10 ANS D’IMPUNITE POUR HABRE AU SENEGAL, ÇA SUFFIT !

Dix ans après le premier dépôt de plainte par des victimes tchadiennes contre l’ancien Président du Tchad, Hissène Habré, et l’annonce de l’ouverture d’une information judiciaire à Dakar pour crimes contre l’humanité commis au Tchad entre 1982 et 1990, la procédure est toujours au point mort.

« Les preuves recueillies démontrent qu’Habré n’était pas un dirigeant distant qui ne savait rien au sujet de ces crimes », affirme Jacqueline Moudeina, Présidente de l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme et avocate des victimes. « Habré dirigeait et contrôlait les forces de police qui torturaient ceux qui s’opposaient à lui et ceux qui appartenaient simplement au mauvais groupe ethnique. »

La plainte déposée le 25 janvier 2000 a conduit à la mise en examen d’Hissène Habré, le 3 février 2000. Depuis lors, malgré les avancés constitutionnelles et législatives, permettant d’organiser en toute légalité le jugement de l’ancien président au Sénégal, celui-ci échappe toujours à la justice. « Les victimes tchadiennes attendent depuis 20 ans qu’Hissène Habré réponde de ses actes ! » a rappelé Me Sidiki Kaba, avocat des victimes et président d’honneur de la FIDH, « le Sénégal ne doit pas laisser passer cette chance historique d’écrire un chapitre nouveau d’une justice africaine, par les Africains pour les auteurs africains de violations des droits de l’Homme » a-t-il ajouté.

« C’est même une honte pour l’Afrique », affirme Dobian Assingar représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme au Comité international pour le jugement d’Hissène Habré, également président d’honneur de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme. « Cette affaire devrait être menée de façon exemplaire pour démontrer que l’Afrique est capable de lutter contre l’impunité. A la place, l’Afrique fait preuve de défaillance à l’égard des victimes ».

La FIDH et ses organisations membres en particulier au Tchad et au Sénégal appellent les autorités sénégalaises à tout mettre en œuvre pour que l’instruction soit réouverte et à donner suite à la plainte déposée il y a plus d’un an au nom de 14 victimes tchadiennes et sénégalaises. Nos organisations demandent à l’Union Africaine, qui a explicitement demandé au Sénégal de juger Hissène Habré, l’Union Européenne et au Sénégal de régler les questions budgétaires relatives à l’organisation d’un procès le plus rapidement possible, afin que la procédure reprenne dans les meilleurs délais.

La FIDH réitère la nécessité de la tenue d’un procès pour les victimes tchadiennes qui attendent depuis plus de 20 ans que justice soit rendue dans cette affaire.

Affaire Hissène Habré, 10 ans après : écoutez l’interview de Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH et avocat de victimes.

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