22 décembre 2014 / Mis à jour à 20:40 - Paris  Newsletter  Alertes e-mail  English edition  Flux
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Mali : « Les attentats peuvent toucher la population »

A la suite de deux attentats-suicides perpétrés par les islamistes du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), l’armée française a bombardé lundi un commissariat à Gao où s’étaient repliés les terroristes. Cinq personnes, dont deux jihadistes et trois civils, ont trouvé la mort dans les combats au sol opposant la coalition aux combattants du Mujao, groupe affilié à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Philippe Hugon, spécialiste du Mali à l’Iris, explique à Afrik.com les enjeux de cette nouvelle guerre. Interview.

Afrik.com : Les islamistes sont de retour à Gao et commettent des attentats-suicides. Depuis lundi, on assiste même à des combats au sol opposant la coalition aux jihadistes. Pourquoi on peut parler de tournant ?
Philippe Hugon :
Oui, on peut parler de tournant. La guerre au Mali rentre dans une seconde phase qui était prévisible. Après les frappes aériennes et la fuite des jihadistes, on s’aperçoit que le reste dormant des islamistes se livrent à une sorte de guérilla urbaine ponctuée par des attaques, attentats-suicides qui font des victimes. Je ne pense pas que cette situation sera d’une grande ampleur. Pour cela, il faudrait que les terroristes bénéficient d’un appui dans les villages pour ainsi pouvoir s’approvisionner en armes, par exemple. Or, ils n’ont pour l’heure pas d’appuis très importants auprès de la population.

Afrik.com : Quels sont les risques de ces combats au sol pour l’armée française ?
Philippe Hugon :
L’enlisement. Je ne pense pas qu’il y aura énormément de victimes. Néanmoins, le terrorisme et les attaques peuvent ôter la vie des personnes de services de sécurité et dans les rangs de la police. Durablement, le risque c’est de faire face à des situations d’insécurité. C’est une stratégie classique : des kamikazes sacrifient leur vie, en commettant des attentats-suicides pour défendre leur cause.

Afrik.com : Quel est le danger d’un tel contexte pour la population ?
Philippe Hugon :
Les populations peuvent être des victimes civiles. Si le phénomène prend de l’ampleur, les attentats peuvent toucher la population. Par exemple, elle peut être concernée par une bombe placée devant un commissariat.

Afrik.com : Le but de ces attentats est de déstabiliser les forces alliées. Est-ce que l’enjeu pour les islamistes c’est de reconquérir la ville de Gao ?
Philippe Hugon :
Je ne pense pas qu’ils puissent reconquérir Gao. Car, les armées française, malienne et tchadienne y sont toujours présentes. Si elles quittent la ville, oui, ce scénario pourrait être possible. Un chose est sûre, on est rentré dans une seconde phase qui risque de durer. Tout dépend du rôle que joue l’Algérie, si elle ferme ses frontières, les jihadistes seront asséchés : ils ne pourront plus s’alimenter en essence, pick-up ni en armes. Mais, comme on assiste à un affrontement asymétrique, la guerre peut durer des années.

Afrik.com : Le risque d’enlisement de la guerre au Mali est donc très élevé, qu’est-ce qu’il faut faire pour protéger les populations civiles ?
Philippe Hugon :
Augmenter le nombre de forces alliées. Pour protéger les populations civiles, il faut plus de déploiement de forces africaines, de Casques bleus ainsi que l’aide de forces européennes pour encadrer l’armée malienne. Les populations peuvent aussi jouer un rôle en refusant d’aider les jihadistes.


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