Negrissim’, le « hip-hop de la Brousse » est de retour


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Negrissim'

On les croyait mort. Les voilà rescusités. Et quelle résurrection ! Negrissim’ revient sur scène avec un tout nouvel opus : Bantoo Plan vol 1. Le groupe de la scène rap africaine, composé de Ngué Pondi Sadrac, alias Sadrake, Steeves Sassen, alias Evindi, William Sassen, alias Sundjah, et de Maxime Chevilotte, alias DJ Max, présentera son nouvel album sur les scènes de La Bellevilloise, à Paris, lundi 10 décembre 2012. La sortie de leur nouveau disque est prévue le même jour. Entretien.

Fondateurs du concept « hip-hop de la Brousse », une fusion entre sons urbains et traditionnels de l’Afrique Centrale, les Negrissim’ sont de retour avec un nouvel album : Bantoo Plan Vol. 1. Originaire de la cité Verte, un quartier populaire de Yaoundé, Sadrake, Sundjah et Evindi se font remarquer avec la sortie, en 2000, d’un disque choc : Appelle ta grand-mère ! Un texte qui reflète l’agitation de la rue, le quotidien « Kamer », l’appétit des « politichiens » et des policiers, ou encore la suprématie du président camerounais Paul Biya. Un carton. L’envie d’aller à l’aventure les pousse à traverser plusieurs pays d’Afrique jusqu’à arriver, en 2002, à Dakar, alors plaque tournante du rap africain. Une rencontre fructueuse va s’établir entre les 3 acolytes et un certain Nomad Wizard, alias DJ Max. Originaire de Nantes, DJ Max apporte une touche nouvelle au groupe qui commence alors à s’internationaliser. De résidences d’artistes en concerts, de radios en studios, ces rappeurs de la brousse enregistrent en 2009 La vallée des rois. Près de 3 000 exemplaires sont vendus dans les rues de Paris. Avec le Bantoo Plan Vol. 1, édité et soutenu par RFI, Negrissim’ réaffirme son talent d’artiste et maintient sa place dans le hip-hop africain et international.

Negrissim'

Afrik.com : Negrissim’ est un Bantoo plan. Vous avez d’ailleurs appelé votre album Bantoo Plan Vol. 1. Expliquez-nous le concept ?

Negrissim’ : C’est une stratégie pour arriver à atteindre le son que l’on cherche. Le Bantoo plan est un cheminent pour arriver atteindre le summum. En français Bantoo veut dire peuple d’Afrique Centrale. C’est une perspective, une projection dans le monde pour sortir de l’esclavage mental. Revenir avec quelque chose de nouveau, de plus fort !

Afrik.com : Et Negrissim, ça signifie quoi au juste ?

Negrissim’ : C’est une affirmation de soi, en tant qu’être humain, Africain et nègre. Disons les choses comme elles sont. On ne peut pas nier l’histoire. C’est donc une façon pour nous d’affirmer notre identité culturelle sans se cloisonner dans une forme de communautarisme. Negrissim’ est là pour offrir une richesse et sublimer l’image négative que l’on peut avoir de l’Afrique. C’est comme ça que l’on ressent le truc.

Afrik.com : Dès l’introduction, vous marquez votre emprunte. Sonorités à l’africaine, comme vous dites, du « rap de la brousse »…

Negrissim’ : Il peut y avoir effectivement un décalage assez surprenant pour ceux qui ne connaissent pas ce style de rap. L’idée du « rap de la brousse » nous est venue tout naturellement. Le contexte et l’environnement dans lequel on a baigné ont beaucoup aidé dans notre choix musical. On essaie de faire une musique proche des populations. Et Yaoundé est une ville en pleine brousse. Tout est vert. Ce n’est pas une musique connue du grand public. C’est donc une manière pour nous de montrer que l’on existe.

« Le rap africain explosera »

Afrik.com : En écoutant votre album, on a vraiment l’impression d’écouter un groupe de rap franco-français mais au texte intelligent et à la musicalité surprenante. Mais il s’agit bien d’un groupe franco-carmerounais. Le rap français a de quoi s’inquiéter face à ces nouveautés ?

Negrissim’ : Oh que oui ! Le rap français a connu une belle époque. Mais aujourd’hui, cette époque est révolue même s’il reste toujours des mecs comme Youssoupha. Mais si l’on investit dans le rap africain comme on investit dans le rap français, alors dès demain le rap africain explosera ! Ca va faire très mal. Mais nous avons besoin de moyens, de structures, d’organisation… En Afrique, dans la musique il manque une dimension business.

Afrik.com : Vous avez nommé l’une de vos compositions : « hip-hop développé ». Est-ce un message aux producteurs et au public ?

Negrissim’ : Nous n’avons jamais entendu des sons aussi développés que ceux d’Afrique. Les Africains savent rapper mieux que quiconque. Il faut venir écouter. C’est bien mieux qu’un tas de choses produits en France. Mais le problème reste le même, ce n’est pas assez médiatisé.

Afrik.com : Dans votre album, vous parlez de lutte. Là tout de suite, vous pensez à quelles luttes en particulier ?

Negrissim’ : La lutte contre l’oppression. A tous les niveaux : culturels, politiques, et même sociales car il y a beaucoup d’injustice. Le système financier qui gouverne. Les gouvernements préfèrent sauver les banques que les être-humains. On lutte contre ce système.

« Réveille-toi Afrique ! »

Afrik.com : Vous dites que vous la mettrez « en veilleuse » lorsque vous aurez vu la justice. Le ferez-vous ?

Negrissim’ : On sera certainement morts et enterrés. On ne verra pas ça. Le capitalisme est à ce jour le dernier système. Mais il finira par s’effondrer et de ses cendres renaîtra quelque chose de bien meilleur. Et au-delà de ça, il y a toujours un combat à mener. Le bien et le mal dépendent avant tout de la lutte contre soi-même. Et notre meilleure arme la parole. Le bantoo nous aide à utiliser cette arme. Le rap pour nous c’est réapprendre à parler. Un retour au pays, à l’amour. Réveille-toi Afrique ! Putain rien à perdre !

Afrik.com : La piste numéro 8 est : « Je rêve de faire un gosse à un extraterrestre ». On ne comprend rien du tout à ce passage de l’album… :

Negrissim’ : (rire) Les extraterrestres nous déçoivent aussi. Pourtant, ça pourrait être bien un petit métis, noir et vert. En fait, ce titre est un assemblage de phrase pour faire voyager les gens. C’est la musique du futur. Le but est de faire plonger le public dans une influence rap/électro. En bref, faire des sons qui n’ont pas leur place dans le rap classique.

Afrik.com : A vous le mot de la fin…

Negrissim’ : Vive le surréalisme (Sadrak) – Negrissim’, plein de projets à venir. Que les gens restent connectés (Sundjah) – J’espère que l’on se reverra pour le volume 2, 3 puis 4 (DJ Max) – Il y a plein de sons en préparation et d’autres de déjà prêts. Le Bantoo Plan doit nous permettre de réaliser nos projets (Evindi).

People, extrait du premier album La vallée des rois

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