Le cap Bojador (actuellement cap Boujdour) est situé au large du Sahara occidental. Au début du XVe siècle, il est considéré par les Portugais comme le commencement d’une mer des Ténèbres que l’on ne peut traverser. Autrement dit, il correspond à la limite méridionale du monde connu des Européens. D’après eux, d’immenses vagues, des rochers dangereux, une brume épaisse et même des monstres marins y rendent toute navigation impossible. Ce « cap de la Peur » est donc une barrière pour Lisbonne qui souhaite rejoindre les mythiques Indes par la mer.
Le Portugal cherche alors dans un premier temps à étendre ses conquêtes au nord de la limite de Bojador : Ceuta est prise en 1415, l’île de Madère est occupée quatre ans plus tard, tout comme l’archipel des Açores en 1427, puis quelques virées sont organisées dans les îles Canaries dans les années 1430. Toutefois ces maigres conquêtes sont loin de satisfaire l’ambitieux royaume et sa noblesse, désireuse d’étendre ses possessions. Henri le Navigateur, prince du Portugal, n’ayant que peu navigué malgré son surnom, finance finalement Gil Eanes en 1434, afin qu’il brave la légende.
La fin d’un mythe et les prémices de la conquête
Gil Eanes a déjà mené une expédition dans les îles Canaries pour le compte d’Henri le Navigateur. Mais cette fois sa mission est bien plus risquée, voire suicidaire : le passage du cap à l’aide d’une petite embarcation. Il doit trouver des marins, et bien que le salaire soit avantageux, quinze hommes seulement sont volontaires. Il part ainsi du Portugal et se dirige vers le fameux enfer de Bojador.
En arrivant sur place, il décide de s’éloigner des côtes à l’ouest pendant une journée. Puis il revient vers l’Afrique, en comprenant rapidement que l’obstacle est dépassé. Ce voyage tant redouté, se révèle finalement aisé et met fin aux vieux fantasmes européens sur l’existence d’une mer des Ténèbres dans ces environs. Gil Eanes devient de ce fait un héros, pour l’un des plus simples voyages de l’histoire. A lui tout seul, il ouvre ainsi la voie à la découverte des côtes africaines et à l’accès aux Indes par le contournement du continent. Les légendes seraient-elles parfois plus efficaces que les armées ?
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