A quand une autre politique de la France en Afrique ? La Chine, elle, n’attend pas

Un texte de contribution de Dogad Dogoui, 43 ans, Conseil en management, Président du Club Africagora, Conseiller exécutif de l’UMP, Président du Forum des Républicains Sociaux de Paris et animateur des comités de soutien « France Diversité » pour Nicolas Sarkozy.

Bientôt, les 15 et 16 février à Cannes, la France recevra ses amis africains pour une nouvelle rencontre au sommet, le 24ème Sommet Afrique – France, entre les chefs d’Etat de tout un continent et celui de la France. Le thème retenu – « l’Afrique et l’équilibre du monde » – me donne l’occasion de le décliner à loisir : quel rôle peut jouer et joue l’Afrique dans l’équilibre du monde ? Comment devrait-elle gérer les énormes richesses dont la Nature et la providence l’ont dotée (et qui semble appartenir à l’humanité toute entière, sauf à ses propres enfants) ? Doit-elle s’ouvrir si largement et si rapidement à la Chine, le nouvel ogre mondial à la recherche de matières premières énergétiques et minières pour assouvir les gigantesques besoins de son industrialisation à pas forcés ? Que veut la France en Afrique sous couvert d’amitié et d’histoire partagée ? A quelles conditions et pour quels intérêts l’Afrique peut-elle la convier à sa table ?

Pour ce qui semble être le dernier sommet France-Afrique de Jacques CHIRAC en tant que Président de la République française (il pourraît toutefois être l’invité d’honneur d’un 25ème sommet organisé sur le continent en tant que « ami des Africains »), je saisis l’occasion des débats de la campagne présidentielle en France pour interpeller les principaux candidats – à commencer mais pas uniquement – par celui que j’ai décidé de soutenir : Nicolas SARKOZY, un patriote amoureux de la France et souhaitant redonner à ce vieux pays le lustre qu’il a perdu, et sa place en Europe et dans le monde.

Le prochain Président de la République française devra rompre avec les pratiques du passé et de la Françafrique, notamment le soutien accordé sans réserve à certains dirigeants locaux, incompétents, illégitimes et corrompus : même si l’Afrique ne pèse que 2% du commerce mondial (pour ce continent et son avenir, c’est une chance que ses réserves de richesses ne soient en rien entamées), la France doit préserver ses positions en acceptant la diversité de partenariat et d’approvisionnement. Elle doit aussi s’obliger à un « mieux disant » basé sur les avantages pour les populations et leséconomies africaines. Même dans sa recherche de solutions pour stopper l’immigration clandestine, la France a tout intérêt à miser sur un réel développement de l’Afrique, et à participer à l’accroissement du niveau de vie des populations locales.

Aujourd’hui, l’heure est venue pour les Africains du continent et de la diaspora (dispersée en Europe, aux Amériques et en Asie du Sud-Est) de relever le défi de l’ingérence politique et économique, afin de contribuer à l’indépendance véritable du continent noir. On dit parfois que l’Afrique meurt à cause de ses richesses. C’est surtout à cause de son potentiel énergétique, minier et humain que des intérêts extérieurs à ce continent (avec des complicités intérieures) se partagent les richesses de son sol, de son sous-sol et de ses forces vives, et ainsi de notre avenir. Mystérieusement, là où il y a conflits armés et guerres civiles, il y a volonté de quelques puissances politiques et économiques étrangères de faire main basse sur des richesses : Congo, Tchad, Soudan, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria, Centrafrique, Guinée … Autant de troubles, de conflis et de guerres qui freinent l’émergence d’états organisés et structurés, et pénalisent de nombreuses populations condamnées à émigrer ou à régler des dettes abyssales contractées par leurs dirigeants. Des dettes pour lesquelles elles n’ont pas eu à donner leur accord et qui ne profitent pas toujours à la santé, à l’éducation, aux transports, à la gestion de l’administration ou encore à l’alimentation de ceux qui seront appelés à les rembourser sur plusieurs générations.

« L’Afrique et l’équilibre du monde »

Je crois et j’ai toujours cru à l’avènement de l’Afrique, berceau de l’humanité et détenteur de la destinée du monde entier. Il semble que l’heure soit venue pour ce « continent mère » d’occuper sa véritable position stratégique de vigie du Monde, entre les camps occidentaux et asiatiques. Le pétrole, le gaz, l’énergie hydraulique, les métaux précieux et autres ressources minières et agricoles que nous ont laissés nos ancêtres – et que nous devons léguer aux générations africaines futures – sont autant d’armes de dissuasion à la disposition de l’Afrique. Face à l’accélération de la rareté des ressources énergétiques et minières, l’Afrique possède le coffre-fort du monde et la clé de l’équilibre.

Dans ce contexte et face aux superpuissances militaires et/ou nucléaires du monde, l’Afrique ne peut opposer que ses richesses aux différentes tables de négociation. Ainsi que l’exigence de contrats publics transparents de coopération « gagnant – gagnant », comportant des avantages pour elle-même et pour ses partenaires :

 la suppression de l’aide publique d’Etat au développement

 l’annulation de la dette bilatérale de chacun des « pays pauvres très endettés » (PPTE)

 un transfert de connaissances et de technologies par une réelle formation professionnelle

 le développement de filières locales de transformation des produits

 la préférence accordée aux projets transnationaux dans le cadre de l’intégration régionale

 la création d’une classe moyenne ouverte à la consommation et à la mondialisation

A quand l’avènement d’une nouvelle politique française en Afrique ? Un continent dont un large territoires est historiquement lié à la France mais qui aujourd’hui réclame sa véritable indépendance économique (avant l’autonomie financière ?). Face à la concurrence des Etats-Unis, de la Chine, du Brésil, de la Malaisie, de l’Inde ou du Japon, l’intérêt de la France – au sein de l’Union Européenne – est de sauvegarder les intérêts des populations de ce partenaire privilégié. Le développement économique, industriel, commercial, technologique et scientifique de l’Afrique sera pour la France le gage d’un marché de proximité (géographique, culturelle et souvent linguistique) pour ses produits et services. A une seule condition : le respect de l’indépendance, de l’intégrité territoriale, des intérêts et du bien-être des populations des pays de ce continent partenaire.

