A quoi pourrait-on comparer les patrons camerounais ?

En ce qui regarde les micro-entreprises et les PME, l’initiative publique, si elle ne se résume pas en la création d’un ministère dédié aux PME et d’une banque annoncée mais jamais mise sur pied, alors c’est que le gouvernement camerounais devrait faire l’effort de nous dire en quoi d’autre sa vision se décline concrètement.

La banque annoncée sera-t-elle soutenue par un système d’intelligence économique, par exemple une agence interministérielle (MNRESI, MINPESSA, MINEPAT, OAPI, INS) qui valoriserait la recherche ? Ce n’est pas une question, c’est une exigence de pure logique qui conditionne la cohérence d’une politique de modernisation de notre économie.

En l’absence de telles dispositions minimales, les patrons continueront d’organiser des bals dansants en leur honneur, des « fêtes de la PME, créatrice d’emploi » : de quelles PME parle-t-on ? Les Camerounais ont relevé que dans l’événement que l’ECAM organise, on n’a pas vu sur les supports de communication les PME qui sponsorisaient cette initiative, de même sur les visuels, c’est un « ouvrier » qui barre les affiches. Pourquoi pas, après tout ? Il reste que l’on a l’impression d’assister nous, pauvres mortels, à des « jeux de puissance et d’influence ».

Au Cameroun de Paul Biya, les groupements patronaux passent parfois pour des défenseurs de l’emploi, pour des promoteurs des droits ouvriers, cette confusion des plans ne privilégie que leurs seuls syndicats d’intérêts. L’ECAM exerce des mandats patronaux, les patrons des PME eux-mêmes ont suffisamment de tourments (absences de statistiques fiables, faillite des nouvelles entreprises dans les premiers mois de leur création, etc.)pour ne pas qu’ils se mêlent de ceux de leurs salariés.

Au Cameroun, les PME financent les grandes entreprises et meurent parfois entre la facturation de leurs prestations et le règlement de celles-ci. Outre cette donnée, les PME ne bénéficient pas d’une loi qui encadrerait les économies de champ des grandes entreprises. Ce sont les employés qui trinquent : licenciements abusifs, non-respect d’un code du travail qui est pourtant très favorable aux entrepreneurs, non-affiliation à la CNPS, etc.

S’il faut donc parler des emplois qu’elles créent, l’on retiendra surtout que les PME sont un maillon essentiel de la chaine de précarisation des Camerounais. Si tous les Camerounais ne rêvent que d’entrer dans la fonction publique, quitte à se faire payer en cacahuètes, c’est bien parce que les milieux d’affaires et les entreprises sont impitoyables envers eux ; la sécurité et la juste rétribution, c’est l’Etat seul qui les donne. La rétribution est plus ou moins juste parce qu’il est de notoriété publique que les fonctionnaires sont souvent payés à ne rien faire ; quant à la sécurité de l’emploi, elle a dans la fonction publique camerounaise un synonyme bien connu : l’impunité.

Une semaine pour fêter la création d’emplois ! Il n’y a donc pas de problèmes à résoudre, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ou bien c’est pendant cette fête que ces problèmes trouveront des réponses. Pour le Camerounais moyen (être fictif, qui n’a d’existence que théorique) travailler dans une PME, c’est toujours « s’occuper en attendant mieux », c’est « se débrouiller, en attendant d’être soi-même aussi créateur d’une PME ».

Les PME camerounaises créent du travail, dynamisent notre économie mais ne font pas grand-chose pour l’emploi au Cameroun. Elles créent des jobs, des collaborations, des consultings, et ce fait ne suffit pas à soi-seul à rendre pertinent toute jubilation sur la création d’emplois. L’ECAM a eu une belle intuition (la réunion des PME) mais de l’intuition à l’action, il n’y a pas eu de réflexion (le projet a-t-il été soumis à la critique de son forum E-talk ?), la situation a été mal diagnostiquée et l’angle de traitement forcément mal abordé.

Résultats des courses, PMExchange est pompeux et éminemment camerounais : jamais organisation n’a autant réuni en son sein les qualités moyennes de notre société. On pourrait comparer les patrons camerounais aux individus au sujet desquels un héros césairien (La Tragédie du Roi Christophe) disait : « mon peuple danse » alors qu’il devrait s’enrouler par terre. En réalité, c’est le requiem de l’emploi au Cameroun qu’il faut célébrer. On pourrait comparer les patrons Camerounais à mon oncle du village, tonton Omgba, qui marche toujours droit, même quand il est ivre mort.