de ses rebelles armés. Entré ensuite dans un gouvernement de réconciliation, Sankoh a eu la haute main sur le trafic de diamants des régions orientales du pays – aidé en cela par son soutien Charles Taylor, président du Liberia.

Taylor au centre

Le gouvernement sierra-léonais semble soudé dans son intention de juger Sankoh, actuellement au secret à Freetown. Seul un ministre, James Jonah, estime plus prudent de faire juger Sankoh par un tribunal international, si possible à l’extérieur des frontières.

Acculés dans leurs bases du nord-est, les partisans de Sankoh ont été contraints de  » négocier  » avec Charles Taylor, promu émissaire de la communauté internationale, et de libérer quelques dizaines de Casques bleus par jour la semaine dernière. Mais le président du Liberia, à en croire ses déclarations, a l’intention d’exploiter l’avantage de sa position de médiateur en vue de préserver ce qui reste du RUF, voire de faire élargir Sankoh.

David Wimhurst, le porte-parole de l’Onu à Freetown, a donné l’une des clés du problème samedi, en rappelant qu’aucun des matériels, armes et munitions volés à l’Onu par le RUF n’avait été rendu, ni même retrouvé.