A quoi pourrait-on comparer les Etats généraux de la communication ?

Après un suspense relativement long, le ministre de la communication a annoncé la tenue des états généraux de la communication du 5 au 7 décembre prochain. En fait de cadeau de noël, c’est une histoire incroyable, d’une dramaturgie particulière, que celle qui se trame actuellement. Les Camerounais la connaissent. Seulement, si personne ne la couche sur papier, les étrangers croiront à des balivernes.

Les personnages centraux

1 – Don man Issa. Les professionnels des médias camerounais ont aimé le détester, lui c’est l’opposant (Chef du FSNC) et porte-parole du gouvernement RDPC : cet état de fait introduit une notion de linguistique en science politique, l’oxymore. Don man Issa, aussi désigné Bakary le coupant en raison de ses coups fumants, est pour ainsi dire un oxymoron politique, une juxtaposition de deux entités politiques contradictoires dans le même syntagme.

2 – Bèfe le rouge. On ne nait pas saint, et on ne le devient jamais de son vivant, alors Bèfe le rouge, qui sait que de toute manière c’est à Rome qu’il sera canonisé, ne craint pas d’être canonné à Yaoundé. On tire à boulets rouges sur lui, et pour cause, il s’appelle Bèfe le rouge (s’il s’était appelé Bèfe le blanc, peut-être eût-on tiré à blanc)… Y a même des journaleux qui se sont crus assez malins pour lui lancer une petite maladie d’avertissement, par des procédés mystiques. Il a vu rouge, mais les journaleux ont trouvé à qui parler. Il s’est rétabli promptement (il ne fallait pas lui souhaiter cela si vous ne le pensiez pas). Et lors d’un séminaire national de règlements de comptes, il les a copieusement agonis en latin populaire et en français savant : bonjour la régulation ! Du coup les journaleux ont dit amen, croyant en des prières d’exorcisme du milieu de la presse : quamquam miseria ! (aucune idée de ce que ça veut dire, mais Bèfe le rouge s’était également ainsi indigné). Bèfe le rouge ne s’en laisse pas conter, il connait son job et il pense que cela suffit à soi seul à lui garantir des résultats.

3 – Popol le parrain, dit le capo di capi, alias Duncan MacLeod (les fans du film et de la série Highlander comprendront). C’est lui qui a donné une nouvelle vie administrative et une résurrection médiatique à Bèfe le rouge. Il lui fait confiance ; en retour Bèfe le rouge fait confiance à celui qui l’a nommé. Cela s’appelle en français facile (en)filer le parfait amour. Popol lui a donné carte blanche pour agir mais lui a coupé les membres … C’est pas très gentil, mais bon, Bèfe le rouge est tout à son affaire. Il est fair-play et n’en tient pas rigueur au capo di capi ; il a le titre, les fonctions peuvent bien attendre. Je dis ça, je ne dis rien, on dirait quand même une vocation au one-man-show : le CNC pour le moment, ce n’est que lui, sans les membres statutaires. Souhaitons qu’il n’en soit pas toujours ainsi.

4 – Le CNC. Le CNC du MINCOM connait le même sort que le CNC du MINCOMMERCE, il faudra vérifier, ça doit être du vaudou. Allez, je vous situe en deux phrases ! Ou peut-être trois. Le CNC initialement c’est le Conseil National de la Concurrence ; il faut avoir fait droit de la concurrence ou travailler à l’Immeuble Rose pour savoir de quoi il retourne. Il a une existence physique mais non fonctionnelle et ferme les yeux sur toutes les affaires de parasitage, monopole et concurrence déloyale qui sévissent, allez savoir pourquoi ! Le Conseil National de la Communication n’est pas sous la tutelle du MINCOM et a un président installé depuis juillet 2011, Bèfe le rouge, qui n’arrive pas à travailler comme il le voudrait.

Le jargon du milieu

1-Les ateliers sont des séances de travail thématiques, autour de spécialistes et professionnels triés sur le volet. Les sept ateliers retenus auront en principe vocation à élaborer des éléments de diagnostics et un plan d’actions partagées relatifs à des thématiques transverses (Cadre juridique et institutionnel des médias et de la publicité) ou filières (Audiovisuel et migration numérique : standard, normalisation et dividendes sectorielles). Au fait, tout ce qui touche à l’émission et la réception de signaux ne concerne-t-il pas les télécommunications ? Le MINPOSTEL est-il associé à cette réunion ?

2-Les EGC ont été féodalisés, divisés en zones. Pour traiter des sujets qui dérangent (ou pas), on a inventé le concept de sous-ateliers qui à la vérité ne veut et ne peut rien dire. On ne va pas imaginer à la fin d’un repas des portions de camembert divisées en sous-portions pour satisfaire les convives retardataires ou surnuméraires. Ce serait là une hérésie au bon goût. Prolongeant cette doctrine, Bèfe le rouge aurait dit à ce propos ossa venientibus tarde (aucune idée de ce que ça veut dire) ! C’est comme ça avec Bèfe le rouge, quand il est dépassé par les événements et qu’il ne sait plus à quel saint se vouer (le comble pour un évêque), son latin sort tout seul, de là l’expression il en perd son latin. En somme, il est évident pour tous que cette théorie du sous-atelier est un coup fourré de Don man Issa, alias Bakary le coupant, qui a fait ses preuves pour ce qui est de régulièrement noyer le poisson.

