8 000 réfugiés rwandais expulsés du Burundi

8 000 Hutus du camp de Songore au Burundi ont été expulsés manu militari par les autorités au cours du week-end. Ces personnes avaient fui il y a quelques semaines la justice rendue de leur pays mais ont été forcées de le rejoindre dans les journées de dimanche et lundi. Ces opérations, organisées en concertation entre le Rwanda et le Burundi inquiètent vivement les observateurs car l’accès aux camps a été interdit à toutes les organisations humanitaires.

Par Floréal Sotto

Plusieurs milliers de Hutus Rwandais expulsés du Burundi. Tel est le bilan annoncé par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR)dans la journée de lundi. Les autorités des deux pays ont mis en œuvre des mesures de rapatriement dès dimanche en fin de journée. Des camions ont été mis à disposition à partir de Kigali, capitale Rwandaise, pour rapatrier de force les réfugiés du camp de Songore (situé à une vingtaine de kilomètre de la frontière). Ils s’y étaient installés depuis quelques semaines après avoir fui la justice des tribunaux populaires de leur pays (gacaca). Les observateurs internationaux qui étaient présents sur les lieux ont été expulsés et n’ont pu veiller au déroulement pacifique des opérations, alors que plusieurs sources décrivent des tensions apparentes.

«Immigrants illégaux»

Pour des raisons non encore expliquées, les autorités burundaises avaient annoncé au cours du week-end que les réfugiés rwandais seraient dorénavant considérés comme des «immigrants illégaux». Leur rapatriement ne devait commencer que mardi mais a été avancé au lendemain après une réunion secrète entre autorités rwandaises et burundaises, selon les sources de Jeune Afrique Intelligent. Plusieurs officiels des deux pays auraient en effet assisté aux opérations depuis dimanche, notamment le ministre burundais de l’Intérieur Jean-Marie Ngendahayo et le ministre rwandais de l’Administration locale, Protais Musoni.

Les évènements ne se déroulent pas dans le calme. Des paysans de la région affirment avoir entendu les réfugiés crier qu’ils étaient expulsés de force. Le personnel de Médecins sans frontières (MSF), présent sur le terrain, a constaté qu’un militaire armé était présent sur chaque camion et que les réfugiés étaient contraints d’y monter sous la menace des coups. Certains réfugiés ayant même été blessés en voulant s’échapper. Tout a été mis en œuvre pour empêcher les observateurs de s’assurer de la base volontaire de ces extraditions car les organisations humanitaires et les journalistes ont été interdits d’accès aux sites.

Filtrage de l’information

Dans la précipitation de ces opérations, le flux d’informations aurait été volontairement restreint par les autorités. Les observateurs de la Mission de l’ONU au Burundi ont été obligés de partir, l’accès aux camps a également été interdit à MSF et au HCR. MSF se dit très préoccupé par ce qu’il considère comme « un rapatriement forcé, au mépris des droits de base des demandeurs d’asile » Michel Hoffman, directeur des opérations de MSF s’indigne : « Il est inacceptable que nos équipes médicales ne puissent avoir accès à leurs propres structures de santé au camp de Songore, privant la population du camp de soins médicaux.[…] Ces derniers jours, nous avons dû envoyer les patients les plus critiques de notre clinique vers des hôpitaux proches. Ces patients se retrouvent aujourd’hui séparés des autres membres de leur famille qui ont été ramenés au Rwanda

Selon Jeune Afrique Intelligent, le ministre burundais de l’Intérieur, Jean-Marie Ngendayo, a indiqué que les Burundais en exil au Rwanda ne subiraient pas le même destin dans l’immédiat. Leur sort attendra la fin des élections générales prévues cet été au Burundi.