13 décembre 2017 / Mis à jour à 23:06 - Paris  Newsletter  /    Alertes e-mail  /    English edition  /    Flux
Burundi - Pan Afrique - Développement - Energie
Le Burundi confronté à un grand déficit énergétique

Le Burundi vit une crise énergétique chronique depuis des années, malgré un potentiel hydro-électrique important. La situation s’est détériorée ces derniers jours suite au déficit de la pluviosité dans presque toute la région des grands lacs.

Le niveau d’eau au barrage de Rwegura située au nord du Burundi, le plus grand barrage hydroélectrique du pays a considérablement diminué jusqu’à plus de 9 mètres. Ceci a provoqué une chute énorme de production en électricité de ce barrage passant de 18 mégawatts à 4 seulement.

Selon Jéroboam NZIKOBANYANKA, Directeur général de la REGIDESO, une entreprise nationale en charge de l’eau et de l’électricité au Burundi, la production a aussi chuté sur la ligne Ruzizi II en provenance du pays voisin, la République Démocratique du Congo. Alors que cette ligne fournissait auparavant 12 mégawatts, elle n’en fournit que 8 aujourd’hui. Plus grave encore, ce responsable de la REGIDESO se dit inquiet du fait que les partenaires qui fournissent du carburant pour les centrales thermiques qui fournissaient 10 mégawatts ont interrompu leur aide. Monsieur Jéroboam NZIKOBANYANKA tire la sonnette d’alarme. « Si rien n’est fait, il faudra nous préparer à utiliser les bougies pour éclairer nos maisons » s’inquiète t-il.

Aujourd’hui l’électricité se distribue de façon très irrégulière dans la capitale Bujumbura. Des quartiers passent plusieurs heures voire des jours sans électricité. Les conséquences de ce déficit énergétique sont énormes surtout pour les petits commerçants utilisant l’électricité dans leurs activités quotidiennes, mais aussi pour les grandes industries qui se voient contraintes d’utiliser des groupes électrogènes qui crient à la faillite, ce qui a un impact grave sur l’économie du pays. Un détenteur d’une petite boulangerie se lamente « nos activités tournent au ralenti, nous passons des heures voire des jours sans électricité. Nous utilisons des groupes électrogènes comme alternative ; ce qui influe sur les prix de production. Si ça continue ainsi, nous seront contraints de fermer  ».

Une autre dame, propriétaire d’une petite unité de commercialisation de lait crie « je viens de verser par terre plus de 50 litres de lait avarié suite au manque d’électricité. Je travaille vraiment à perte  »...

Alors que le Burundi qui a besoin d’au moins 70 mégawatts pour son autosuffisance énergétique accusait déjà d’un déficit de 30 mégawatts, la situation est devenue pire aujourd’hui car le pays n’en produit qu’une vingtaine seulement.

Face à ce défi, Désiré NTIRANDEKURA, spécialiste en énergie solaire propose aux gens de s’acheter des panneaux solaires pour être autonomes en alimentation électrique car dit-il, ‘’la REGIDESO n’a plus la capacité de servir ses abonnés’’. Il estime le coût d’installation d’un panneau solaire à environ un million de francs burundais soit près de six cents dollars américains. Cependant, la majorité des Burundais vivent en dessous du seuil de pauvreté et n’est donc pas à mesure d’avoir cette somme.

L’espoir pour les Burundais est fondé sur la construction de nouveaux barrages hydroélectriques. Selon ce responsable de la REGIDESO, les études pour la construction du barrage de Jiji-Murembwe au sud du Burundi sont déjà terminées alors que la construction du barrage Mpanda à l’ouest est en cours.

Toutefois, les activités tournent au ralenti car les bailleurs qui finançaient les travaux ont suspendu leur aide suite à la crise post-électorale que connait le pays. En réalité, depuis 1986, le Burundi n’a jamais construit aucun nouveau barrage hydroélectrique alors que la demande en électricité n’a cessé d’augmenter...

Juvénal Bigirimana

NDLR : en illustration, barrage et microcentrale hydroélectrique "artisanale" construit par Peres Niyonsaba sur la rivière Muhunguzi, à une vingtaine de kilomètres de la capitale burundaise, sur le territoire de la commune Mubimbi, à moins de cinq cents mètres au sud de la route nationale n°1 Bujumbura-Bugarama.



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