Après la chute du mur de Berlin et face aux prévisions alarmistes de raréfaction des approvisionnements, les grandes puissances se sont à nouveau lancées dans une compétition mondiale à la recherche des ressources énergétiques, minières et bientôt humaines (la bataille des délocalisations). L’Afrique peut tirer son épingle de ce jeu d’influence en défendant ses intérêts face au mieux disant des propositions de ses partenaires et « amis ». Fin connaisseur des relations internationales et grand adepte de l’indépendance et de l’exception culturelle françaises, le Général de GAULLE disait : « un pays n’a pas d’ami, il n’a que des intérêts ». Les intérêts de la France en Afrique et sa place en Europe et dans le monde passent par des liens privilégiés avec les pays francophones d’Afrique, soutiens potentiels au sein des Nations Unies et espace de rayonnement via la Francophonie. A condition de les appuyer sur le respect mutuel et le partage équitable d’intérêts entre états et au bénéfice des populations.

La diaspora africaine en France, vigie et passerelle des relations entre la France et l’Afrique

Qu’ils soient nés ou non sur le continent, les Africains de la diaspora conservent dans leurs entrailles une empreinte séculaire de leurs racines africaines. Militant depuis 1999 à travers Africagora pour que les entrepreneurs, cadres et décideurs de la diaspora africaine s’engagent dans l’intégration économique, sociale et civique des « talents de la diversité » en Europe, je voulais ici livrer mon analyse et mes réflexions sur la politique menée par la France en Afrique. Le cas de la situation en Côte d’Ivoire et de ses rapports avec la France m’interpellent à double titre : d’abord, parce que je suis né ivoirien de parents ivoiriens sur cette terre bénite, avant d’émigrer en France en 1981, puis d’y adopté la nationalité française en 1992. Ensuite, comme nouveau responsable politique français, engagé aux côtés d’un candidat dont j’espère l’avènement en tant que futur Président de la République. Voici deux bonnes raisons pour travailler au rapprochement de mes deux pays – deux états partenaires de très longue date – et également à la refondation de la politique française en Afrique. Pays porteur des droits de l’homme et du citoyen, la France doit être exemplaire dans ses rapports avec les autres états souverains, surtout s’il s’agit de ses anciennes colonies. Le futur Président de la République française devra rompre avec les pratiques actuelles et adopter une nouvelle approche de la coopération bilatérale, basée sur le respect de souveraineté et le partage d’intérêts. Il y va de sa place dans toute l’Afrique francophone.

En tant que citoyen français, Ministre d’Etat et (probable) futur Président de la République, Nicolas SARKOZY est un patriote qui défend les intérêts de son pays. Nul ne peut lui reprocher ce rôle et cette responsabilité. Les Africains doivent comprendre que seule la France peut déterminer qui a le droit d’accès et de séjour sur son territoire. Au même titre que tous les pays du monde. « Une immigration choisie et concertée » avec les pays d’Afrique doit permettre de sauvegarder les intérêts des économies africaines. De même, Mamadou COULIBALY, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, est aussi un patriote ivoirien, également dans son rôle et dans ses responsabilités quand il défend les intérêts économiques et l’indépendance politique de la Côte d’Ivoire. Ce pays a tout aussi le droit de choisir ses partenaires économiques en fonction des intérêts du peuple ivoirien. Comment peut-on renouer le dialogue entre les dirigeants de ces deux états partenaires, très longtemps amis et aux intérêts imbriqués ? En s’efforçant de convaincre les hommes de sauvegarder les intérêts de leurs peuples, d’investir sur les moyen et long termes. La diaspora africaine peut y jouer un rôle de facilitateur.

Pour sauvegarder sa place géostratégique, les intérêts de ses entreprises, et protéger ses approvisionnements énergétiques, miniers et même agricoles, la France doit se refaire une image en Afrique. J’exhorte donc mon candidat Nicolas SARKOZY à réexpliquer son projet d’une nouvelle coopération entre la France et les pays africains, appuyée sur un partenariat « gagnant – gagnant » qui jettera les bases d’un respect des intérêts réciproques. Aux états africains de défendre fermement leurs propres priorités en faveur d’un véritable développement économique et social de leur pays. La diaspora africaine en Europe, en Asie et dans les Amériques doit y jouer un rôle. Sachons qu’il n’y a pas un dollar américain investi en Chine, au Japon ou en Corée du Sud, sans l’implication des diasporas chinoise, japonaise ou coréenne des Etats-Unis. La France devrait s’appuyer sur le relais des compétences de la diaspora africaine présente sur son territoire pour améliorer son image et ses rapports avec les peuples et les acteurs économiques et sociaux d’Afrique. Le développement de l’Afrique se fera par l’Afrique, même si la France peut y apporter son appui, si appel lui est fait.

Rappelons-nous toujours cette maxime de Nelson MANDELA : « faire pour nous, sans nous, c’est faire contre nous ».

Dogad DOGOUI

Contact : dogad@club-internet.fr