3-Financement de la presse : Je suis, moi, pour le financement de la presse, pourvu que les éditeurs de presse en reversent une partie à leurs journalistes. En pleine opération épervier, des journalistes camerounais alias les hiltoniens, alias les rebellocrates, connus aussi sous les noms de tuyauristes ou tontons flingueurs, font preuve de beaucoup d’aplomb en exigeant une revalorisation des subventions directes plutôt que, par exemple, des avantages fiscaux, une action en aval (ou en amont, ça dépend vraiment de là d’où on apprécie la chose) sur les intrants d’imprimerie, le financement public d’une mutuelle d’assurances ou d’un GIE (Groupement d’Intérêt économique) qui relativiserait le monopole et les insuffisances de Messapresse dans la distribution. Recevoir des subventions publiques revient techniquement à manier des deniers publics à propos desquels il peut leur être demandé de rendre compte n’importe quand. Jusqu’ici aucun organe de presse n’a jamais été entendu ou audité sur la gestion de l’argent reçu. Les péréquations financières si elles doivent être renforcées méritent d’être accompagnées par des reformes structurelles : le financement doit être une chance et non une position de principe.

Le RDPC tacle des deux pieds et par derrière ses adversaires les plus tonitruants ; si vous êtes dans sa ligne de mire, il ne vous loupera pas. Faut-il que les journalistes aient des tendances suicidaires pour fantasmer sur l’argent public, qui est un piège à cons par les temps qui courent ? Outre cela, la plupart d’entre eux n’ont pas de couverture sociale, demandent plus de cash et de transparence à l’Etat mais ne montrent pas le même degré d’exigence vis-à-vis de leurs employeurs. Le plus marrant (si on veut bien rire des tragédies de son prochain), c’est que les doléances au sujet des subventions sont relayées par les journalistes eux-mêmes et non les directeurs de publication ou les entrepreneurs du secteur. C’est quoi, au fait, le syndrome de Stockholm ? On est en tout cas toujours dans le sujet.

Synopsis de la situation conflictuelle

Phil la Tombe, ainsi appelé parce qu’il ne réagit jamais aux rumeurs sauf si celles-ci suggèrent qu’il veut démissionner de son poste, Phil procèdera probablement au lancement des travaux. Les experts seront là, mais les problèmes seront moins ceux qui seront évoqués que ceux qui seront ignorés. Nul ne songerait à revendiquer des consultations nationales, cela n’aurait aucun sens, seuls les professionnels sont concernés au premier chef. Mais la communication, ça n’est pas que la communication. Auraient donc dû être associés : les ministères de la culture, des postes et des télécommunications (toutes les sociétés de télécom se comportent en agence de presse et diffusent des informations sans encadrement légal), du commerce (aspects économiques concernant la diffusion et la distribution), de la justice (respect de la propriété intellectuelle), de la recherche et de l’innovation…

A propos d’innovation, les EGC doivent être le lieu par excellence d’une réflexion sur la communication virtuelle qui pour n’être pas règlementée n’en connait pas moins une floraison de startups et de pure players. Les modèles économiques des pure players vont d’ailleurs continuer à se développer dans les années à venir, si l’on s’en tient à la place grandissante que prend le web 2.0 auprès des principaux annonceurs… L’enjeu stratégique d’Internet dans les plans marketing et les prévisions des média-planneurs n’est plus à démontrer. Certains nouveaux métiers naissent comme le community management, des écoles à Douala offrent des masters dans cette spécialité, des agences de communication recrutent des community managers.

Si pour l’heure, les plus importants pure players qui traitent de l’information camerounaise sont ou des sites français comme slateafrique et l’Autre Afrik, ou des noms de domaine étrangers (camer.be, cameroon-info.net, camerounlink, kongossa.fr…), il reste que des entreprises comme OpenSolutions (créatrice de mboablog) attirent un nombre impressionnant de visiteurs et d’annonceurs (brasseries ou société de télécommunications). Il sera de plus en plus facile d’accéder à Internet à moindre coût et de moins en moins évident d’acheter dix publications différentes pour se faire une idée juste de l’actualité.

Les pure players sont donc particulièrement adaptés à notre contexte et à nos moyens. Objectivement, cette question n’intègre aucun atelier prévu, ce serait tiré par les cheveux d’en faire un sous-atelier, ce serait un échec de ne pas y réfléchir. On n’est plus en 1994 ! Avec Internet, les blogueurs sont de plus en plus vus comme des journalistes et chaque internaute est en puissance un journaliste indépendant (journalisme-citoyen), c’est le lieu de se doter d’une politique dans ce domaine, où des évolutions règlementaires doivent être observées, à moins de choisir d’attendre les EGC de 2035 pour enfin émerger et s’arrimer à la modernité.

Dénouement : quand l’amateurisme d’Etat devient un atavisme national

Les EGC sont réputés organisés par le gouvernement camerounais. La présence du MINCOM, du PM, voire du PR (j’ai 30 ans et je crois au père Noel, allez dire!) signifie que ces états généraux devraient se clôturer au bas mot par une convention entre les parties prenantes et la lecture du décret annonçant la composition du Conseil National de la Communication. Voilà le minimum syndical.

Le 02 novembre, c’est la Toussaint, il faut penser à tous nos morts et donc veiller notamment à avoir une pensée de prière pour les conclusions des derniers EGC, en 1994. S’il ne s’agit que de faire tourner les méninges en rond, autant dire d’entrée de jeu qu’il s’agit de soupe populaire, le gouvernement RDPC fait le « sassayé » avec les perdiems. Attrape qui peut !