Accord de Ouagadougou : l’ultime marche vers la paix en Côte d’Ivoire ?

Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles, s’est adressé ce mardi aux Ivoiriens pour signifier sa volonté de faire de l’Accord de Ouadougougou l’instrument du retour de la paix dans le pays. Gilles Yabi, analyste au bureau Afrique de l’Ouest du centre d’étutes International Crisis Group, évalue les chances de succès de cet accord de la dernière chance pour ses signataires. Interview.

Après le président ivoirien, le 9 mars dernier, à la télévision ivoirienne, c’était au tour de Guillaume Soro, ce mardi, de défendre l’Accord politique de Ouagadougou signé le 4 mars dernier. « Ivoiriennes, Ivoiriens, nous avons certes fait la guerre. Il nous faut à présent construire la paix », a-t-il déclaré. Laurent Gbagbo avait pour sa part affirmé, quelques jours plus tôt, qu’ « un échec » serait « catastrophique » car « toutes les voies de recours tant extérieures qu’intérieures (avient été) épuisées ». L’accord de paix constitue l’épilogue à l’appel au dialogue direct lancé le 19 décembre 2006 par le chef de l’Etat ivoirien.

Afrik.com : Dans un discours prononcé aujourd’hui, Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles a affirmé que « la paix (était) proche ». Pensez-vous que l’accord de Ouagadougou représente une solution de sortie de crise plausible pour la Côte d’Ivoire ?

Gilles Yabi :
C’est évidemment un accord intéressant sur le papier et dans son contenu. Mais il faut attendre de voir concrètement ses résultats sur le terrain pour se prononcer. Même s’il y a eu une implication de la communauté internationale, de nombreux accords ont déjà été signés par les parties ivoiriennes…

Afrik.com : N’a-t-il pas, lui, plus de chances d’aboutir que les autres parce qu’il a été initié par le Président ivoirien Laurent Gbagbo, ce qui est une première ?

Gilles Yabi :
C’est effectivement un différence notable. Cependant, la proposition de Laurent Gbagbo est intervenue après le 1er novembre, date du vote de la résolution 1721, et exprimait une envie de ne pas respecter à la lettre cette résolution. Il a par conséquent proposé une alternative qui change la donne. Elle dénote peut-être d’une bonne foi que l’on a pas vue ces dernières années. Ce qui est certain, c’est qu’en cas d’échec, on ne pourra plus mettre en cause la communauté internationale ou la France. On saura maintenant que ce sont Laurent Gbagbo et Guillaume Soro qui n’ont pas respecté leurs signatures. Cela est aussi un facteur de différenciation avec les précédents accords.

Afrik.com : Pensez-vous que l’on tient quelque chose avec cet accord ?

Gilles Yabi :
On ne pourra véritablement se prononcer que d’ici un ou deux mois quand il y aura un gouvernement, un centre de commandement intégré qui réunira les deux Etats majors… Pour l’instant, cet accord ne veut encore rien dire. Pourquoi les acteurs du conflit ivoirien seraient cette fois-ci plus de bonne foi que précédemment ? Gbagbo et Soro ne se font d’ailleurs pas confiance parce qu’ils se connaissent. Chacun surveille l’autre. Au premier signe de non respect des accords par l’une des parties, l’autre réagira immédiatement. Il faut seulement espérer qu’après quatre ans et demi de conflit, la lassitude les pousse à trouver une porte de sortie. Je suis animé d’un optimisme prudent.

Afrik.com : Guillaume Soro pourrait, dans le cadre de l’accord de Ouagadougou, devenir Premier ministre en remplacement de Charles Konan Banny désigné par la résolution 1721 des Nations Unies. Une cohabitation est-elle alors possible entre l’accord et la résolution ?

Gilles Yabi :
Le processus mentionné par l’accord de Ouagadougou n’est pas différent, dans ses grandes étapes, de celui que prévoit la résolution 1721 : identification des populations qui conduira à l’établissement de nouvelles listes électorales, désarmement et restructuration de l’armée ivoirienne. Ce qui change fondamentalement, c’est l’architecture institutionnelle, le cadre d’exécution. Durant la période de transition, le pouvoir sera-t-il confié à un Premier ministre, Guillaume Soro, ou une personnalité neutre qui aura été choisie par lui et Laurent Gbagbo ? Ou s’inscrira-t-on dans un scénario à la congolaise avec des vice-présidents ? Rien n’a encore été défini. Cependant, quelle que soit la solution choisie, elle sera antinomique aux dispositions des Nations Unies. Le Conseil de sécurité se chargera donc de faire une nouvelle résolution qui prendra en compte les nouvelles dispositions et le rôle de la communauté internationale sera redéfini dans cette nouvelle configuration. C’est la façon dont procèdent généralement les Nations Unies.

Afrik.com : Il n’y aura apparemment pas d’élections en octobre…

Gilles Yabi :
Le chronogramme de l’accord prévoit 10 mois à compter de sa signature pour sa mise en œuvre. Cela nous renvoie à décembre si tout se passe bien. Ce qui serait assez surprenant. Il n’y aura donc certainement pas d’élection avant le début de l’année prochaine.

Afrik.com : Cet accord représente-t-il l’occasion rêvée pour la France de se dégager du bourbier ivoirien ?

Gilles Yabi :
La France est dans une position inconfortable depuis longtemps et elle est de plus en plus intenable. Par ailleurs, Licorne est une opération qui coûte cher. La France cherchait une porte de sortie honorable, cet accord lui en offre peut-être une. Dès l’annonce de sa signature, Brigitte Girardin (ministre déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie, ndlr) n’a pas manqué d’évoquer la possibilité d’un retrait de la Force Licorne. Mais Michèle Alliot-Marie, le ministre français de la Défense, a précisé que cette force était placée sous l’autorité des Nations Unies. Ce qui suppose qu’il n’y aura pas de retrait sans son accord. Ce n’est effectivement pas parce qu’un accord de paix est signé que tout le monde doit partir.