23 octobre 2014 / Mis à jour à 22:38 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Maliens de Montreuil : « Sans la France, la situation allait s’aggraver. On veut la démocratie ! »

Selon l’OCDE, 1 million de Maliens vivent à l’extérieur du Mali. Parmi eux, 90 000 expatriés en France dont 6000 (voire 10.000) à Montreuil, dans le département de la Seine-Saint-Denis. Ce qui a valu à cette ville de la banlieue parisienne le surnom de "la deuxième ville malienne dans le monde après Bamako". Les locataires du Foyer du Centenaire, tous originaires du Mali, sont préoccupés par la Guerre au Mali. Ils suivent sans relâche l’actualité de peur que la situation s’aggrave et se retourne, éventuellement, sur leur famille restée au pays. Reportage.

« Les islamistes peuvent arriver dans le Sud » La guerre au Mali est dans toutes les têtes des Maliens locataires du Foyer du Centenaire, à Montreuil. A l’entrée de la résidence HLM, Traoré, débout devant un étale de vente de cigarettes, briquets, chewing-gum etc, lance au micro d’Afrik.com : « Je suis inquiet. Il y a la merde. Ce sont (les islamistes) des bandits qui foutent la merde, emmerdent les gens, ils coupent des mains et tuent les gens ». Est-ce que vous approuvez l’intervention militaire de la France ? « Bien sûr, ça me fait plaisir. Les Maliens n’ont pas les moyens pour les (jihadistes) combattre et les Français peuvent trouver la solution », déclare cet homme de 45 ans. Selon vous, c’est quoi la solution ? « On veut que ça se termine rapidement, on veut la démocratie ! », s’exclame cet ouvrier malien qui craint que la situation s’aggrave et que sa famille restée au pays en paye le prix.

La même inquiétude est palpable à l’intérieur du bar du foyer. Tous les Maliens, présents, ont les yeux rivés sur la chaîne d’information en continu I-télé. Au comptoir, Traoré Idrissa, qui boit tranquillement son café, n’est pas non plus rassuré. « Quand je regarde la télévision, la guerre au Mali ce n’est pas une bonne chose. Je suis content que la France intervienne. Toute la population est contente. Si la France n’était pas intervenue, la situation allait s’aggraver », affirme ce jeune Malien. A 28 ans, ce boulanger prévoyait de rentrer au Mali. Le conflit au Nord-Mali a changé ses plans. « Pour le moment, je reste en France à cause de la guerre au Mali. Je fais des recherches pour ramener ma famille ici ». D’où son inquiétude : « Ma famille se trouve dans le Sud. La guerre est dans le Nord mais les islamistes peuvent bien arriver dans le Sud », se préoccupe-t-il. Et de tancer la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) : « Ils (les pays membres) n’ont rien fait. Il ne faut plus rien attendre de la Cedeao. Ils ont mal réagi, ils ne prennent pas les choses en main ! », s’offusque-t-il.

L’humeur n’est vraiment pas à la fête dans ce foyer de Montreuil. Ce qui se voit notamment dans la mine des mauvais jours des cinq Maliens débout, un peu derrière le comptoir, à ma droite. Etes-vous inquiets sur la situation au Mali ? « Oui » Qui peut répondre aux questions d’Afrik.com ? « On est peinés. Le Mali n’a pas su gérer la situation depuis le départ. Comme d’habitude, on a été trop naïfs. Il faut trouver une solution pour sortir de la crise et se battre pour gouverner le pays », nous confie Trame Youssouf, qui s’improvise porte-parole de ses quatre autres compatriotes. Ce Malien de 60 ans, qui est son propre patron, garde quand même espoir : « Il n’y aura pas une grande guerre. Ça va quand même prendre du temps, un an au maximum, mais la coalition va l’emporter. Heureusement que la France est là. Elle doit rester pour mettre en place une vraie démocratie et non celle de nos villages ». Avant de plaider pour la mise à plat de l’armée, la mise à plat de la classe politique, et d’en appeler à l’organisation des élections libres à la fin de la guerre. « Il faut mettre de l’ordre sinon le Mali ne va jamais s’en sortir ! », met-il en garde.

Ces Maliens espèrent tous que le calme revienne au Mali. « Ici (en France) c’est la merde », lâche au micro d’Afrik.com un des quatre. « On gâche notre vie pour rien », renchérit un autre. « Qu’est-ce que la France nous apporte ? », s’interroge un troisième. Et de conclure : « Si les choses s’améliorent (au Mali), on est prêts à rentrer au pays ! »

« Voir leur famille disparaître »

L’inquiétude des 6000 (voire 10.000) Maliens de Montreuil reflète l’angoisse de tous les ressortissants du Mali expatriés en France, soit 90 000 personnes. « Ils ont peur de voir leur famille disparaître à cause de la guerre. Ou, alors, que le pays sombre dans l’anarchie. Et, comme toujours, la question économique préoccupe tous les Maliens », rapporte à Afrik.com Abdoulaye Jourdan, Secrétaire général adjoint du Rassemblement des Jeunes Maliens (RJM).

Les femmes maliennes sont, tout aussi, inquiètes. « Quand il y a la guerre, il y a toujours des risques notamment de morts civils. L’inquiétude des femmes (maliennes) est la même que celle de tous les hommes dont les parents font la guerre. Si les islamistes se disséminent dans la population, les habitants peuvent être pris en otage », nous fait savoir Niamoye Korman, Présidente de l’Association des Femmes Intercultures (AFIC).

Samedi, près de 200 Maliens ont manifesté devant l’ambassade du Mali à Paris pour exprimer leur reconnaissance à la France pour son intervention militaire au Nord-Mali. Même si, au Foyer du Centenaire, certains Maliens bien que soulagés du soutien de l’armée française ont peur que la France se transforme en une force néo-coloniale.


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