1 001 littératures d’Afrique s’exposent bientôt à Paris

La deuxième édition du Salon Livres d’Afrique ouvrira ses portes le 28 octobre prochain à Paris au siège de l’Unesco. En attendant, les écrivains en herbe peuvent envoyer, jusqu’en juin, leurs manuscrits pour le concours Jeunes talents africains. Interview de Cédric Sinarinzi et Gilles Harerimana, deux des membres de l’organisation.

Par Fabienne Pinel

Le deuxième concours littéraire Jeunes talents africains est ouvert jusqu’à juin prochain. L’initiative, lancée en prélude à la seconde édition du Salon du Livre d’Afrique, le 28 octobre prochain à Paris, est destinée à de jeunes écrivains africains ou d’origine africaine qui ont peu ou pas publié. Cédric Sinarinzi et Gilles Harerimana, deux des membres de l’organisation, reviennent sur l’esprit du Salon, le succès de la première édition et ledit concours.

Afrik.com : Quels sont vos parcours et qu’est ce qui vous a amenés à participer à cette aventure ?

Cédric
: Je suis en licence de droit à la faculté d’Assas, à Paris. Je suis arrivé du Burundi en seconde et depuis, j’ai effectué toute ma scolarité en France. Le Salon du Livre africain et le concours étaient pour moi une façon de retrouver ma culture africaine, et de participer à son essor.

Gilles : Je suis à l’Ecole des Mines de Paris pour devenir ingénieur. Je suis arrivé un peu plus tard que Cédric en France, après un bac passé au Cameroun. L’an dernier, j’ai déjà participé à la première édition du Salon et du concours, et le dynamisme de la quinzaine d’étudiants impliqués dans ces opérations m’a très vite séduit.

Afrik.com : Qui a eu l’idée du concours ?

Gilles
: C’est un élève de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, peut être un peu nostalgique du pays, qui a initié le concours. Surpris par le manque de visibilité des livres africains au Salon du Livre, il a voulu faire connaître la littérature africaine, dans sa richesse et sa diversité. Et permettre à de jeunes auteurs africains de se faire un nom.

Cédric :Je rajouterai qu’il était assez dommage qu’une ville comme Paris, centre de la francophonie, où de nombreux écrivains africains passent ou séjournent, n’ait pas, elle aussi, son Salon des livres africains.

Afrik.com : Quel bilan tirez-vous de la première édition du concours et du salon ?

Gilles
: Nous avons été très agréablement surpris par son succès. Une trentaine de maisons d’édition et plus de 200 jeunes écrivains étaient présents. L’événement a attiré entre 4 000 et 5 000 visiteurs, ce qui était pour nous un challenge, car au même moment se tenait un autre Salon du Livre africain, à Genève. Cette année, nous n’avons pas fait la même erreur, les deux salons ne se tiendront pas en même temps ! Et puis nous avons eu d’excellents retours des professionnels, qui nous ont dit attendre la seconde édition…

Afrik.com : Quels sont les avantages d’un tel salon?

Gilles
: Le grand avantage des Salons est la possibilité de rencontres entre les écrivains et leurs publics. Et forcément, ces contacts favorisent les achats. Pour preuve : les écrivains qui ont exposé à notre Salon ont vendu plus de livres qu’au Salon du Livre de Paris.

Cédric: C’est vrai que les auteurs africains n’avaient aucune visibilité à ce Salon, et étaient très peu représentés…

Gilles : Alors qu’au Salon des livres africains, les visiteurs ont pu discuter avec les auteurs et les cafés littéraires ont eu un grand succès. L’an dernier, le thème du Salon était Les femmes dans la littérature africaine. Des conférences étaient aussi organisées, mais c’était plus un échange entre les professionnels.

Cédric: Je rajouterai aussi que l’une des richesses du Salon est qu’il permet de faire se rencontrer des jeunes talents avec des écrivains déjà reconnus. Ces échanges créent de l’émulation !

Afrik.com : Qu’avez-vous prévu pour l’édition 2006 ?

Cédric
: Cette année, nous avons choisi un thème qui nous semblait bien refléter toute la diversité de la culture africaine : « Les 1001 littératures d’Afrique ». Nous jouons sur l’ambiguïté de la formule qui, pour nous, fait écho à cette pluralité africaine. Il faut savoir qu’il y a eu trois prix Nobel africains, et tous étaient anglophones. Nous avons donc voulu exposer des ouvrages en trois langues : française, anglaise et portugais.

Gilles : En effet, si nous voulons être représentatifs de la littérature africaine, nous ne pouvons pas exclure certains ouvrages qui ne seraient pas traduits en français. Je pense qu’il est très important pour un Angolais vivant en France d’avoir accès à de la littérature écrite dans sa langue maternelle. Et si certains ouvrages rencontrent le succès, cela pourra inciter leurs maisons d’édition à les traduire dans d’autres langues…

Cédric: Cette année, nous avons également choisi de donner une place à la littérature technique. Nous aurons des sociologues, des historiens, des anthropologues… qui présenteront leurs essais.

Gilles : Et sur cette question de la multiplicité de la culture africaine, nous avons choisi un thème de conférence sur la comparaison entre la littérature maghrébine, beaucoup plus visible et depuis longtemps, avec la littérature sub-saharienne qui souffre d’un manque de reconnaissance…

Cédric: Pourtant Hane Kadia, Alain Mabanckou, le président du jury 2005, ou Boniface Mongoboussa sont trois auteurs contemporains qui témoignent de la relève de la littérature africaine. Mais les apparitions d’auteurs africains dans des émissions littéraires restent vraiment sporadiques…

Afrik.com : Comment se passe la sélection des écrivains qui exposent ?

Gilles
: Les auteurs viennent soit d’eux-mêmes, soit proposés par leur maison d’édition. Le grand changement de cette deuxième édition est que nous avons fait deux premier prix, avec 2 000 euros à la clé : un grand prix en littérature et un autre de l’oralité.

Afrik.com : Justement, pourquoi un concours des Jeunes Auteurs d’Afrique ?

Gilles
: Nous cherchons à faire découvrir de nouveaux talents, donc une des conditions pour participer au concours est de ne pas avoir publié plus de deux ouvrages. Sinon, les écrivains doivent avoir moins de 40 ans et être africain ou d’origine africaine. L’an dernier, nous avons reçu plus de 70 œuvres littéraires, des manuscrits ou des livres déjà publiés. Nous en sélectionnons une dizaine que nous transmettons au jury, composé de professionnels du monde littéraire passionnés par l’Afrique.

Afrik.com : Qu’apporte le concours à ces jeunes écrivains ?

Cédric
: Le concours est véritablement un sésame pour de jeunes auteurs. Edem, de nationalité togolaise et premier prix en 2005, a vu son roman, Port-Mélo publié chez Gallimard, dans la collection Continent Noir. Nous sommes, d’ailleurs, en ce moment à la recherche d’une maison d’édition partenaire, qui publierait les deux premiers prix.

Afrik.com : Avez-vous déjà une idée sur le président du jury 2006 ?

Gilles
: Nous avons des idées, oui ! Pour l’instant, rien n’est arrêté, mais nous pensons à Jean-Michel Djian ou peut-être Erik Orsenna… En fait, nous attendons des réponses.

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