
Le 20 juin 1960, la Fédération du Mali accède à l’indépendance, réunissant le Sénégal et l’ancien Soudan français, devenu ensuite le Mali. Porté par Léopold Sédar Senghor, Modibo Keïta et Mamadou Dia, ce projet devait incarner une décolonisation africaine fondée sur l’unité plutôt que sur l’émiettement territorial. Deux mois plus tard, il s’effondrait.
Le 20 juin 1960 reste l’une des dates les plus singulières de l’histoire des indépendances africaines. Ce jour-là, la Fédération du Mali proclame son indépendance dans le cadre de la décolonisation française. Elle réunit alors deux territoires issus de l’Afrique occidentale française, le Sénégal et le Soudan français, qui deviendra quelques mois plus tard la République du Mali.
L’événement dépasse largement le cadre d’un simple transfert de souveraineté. À l’heure où l’empire colonial français se défait progressivement, la Fédération du Mali porte une ambition politique forte. Celle d’éviter que l’Afrique nouvellement indépendante ne soit morcelée en États trop fragiles, isolés les uns des autres, et dépendants de l’ancienne puissance coloniale.
Un projet panafricain avant l’heure
La Fédération du Mali naît d’abord d’un rêve d’unité. À l’origine, le projet devait rassembler plusieurs territoires de l’ex-AOF. Le Sénégal, le Soudan français, le Dahomey et la Haute-Volta avaient été associés aux premières discussions. Mais les deux derniers se retirent rapidement, laissant face à face Dakar et Bamako.
Le nouvel ensemble repose sur une architecture politique délicate. Modibo Keïta, grande figure soudanaise, devient chef du gouvernement fédéral. Mamadou Dia occupe une place centrale côté sénégalais, tandis que Léopold Sédar Senghor préside l’Assemblée fédérale. Tous partagent, à des degrés différents, l’idée que l’indépendance africaine ne doit pas seulement être nationale, mais aussi collective.
Le 4 avril 1960, les accords de transfert des compétences sont signés avec la France. Quelques semaines plus tard, le 20 juin, la Fédération du Mali accède officiellement à l’indépendance. Pour ses partisans, cette naissance marque la possibilité d’une Afrique francophone capable de se structurer en grands ensembles politiques.
Des divergences trop profondes
Mais derrière l’enthousiasme, les tensions sont déjà là. Les responsables sénégalais et soudanais ne défendent pas exactement la même conception de l’État fédéral. Les uns souhaitent préserver une large autonomie des territoires, les autres plaident pour un pouvoir fédéral plus affirmé. À ces divergences institutionnelles s’ajoutent des rivalités politiques, des méfiances personnelles et des visions différentes des rapports à maintenir avec la France.
La crise éclate en août 1960. Dans la nuit du 19 au 20 août, le Sénégal se retire de la Fédération et proclame sa propre indépendance. L’expérience fédérale, à peine née, se brise donc après seulement deux mois d’indépendance effective. Le Soudan français, resté seul, prend le nom de République du Mali le 22 septembre 1960, avec Modibo Keïta à sa tête.
Cette rupture transforme profondément la mémoire de la date du 20 juin. Pour le Sénégal, la fête nationale sera finalement fixée au 4 avril, en référence aux accords de 1960. Pour le Mali, le 22 septembre deviendra la date fondatrice de l’indépendance nationale. Le 20 juin, lui, demeure comme la date d’un État disparu presque aussitôt apparu.
L’échec de la Fédération du Mali ne doit pourtant pas faire oublier sa portée historique. Elle fut l’une des tentatives les plus ambitieuses de construire une indépendance africaine sur une base fédérale. À l’inverse du modèle dominant, qui consacrait les frontières héritées de la colonisation, elle cherchait à inventer une souveraineté plus large, plus solidaire, plus politique.




