A Pretoria, mieux vaut mourir du sida que d’en parler

L’Afrique du Sud échoue encore à regarder en face la menace mortelle du sida. La dernière reculade des élus politiques témoigne de la crainte et de l’inconscience de la société face au fléau.

C’est une occasion manquée pour la prévention du sida en Afrique du Sud. La plupart des leaders politiques ont décliné, in extremis, l’invitation qui leur était faite de tester leur sérologie au regard du virus HIV, mardi au Parlement sud-africain.

L’offre émanait de Patricia de Lille, elle-même parlementaire du parti du Congrès panafricain (PAC) et responsable de la section Le Cap – Est de l’Association nationale des personnes vivant avec le sida (NAPLA) :  » Ma motivation, déclarait-elle lundi, c’est que les chefs politiques montrent l’exemple, en se soumettant publiquement au test HIV. Je veux qu’ils montrent à leurs électeurs qu’il vaut mieux connaître sa situation réelle que de vivre dans l’ignorance et d’infecter peut-être les personnes autour de vous. « 

Patricia de Lille avait exclu la possibilité de dévoiler elle-même le résultat des tests et souhaitait laisser aux politiciens la possibilité de le faire éventuellement eux-mêmes. Beaucoup de leaders politiques, quel que soit leur parti, ont accepté le principe de l’expérience. La plupart ont déclaré qu’ils accepteraient le test si l’ensemble de leurs collègues le faisait. Mais mardi, la très grande majorité des députés ont refusé de participer.

Maladie honteuse

Le Business Day croit savoir que deux députés au moins sont séropositifs. Des rumeurs ont, par ailleurs, fait suite au décès récent d’un parlementaire ANC – le parti au pouvoir. Mais en Afrique du Sud, la question du sida semble encore difficile à aborder publiquement, comme en témoignaient, il y a encore quelques semaines, les déclarations très surprenantes du président Thabo Mbeki. Selon le chef d’Etat – qui a refusé d’être testé le mois dernier -, le virus HIV ne serait pas à l’origine du sida.

Maladie honteuse, le sida n’en est pas moins terriblement répandu dans le pays. Selon une étude indépendante parue mardi, six millions de Sud-africains, soit 15 % de la population, pourraient être séropositifs à la fin de l’année. Ces estimations sont très supérieures à celles rendues publiques par le gouvernement, et selon lesquelles le nombre de six millions de personnes atteintes ne serait atteint qu’en 2005.