
À l’approche de la nuit de l’Achoura, célébrée ce jeudi 25 juin 2026, de nombreuses familles sénégalaises s’activent pour préparer le traditionnel couscous qui accompagne cette fête religieuse et culturelle. Dans plusieurs quartiers de Dakar et des régions, l’ambiance est marquée par les achats de dernière minute, les préparatifs culinaires, les visites familiales et les moments de recueillement. Reportage.
A Dakar,
Le Sénégal, comme beaucoup de pays dans le monde, va célébrer, ce jour, l’Achoura encore appelée la Tamkharit. Dans le marché de Grand-Yoff, à Dakar, les étals sont particulièrement animés en cette fin d’après-midi. Les commerçants enregistrent une hausse de la demande en légumes, viande et autres ingrédients nécessaires à la préparation du couscous, plat incontournable de l’Achoura au Sénégal. Entre les clients qui négocient les prix et ceux qui remplissent leurs paniers, chacun semble avoir déjà un programme bien défini pour cette soirée particulière.
« Partager le couscous avec les voisins et les proches »
Pour beaucoup, cette fête reste avant tout un moment de partage familial et de solidarité. « Cette année encore, toute la famille sera réunie chez ma mère », confie Fatou Sambe, enseignante dans un collège de Dakar. « Nous avons l’habitude de préparer beaucoup de couscous que nous partageons avec les voisins et les proches. Les enfants attendent toujours cette nuit avec impatience ».
Même son de cloche chez Mamadou Ba, chauffeur de taxi depuis une quinzaine d’années. « Je vais travailler jusqu’en début de soirée avant de rentrer retrouver ma famille. Chez nous, personne ne manque ce rendez-vous. C’est une occasion de renforcer les liens familiaux et de transmettre certaines traditions aux plus jeunes ». Dans plusieurs foyers, les cuisines sont déjà en pleine effervescence.
« Une manière de préserver notre patrimoine culturel »
Les femmes s’affairent autour des marmites tandis que les plus jeunes participent aux tâches les plus simples. Aïssatou Fall, commerçante de 42 ans, supervise les préparatifs avec plusieurs membres de sa famille. « Nous avons commencé les achats depuis deux jours. Cette nuit, nous allons cuisiner pour plus de vingt personnes. Certains cousins viennent de Rufisque, d’autres de Guédiawaye. L’Achoura est devenue une véritable réunion familiale chez nous », explique-t-elle.
À Thiaroye, le programme est similaire pour Abdoulaye Seck, technicien en bâtiment. « Nous préparons le couscous dès la fin de l’après-midi. Après le repas, nous passons du temps ensemble à discuter. Les anciens racontent souvent des souvenirs liés à cette fête. C’est une manière de préserver notre patrimoine culturel ». Pour de nombreuses familles, la préparation du repas constitue un moment de transmission entre générations.
Une nuit également marquée par la spiritualité
« Ma grand-mère nous apprend encore certaines recettes », raconte Khady Diop, étudiante à l’université. « Même si beaucoup de choses évoluent, nous tenons à conserver certaines habitudes qui font partie de notre identité ». Au-delà de son aspect festif, l’Achoura demeure pour de nombreux Sénégalais un moment de recueillement et de dévotion. Serigne Moussa Kane, maître coranique, explique qu’une partie de la soirée sera consacrée aux prières.
« Beaucoup de fidèles profitent de cette nuit pour multiplier les invocations et les actes de dévotion. La dimension spirituelle reste essentielle pour comprendre le sens de cette célébration », souligne-t-il. Mariama Sow, infirmière dans une structure de santé publique, prévoit également de consacrer du temps à la prière. « Après le repas familial, je participerai à une séance de récitation du Coran avec des proches. C’est une habitude que nous avons depuis plusieurs année ».
« L’opportunité de nous retrouver en famille »
Pour certains jeunes, la nuit de l’Achoura représente aussi une occasion de renouer avec certaines valeurs souvent mises à l’épreuve par le rythme de la vie moderne. « Nous sommes souvent occupés par le travail ou les études », affirme Ibrahima Sy, étudiant en informatique. « Cette fête nous donne l’opportunité de nous retrouver en famille et de réfléchir à ce qui est vraiment important ».
Si le couscous constitue un élément commun à travers le pays, les habitudes peuvent varier d’une localité à une autre. Ousmane Guèye, pêcheur à Saint-Louis, prévoit une soirée relativement simple. « Nous allons partager le repas avec les voisins avant de rendre visite à quelques membres de la famille. Chez nous, l’essentiel est d’être ensemble ».
« Ambiance particulière dans les quartiers »
Aminata Diallo, agente communautaire, évoque une célébration marquée par les échanges entre familles. « Plusieurs personnes profitent de cette période pour rendre visite à leurs proches qu’elles n’ont pas vus depuis longtemps. Cela crée une ambiance particulière dans les quartiers ». Les préparatifs battent leur plein. Pour Jean-Pierre Coly, commerçant, l’Achoura constitue avant tout une occasion de renforcer la cohésion sociale.
« Même des personnes qui ne célèbrent pas forcément cette fête de la même manière participent souvent aux repas ou aux visites. Cela contribue à renforcer les relations entre voisins et amis ». Cette dimension communautaire apparaît comme l’un des traits les plus marquants de l’événement.
Entre tradition et modernité
Comme beaucoup d’autres célébrations, l’Achoura évolue avec son époque. Les réseaux sociaux occupent désormais une place importante dans les échanges entre proches. « Nous avons créé un groupe familial pour organiser la soirée », explique Rokhaya Mbengue, responsable administrative dans une entreprise privée. « Cela facilite la coordination entre ceux qui apportent les ingrédients, ceux qui cuisinent et ceux qui viennent de loin ».
Pour autant, les nouvelles technologies n’ont pas remplacé les traditions. « Les outils changent, mais l’esprit reste le même », estime Cheikh Sarr, entrepreneur. « Nous continuons à privilégier les rencontres physiques et les moments de partage ». Pape Demba Faye, restaurateur, constate également une forte demande pour les produits liés à cette célébration.
Une fête qui rassemble les générations
« Beaucoup de familles préfèrent préparer elles-mêmes leur repas, mais certaines commandent aussi des plats pour gagner du temps. Chaque foyer s’adapte selon ses moyens et son organisation ». Selon lui, l’essentiel demeure la volonté de se retrouver autour d’un repas commun.
Dans la maison familiale des Diouf, à Guédiawaye, plusieurs générations s’apprêtent à passer la soirée ensemble. Les plus âgés supervisent les préparatifs tandis que les enfants jouent dans la cour en attendant le repas. « C’est l’un des rares moments où toute la famille peut se retrouver au complet », se réjouit Binta Diouf, retraitée de l’administration publique. « Certains travaillent loin, d’autres sont très occupés, mais pour l’Achoura, chacun fait l’effort d’être présent ».
Le partage demeure le principal ingrédient de la fête
À quelques kilomètres de là, El Hadji Malick Gueye, mécanicien automobile, partage le même sentiment. « Nous traversons parfois des périodes difficiles, mais cette fête nous rappelle l’importance de la solidarité et du partage. Ce sont des valeurs qui restent fondamentales dans notre société ».
Alors que la nuit tombe progressivement sur le Sénégal, des milliers de familles s’apprêtent à célébrer l’Achoura autour du traditionnel couscous. Entre préparatifs culinaires, moments de prière, visites familiales et échanges de convivialité, cette édition 2026 perpétue une tradition profondément ancrée dans le quotidien des Sénégalais, où le partage demeure le principal ingrédient de la fête.





