Abattoirs de Casablanca : une friche fertile !

Un des principaux batiments des Abattoirs

Le site des anciens Abattoirs de Casablanca constituait, dans un espace urbain stratégique situé non loin de la côte entre les grandes implantations industrielles des cimentiers et le port, une gigantesque friche industrielle en état d’abandon depuis leur désaffection et l’incendie des « frigos ». Sous l’égide de l’association CASAMEMOIRE, une équipe de jeunes créateurs inventive et courageuse a pris en main depuis un peu plus d’un an la revalorisation de ce patrimoine unique : des cathédrales de béton armé composant un ensemble de plus de 50 hectares !

Le talent et la volonté savent parfois accomplir des miracles : le talent d’abord, celui de ces dizaines de jeunes artistes, peintres, photographes, grapheurs, créateurs, auteurs, compositeurs, interprètes, réalisateurs, cinéastes, publicitaires, qui constituent l’avant-garde des « arts urbains » du Maroc.

A la suite des actions engagées par l’Association CasaMemoire, ils se sont emparés de ces immenses bâtiments abandonnés pour en faire un lieu d’exposition exceptionnel, avec des allures de Berlin après la chute du mur, de Beyrouth sans bombes, sauf les bombes de peinture qui profitent d’une totale liberté pour déchaîner leur exceptionnelle créativité.

La volonté de sauver un patrimoine exceptionnel

Le talent ne suffisait pas, il fallait aussi la volonté. Volonté ferme d’une poignée d’agitateurs culturels bien décidés à donner à Casablanca la puissance de rayonnement d’une nouvelle capitale de la culture urbaine : c’est l’équipe de l’Association CASAMEMOIRE qui a négocié en 2009 et renégocie pour 2010 avec la Mairie de Casablanca une mise à disposition de ce patrimoine, que menacerait sans eux la spéculation immobilière.

Du coup les immenses abattoirs sont devenus un temple post-moderne où se tournent clips et publicités, les fantastiques écuries se sont muées en hall d’exposition où des créateurs du monde entier rêvent de pouvoir disposer leurs œuvres, l’ancienne tannerie accueille une salle de projection baroque redécorée d’œuvres contemporaines associant photographies, collages et graffitis, tandis que les anciens bureaux des fonctionnaires des abattoirs se sont mués en lofts postmodernes où répètent les groupes musicaux les plus variés…

Un temple de la création post-moderne et urbaine

Le tout dans une cohabitation naturelle, facilitée par le caractère des lieux et l’espace disponible. C’est une pépinière féconde où les rappeurs croisent les grapheurs et donnent la réplique aux photographes.

Décors minimaux et splendides à la fois, vastes plateaux nus à l’angle desquels on découvre soudain un DJ concentré qui travaille sur des remix inédits de musique électronique, là où quelques heures plus tôt répétaient deux guitaristes lumineux et un batteur inspiré : dans un cas comme dans l’autre les décibels se déversent à flot dans les nefs immobiles qui semblent se recueillir… tandis que quelques brebis égarées et deux ânes perdus lèvent de temps à autre une tête attentive vers ce déchaînement sonore.

Ces bêtes qui hantent encore les Abattoirs désaffectés n’ont pas été oubliées par un sort fatal : elles ont été récupérées sur la voie publique par la fourrière animale et attendent paisiblement ici que quelqu’un les réclame. Le soir le silence se fait pour les projections, par exemple, en ce début février, des films du Festival du Documentaire musical de Casablanca…

Le Festival « Tremplin » : une chance pour les jeunes talents

Du 19 au 21 mars prochains, c’est le Festival « Tremplin » qui accueillera 22 formations de Casablanca, Rabat, Marrakech, Khemisset, Mohammedia et Témara, réparties en trois catégories : Rock Metal, Hip Hop et Fusion… Et à nouveau les hauts murs des anciens Abattoirs, reconvertis en Fabrique culturelle, vont vibrer en écoutant, avec toute la jeunesse de Casablanca rassemblée, les performances musicales de ces nouveaux talents que cette première programmation importante permettra aussi aux professionnels de sélectionner. Pour que leur passion devienne aussi leur réussite. C’est l’équipe du Festival L’Boulevard, autour d’Hicham Bahou et de Mohamed Merhari, qui assure la programmation musicale des Abattoirs et est à l’origine de ce Tremplin

La vie a repris ses droits dans ce lieu monumental et vide, prouesse des architectes et des constructeurs du début du vingtième siècle, que l’humidité et le temps qui coule auraient fini par ruiner, si l’enthousiasme des jeunes créateurs marocains ne leur dessinait pas désormais un autre destin… C’est ici que s’invente le Casa de demain, métropole des arts contemporains, nouvelle capitale de l’invention et de l’inspiration de notre époque. Sur un air de liberté, dans les marges urbaines, les Abattoirs n’alimentent plus les estomacs, mais nourrissent les esprits. Pari gagné !