26 juillet 2014 / Mis à jour à 19:09 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
Sénégal - Lutte - Femmes - Discrimination
Sénégal : les femmes excisées retrouvent leur clitoris
Au Sénégal, 32% des femmes sont excisées. Désormais, il est possible pour celles qui ont subi cette mutilation génitale de voir leur clitoris réparé. Un centre pour mener cette opération vient de voir le jour. Interview du docteur Abdoul Aziz Kassé, président de l’association Prévenir à l’initiative du projet avec l’ONG ONU femmes.

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Le docteur Abdoul Aziz Cassé est professeur à l’institut du cancer de l’université Cheikh Anta Diop, à Dakar. Il préside également l’association Prévenir qui lutte contre les risques liés au cancer.

Afrik.com : Pourquoi avoir voulu créer ce centre de réparation des dommages causés par l’excision au Sénégal ?
Abdoul Aziz Kassé :
A ce jour 168 millions de femmes dans le monde sont excisées. Et 32% des Sénégalaises ont subi cette mutilation génitale. Nous nous sommes dit que nous devions agir pour toutes ces femmes excisées qui lancent un appel à l’aide que personne n’entend. Nous avons ainsi trouvé la synergie avec l’ONG Onu-femme pour leur venir en aide. Le but est qu’elles retrouvent leur féminité et aient des relations sexuelles épanouies. Cette opération, qui consiste à reconstituer le clitoris après qu’il ait été coupé, a été inventée par le docteur français Pierre Foldes. Nous avons donc fait appel à lui pour qu’il vienne ici au Sénégal transmettre sa méthode. Durant quatre jours, du 1er au 4 novembre précisément, il a formé sept chirurgiens issus de différentes régions du Sénégal. Puis nous leur avons donné les outils et le matériel nécessaire pour qu’ils puissent mener l’opération. Notre but durant l’année 2012, c’est d’utiliser cette technique chirurgicale pour la mettre en œuvre dans les régions les plus touchées par l’excision.

Afrik.com : Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule cette opération ?
Abdoul Aziz Kassé :
Le clitoris est un organe de 10 centimètres, qui ne laisse apparaître qu’un petit bout. Au moment de l’excision, c’est ce petit bout qui est coupé. Lors de l’opération, nous découpons la cicatrice souvent douloureuse et allons chercher sous le bassin le reste de l’organe, qui est toujours innervé. Nous le libérons de sa glande fibreuse pour le remettre à sa place initiale afin qu’il redevienne accessible. En clair, il suffit simplement d’identifier ce clitoris, de le disséquer et de le repositionner pour restituer l’intégrité physique de la femme excisée. C’est aussi restituer la sexualité de la femme. L’acte chirurgical dure en moyenne une heure. Le clitoris reprend forme au bout d’un mois et demi.

Afrik.com : Une fois l’opération effectuée, les patientes retrouvent-elles toutes leurs sensations lors de leurs relations sexuelles ?
Abdoul Aziz Kassé :
Les résultats sont très satisfaisants. Cette technique chirurgicale est très efficace. Selon les rapports du docteur Pierre Foldes, dans les 3 millions de femmes qui ont été opérées, plus de 80% sont satisfaites de cette opération. Il y a également très peu de complication, hormis les douleurs que les patientes peuvent ressentir durant quelques jours après l’opération ou les saignements qu’elles peuvent avoir, ce qui est tout à fait normal car cette zone est très sensible. A ce jour, aucune patiente n’est décédée suite à cette opération.

Afrik.com : Combien de femmes ont été opérées pour le moment ?
Abdoul Aziz Kassé :
Déjà quatre femmes ont été opérées et 17 autres ont demandé à subir l’opération. Toutes les femmes qui souhaitent être opérées doivent juste en faire la demande et elles seront prises en charges. Nous menons une campagne d’information dans tous le pays. Nous avons fourni des prospectus aux centres médicaux pour que les femmes concernées soient informées.

Afrik.com : Une fois l’opération terminée, les patientes sont-elles prises en charge ?
Abdoul Aziz Kassé :
Quand on opère une femme, on n’opère pas qu’une région génitale. Nous allons beaucoup plus loin. Nous essayons de voir les problèmes que l’excision aussi bien sur le plan physique que psychologique a causé. De nombreuses femmes ont eu des traumatismes psychologiques après avoir été excisées. Après l’intervention chirurgicale, nous suivons la patiente sur le long terme au moins pendant quatre mois. Nous la confions ensuite à un sexologue.

Afrik.com : Quel est le coût de cette opération ?
Abdoul Aziz Kassé :
Pour le moment, l’opération est gratuite car nous sommes soutenus financièrement par l’ONG ONU Femmes. Les patientes devront simplement prendre en charge les médicaments dont elles auront besoin après l’opération. Mais ONU Femmes ne pourra pas nous apporter ce soutien indéfiniment. D’ici l’année 2013, les pouvoirs publics et les hôpitaux vont devoir prendre en charge l’opération. Les patientes, elles, devront payer le même montant que les femmes qui ont accouché à l’hôpital. Si nous voulons continuer à faire vivre ce projet tout le monde va devoir faire des efforts.

Afrik.com : Le nombre de femmes excisées s’est réduit au Sénégal ces dernières années. Selon vous est-ce une grande évolution où il reste encore beaucoup à faire ?
Abdoul Aziz Kassé :
Au Sénégal, depuis 1999 une loi interdisant la pratique de l’excision a été votée. A ce jour, selon l’ONG Tostan, il y a eu 70% d’abandon de l’excision au Sénégal. Ce qui constitue une très grande évolution. Mais du côté des femmes excisées, il reste encore beaucoup à faire pour les aider à mieux vivre.

Pour plus de renseignements :

Appeler au 00221 33 869 13 14


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