500 000 enfants mal nourris en Algérie

A l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’alimentation, la Forem a effectué une halte pour établir un état des lieux de la situation nutritionnelle des enfants algériens.

Celle-ci reste ainsi, selon la Forem, préoccupante. En Algérie de 2007, plus d’un demi-million d’enfants sont malnutris. Un enfant de moins de cinq ans sur cinq présente une malnutrition, ce qui donne un chiffre absolu de près de 600 000 enfants dont 150 000 présentent une forme sévère de malnutrition. Ces données sont avancées par la Forem. Toutefois, en l’absence d’organismes spécialisés capables d’évaluer l’état nutritionnel de la population, la Forem s’est référée aux quelques enquêtes générales effectuées par le MICS-OMD, l’EDG et le CENEAP. C’est ainsi que l’enquête publiée tout récemment par le MICS-OMD révèle, selon la Forem, un taux de malnutrition de près de 18% chez les enfants de moins de 5 ans. Néanmoins, cette enquête ne tient pas compte des « petits poids à la naissance ». Leur inclusion, souligne la Forem, pourrait élever de près de 50 000 enfants le chiffre arrêté. En tentant de décortiquer ces chiffres, l’on saura que 106 000 enfants souffrent d’une insuffisance pondérale d’une prévalence de 3,7% dont 0,6% de formes sévères. Cet indice mesure la malnutrition aiguë et chronique. Par contre, 322 000 enfants présentent un retard de croissance d’un taux de 11,3% dont 3% de formes sévères (cet indice renseigne sur l’absence d’une nutrition appropriée pendant une longue période ou de l’existence d’une maladie chronique ou de maladies récurrentes).

Le ministère de la Santé montré du doigt

Enfin, 83 000 enfants souffrent d’une insuffisance staturo-pondérale d’une prévalence de 2,9% dont 0,6% de formes sévères (l’indice traduit une perte de poids récente et importante). Dans son compte rendu, la Forem n’a pas ménagé le ministère de la Santé et de la Population. De l’avis de son président, Mostéfa Khiati, les objectifs assignés au programme mis en place en 2001 par la direction de la prévention de ce département dans le domaine de la lutte contre la malnutrition sont encore loin d’être réalisés. Dans ce programme, rappelle-t-on, il était notamment question de réduire de 50% la prévalence de la malnutrition protéino-calorique du nourrisson et du jeune enfant âgé de moins de cinq ans avant l’an 2004, d’éradiquer les troubles dus à la carence en iode d’ici 2004 et de généraliser les cantines scolaires particulièrement dans les zones rurales. Objectif qui, selon la Forem, n’a pas encore été atteint. Rien que pour parler des zones rurales, la Forem mentionne qu’à titre d’exemple, le pourcentage d’élèves bénéficiant de la cantine scolaire était respectivement de 19,05%, 24,20% et 29,75% pour les wilayas de Djelfa, M’sila et Skikda en 2004. Ces données statistiques, selon la Forem, pourraient traduire une demande alimentaire insuffisamment satisfaite, en particulier chez les jeunes enfants lorsque l’on sait que les besoins en protéines animales sont très importants à cet âge. En somme, cette situation expliquerait l’existence de foyers de malnutrition protéino-calorique dans notre pays. En faisant une comparaison entre la production agricole et la consommation alimentaire, il est à noter, en Algérie comme d’ailleurs dans tout le Maghreb, un déficit dans quatre denrées essentielles : notamment céréales, huile, viande et produits laitiers. Le pourcentage d’autosuffisance reste difficile à maîtriser, car il varie selon l’année et la denrée considérées. En moyenne, la production agricole couvre les besoins à hauteur de 37% pour les céréales, de 15% pour les huiles végétales, de 2% pour le sucre, de 70% pour les viandes et les œufs et de 99% pour les fruits et légumes.

Détérioration du modèle de consommation

En outre, le pourcentage de couverture des besoins alimentaires établi par la FAO en 2001 par rapport à la production en Algérie est de 28% pour les céréales, 15% pour les huiles végétales, 98% pour les protéines animales et de moins de 1% pour le sucre. Dans le domaine agricole, l’Algérie est à la traîne au Maghreb comparativement au Maroc qui couvre par sa production céréalière 49% de ses besoins, 21% pour les huiles végétales, 99% pour les protéines animales et 51% pour le sucre. La Tunisie affiche respectivement 36%, 52%, 100% et 1,4%. Malgré ces différences, la ration calorique est globalement suffisante pour les trois pays du Maghreb. Elle n’est inférieure que de 10 à 20% à celle observée en Europe du Sud. Cette enquête fait ressortir que l’alimentation des Maghrébins est quantitativement correcte mais qualitativement déplorable surtout pour les enfants. L’hypothèse de la détérioration du modèle de consommation au cours de la période allant de 1993-1997 a été confirmée par une enquête effectuée par le CENEAP. Les fréquences mensuelles moyennes de consommation ont subi une diminution nette durant cette période, et ce pour la plupart des biens de consommation. Les baisses des fréquences de consommation d’aliments ont particulièrement affecté les viandes et les œufs mais également, à un degré moindre, les produits laitiers, les légumes frais et les fruits. 42% de la population interrogée au cours de cette enquête ont affirmé avoir diminué leurs achats d’aliments, 14% des personnes enquêtées ont déclaré ne plus effectuer d’achats pour certains produits. Plus d’un ménage sur deux (56%) ont avoué avoir soit restreint leurs achats, soit renoncé à l’achat de certains produits, tels que la viande, les fruits et l’huile, voire abandonné la consommation de certains de ces produits. D’après la Forem, près d’une famille sur cinq n’arrive pas à disposer de sa ration calorique journalière, c’est-à-dire à manger à sa faim quotidiennement. Les deux millions de couffins de Ramadhan donnés par le ministère de la Solidarité au cours du mois de septembre 2007 confirment cette donnée. Une étude consacrée au filet social effectuée par le CENEAP montre que les pauvres ont tendance à consacrer la majeure partie de ce qu’ils reçoivent comme argent à leur alimentation. Ainsi, 67% des bénéficiaires du filet social consacrent la totalité de leurs indemnités aux dépenses alimentaires et 70% des personnes âgées dépensent leur allocation en alimentation. Les personnes handicapées consacrent plus de 54% de leur allocation à l’alimentation. Face à cet état de fait, la Forem préconise la mise en place d’un observatoire national sur la nutrition et l’observatoire des droits de l’enfant pour l’évaluation et le suivi de la population ainsi que le renforcement des programmes déjà mis en place.

Nabila Amir, pour El Watan